Etudier l’histoire en racontant une histoire

Un bel exemple de ludification d’un enseignement d’histoire du moyen-âge Fourn par Pierrick Auger. Je vous invite à lire ce billet ainsi que les précédents ainsi que les suivants.

Après avoir fait un mauvais rêve lors d’une étape à Conques sur le trajet du pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle, le chevalier incarné par les élèves de cinquième a traversé le pays cathare lors de la croisade contre les Albigeois.

Ayant rencontré un jeune italien du nom de Vasco ayant sauvé son père du bûcher à Carcasonne, les élèves ont été confronté à un dilemme moral : devaient-il aider les fugitifs en les envoyant chez leur frère, à Troyes ? Le dénoncer à l’inquisiteur de Carcassonne ? Ou bien faire comme si de rien était et poursuivre leur chemin.

Les deux classes ont décidé de dénoncer Vasco et son père après des discussions assez animées. Les raisons invoquées furent la peur d’aller en enfer pour avoir aider un hérétique et l’appât du gain en récupérant une partie des biens des hérétiques confisqués par l’Eglise. Certains élèves ont toutefois déclaré que cela pouvait être le pape qui se trompait et les cathares qui avaient raison.

Poursuivant son chemin, le chevalier a atteint Saint Jacques de Compostelle en fête en raison de la victoire des rois chrétiens d’Espagne contre les Sarrasins lors de la bataille de Las Navas de Tolosa. Ce fut l’occasion de travailler sur la Reconquista et la notion de croisade.

N’ayant pas reçu d’inspiration divine en priant, le chevalier décida de rebrousser chemin vers Troyes, non sans avoir récupérer un coffre bien garni, prix de sa dénonciation des hérétiques. De retour en Champagne, le chevalier eut alors l’idée d’investir son argent dans le commerce. C’est l’occasion d’étudier le commerce au Moyen – Age et plus particulièrement le fonctionnement des foires de Champagne.

Je trouve que l’étude du Moyen – Age au travers les aventures d’un chevalier fonctionne encore mieux cette année. Les notions sont abordées « logiquement », en fonction des besoins de l’histoire et cela prend plus de sens pour la plupart des élèves et me permet de faire comprendre la société médiévale.

Par exemple, certains élèves voulaient utiliser l’argent récupéré en dénonçant les hérétiques pour recruter des mercenaires et attaquer le château de leur frère, en Champagne. J’ai alors expliqué les liens vassaliques pour montrer aux élèves que dans ce cas, le comte de Champagne et le roi de France se serait porté au secours de leur frère. Les élèves ont amours émis l’idée « d’acheter » la seigneurie au comte de Champagne en lui offrant beaucoup d’argent après avoir fait fortune dans le commerce.

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Revue de presse : Quand la réalité virtuelle s’empare de l’Histoire à Bâle

L’institut Informatique de gestion de la HES-SO Valais-Wallis a créé une application de réalité virtuelle et augmentée pour dynamiser une exposition présentée au Musée d’histoire de Bâle. Les visiteurs sont amenés à découvrir à l’aide d’une tablette ou d’un smartphone la vie et les écrits d’Erasme adaptés à notre époque. Cette expérience se fait au travers d’un parcours didactique dans des espaces publics et semi-publics de la ville de Bâle et d’une exposition en réalité augmentée au sein du musée.

erasmus

 

Equipés d’un smartphone affichant un plan de la ville et d’écouteurs, les participants suivent une histoire rocambolesque, où les pensées de l’Humaniste adaptées à notre époque sont mises à leur portée. Les images du monde extérieur et les contenus de l’application se fondent pour former une réalité virtuelle ou augmentée, selon le lieu où se trouve le visiteur. Le tour dure environ 60 minutes et peut être effectué individuellement ou en groupe. Pour entreprendre le parcours, les participants doivent disposer d’un smartphone avec Bluetooth et de l’application gratuite «Erasmus MMXVI». Il est également possible d’emprunter des appareils préconfigurés au départ de la visite. La visite sera poursuivie à l’intérieur du musée où des contenus augmentés ne seront visibles qu’à travers des tablettes ou des smartphones équipés de Google Cardboards. C’est une grande première pour le Musée d’histoire de Bâle, qui proposera cette activité philosophico-virtuelle jusqu’au 25 septembre 2016.

Source : Actualité – HES-SO VS : Quand la réalité virtuelle s’empare de l’Histoire

« L’apocalypse de la modernité » : une lecture incontournable

Depuis le début du Centenaire, une question revient sans cesse dans les débats, les conférences : comment un tel conflit a-t-il pu dévaster l’Europe ?

Si de nombreux ouvrages s’attachent à décrire les engrenages diplomatiques et politiques de l’été 1914 et que d’autres expliquent de quelles manières, pendant la guerre, les peuples se sont mobilisés, il est souvent beaucoup plus difficile de discerner les raisons profondes, civilisationnelles qui nous ont poussés vers l’abîme.

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D’où l’intérêt de l’ouvrage de Claudio Gentile, l’Apocalypse de la modernité, qui cherche à y répondre. L’auteur, l’universitaire italien Emilio Gentile, dépeint avec précision le monde d’avant 14 comme un monde « perdu » en quête de repaires. Marquée par le « Dieu est mort » de Nietzsche, l’humanité est simultanément submergée dans une effervescence scientifique et technique unique en son genre. Face à l’émergence de cette nouvelle société moderne et sans Dieu qui dégraderait physiquement et moralement la condition humaine, l’homme du siècle naissant semble ne plus savoir vers qui tourner son regard.

Lire le compte-rendu : « L’apocalypse de la modernité » : une lecture incontournable – SAM2G – SAM2G

Audoin-Rouzeau : «À Verdun, le devoir de mémoire l’a emporté sur le devoir d’histoire

Dans cet autre article du Figaro consacré aux commémorations de la bataille de Verdun, Stéphane Audoin-Rouzeau revient sur une bataille qui, dès 1916, a représenté un véritable mythe pour la nation française. Il y regrette particulièrement que, contrairement aux propositions de la Mission du centenaire, le pouvoir politique n’ait pas commémoré conjointement les batailles de Verdun et de la Somme :

Les deux batailles sont pourtant étroitement liées: les Allemands abandonnent l’offensive sur Verdun dès lors que commence le bombardement allié sur la Somme, lors de la dernière semaine de juin 1916. En outre, la Somme – qui fut la bataille la plus internationale de la guerre du fait du rôle majeur du Royaume-Uni et des troupes des Dominions de l’empire britannique – ne le cède en rien à l’horreur de Verdun: en un temps plus court (cinq mois contre dix), les pertes s’y révèlent plus importantes encore, signalant ainsi un nouveau franchissement des seuils de violence. Surtout, là où les conséquences stratégiques de la bataille de Verdun sont inexistantes, celles de la Somme sont immenses: le nouvel Etat-Major allemand ayant pris conscience, sur place, de l’écart en train de se creuser au bénéfice des Alliés, mettra tout son poids dans la balance pour obtenir la fatale décision de guerre sous-marine à outrance, prise début 1917, au risque de provoquer en avril l’entrée en guerre des Etats-Unis. Le XXème siècle commence alors vraiment. Le «siècle des Américains».

L’article du Figaro : Audoin-Rouzeau : «À Verdun, le devoir de mémoire l’a emporté sur le devoir d’histoire

Vu d’Allemagne : «Verdun, un carnage inutile» – Le Figaro

Alors que le dimanche 29 mai, les Français commémoreront le centenaire de la bataille de Verdun, Le Figaro interviewe l’historien allemand Gerd Krumeich, spécialiste de la Première Guerre mondiale. Ce dernier a publié en novembre dernier Verdun 1916 (Tallandier), avec l’historien français Antoine Prost. Deux extraits de cet interview.

La France et l’Allemagne vont commémorer le centenaire de la bataille de Verdun. Quelle place occupe cette bataille dans l’histoire allemande?

La bataille de Verdun n’a pas la même place dans la mémoire allemande que dans celle de la France. Depuis les années 1920 et encore aujourd’hui, Verdun est perçue comme un carnage absurde, où plus de 140.000 soldats sont tombés pour rien. Ils ont combattu malgré la stratégie insensée du général Falkenhayn et se sont sacrifiés pour l’Allemagne. Cet aspect a été utilisé ensuite par la propagande nazie. Après la Deuxième Guerre mondiale et ses horreurs, la bataille est tombée dans l’oubli. Puis Verdun est devenu un lieu de rencontre entre vétérans allemands et français. La compréhension franco-allemande s’y est développée au fur et à mesure et Verdun s’est transformé en lieu de réconciliation.

Comment la bataille de Verdun est-elle enseignée dans les écoles allemandes?

Elle l’est très peu. On évoque les morts et son inutilité. La photo de la poignée de mains entre Kohl et Mitterrand, en 1984, est reproduite dans tous les manuels. Verdun cŽest le symbole d’une histoire commune et d’un deuil commun. Verdun nous rappelle que l’entente franco-allemande est essentielle pour que vive l’Europe.

L’article du Figaro : Vu d’Allemagne : «Verdun, un carnage inutile»

Les livres de la spéciale « Verdun, la paix » (2) : La grande guerre, carnet du centenaire

André Loez et Nicolas Offenstadt ont choisi la forme du carnet pour évoquer la Première Guerre mondiale au grand public.

Des textes courts, souvent illustrés, dont seul l’assemblage construit un discours, sans démonstration académique.

L’ouvrage est construit en 9 sections.

Le choix des lieux, par exemple, marque la volonté des auteurs de sortir des sentiers battus des nécropoles et champs de bataille les plus courus, pour nous faire découvrir non seulement la variété des sites mais, à travers eux, le caractère continental, puis mondial, de la guerre. Certes, Dixmude, près d’Ypres, nous est bien connue, mais irons-nous jamais à Anzac Cove, en Turquie, à Olsztynek, en Pologne, ou eut lieu la capitale bataille de Tannenberg, ou encore à Santa Isabel, en Guinée Equatoriale, « le Cameroun allemand » ? Et que dire des lieux près desquels nous passons sans rien savoir ?

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Réinventer la médiation à l’heure du numérique | CNRS Le journal

Vidéo, blog, bande dessinée… Les supports de vulgarisation scientifique fleurissent sur le Web. Mais comment s’y retrouver ? Éléments de réponse, avant le forum des Nims (Nouvelles initiatives en médiation scientifique) à suivre en direct sur Internet le mardi 31 mai. Il y a peut-être matière à s’inspirer pour l’éducation…

(« Un chercheur et son article », de Charlotte Arene et l’équipe de Julien Bobroff, prix « Le gôut des sciences » 2015)

Depuis plusieurs années, la plateforme vidéo de Google semble être le terrain de jeu privilégié des médiateurs. Pourtant, bon nombre de ces vidéastes ne sont pas chercheurs. « En histoire, on trouve le meilleur comme le pire », souligne Manon Bril. « YouTube fait un travail de vulgarisation abandonné depuis des années par la télévision », ajoute Julien Bobroff. Si cet outil numérique peut faire peur aux chercheurs, il a pourtant l’avantage de toucher toutes les cibles et particulièrement les plus jeunes. « Si les chercheurs n’investissent pas la médiation sur Internet, elle se fera quand même, mais sans nous ! Les spécialistes doivent s’en emparer, intervenir comme experts », conseille la doctorante.

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14-18 : Le cas des fusillés pour l’exemple

L’Assemblée nationale a rejeté le 26 mai une proposition de loi déposée par Jean-Jacques Candelier (PCF), prévoyant la réhabilitation des fusillés pour l’exemple durant la première guerre mondiale. Ce qui est intéressant c’est que la proposition s’appuie sur un rapport qui établit 600 cas de fusillés pour l’exemple. Pratiquement tous les départements sont concernés. Il donne de nombreux exemples. Ainsi, un cas célèbre, celui de Lucien Bersot, fusillé le 13 février 1915 pour refus d’obéissance. Il avait refusé de revêtir un pantalon taché de sang prélevé sur un cadavre pour remonter au combat avec ses camarades. L’étude des cas montre que ces fusillés pour l’exemple ont été particulièrement nombreux en 1914 et qu’ils participent d’une volonté de prise en main des mobilisés en qui la caste militaire a peu confiance. Le rapport permet aussi de suivre la mémoire de la guerre jusqu’aux décisions de 2016.

Source et accès au rapport : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/05/27052016Article635999296473959014.aspx

Découvertes : Neandertal modern or not modern ?

S’aventurer dans les profondeurs d’une grotte, y faire reculer l’obscurité, une torche à la main. Trouver une vaste salle hérissée de stalagmites. Les briser par centaines. Les assembler pour ériger de petits enclos circulaires, tout en gardant vivante la lueur vacillante du feu — pour retrouver le chemin du retour à l’air libre. « Il y a quelques années, dit Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l’université de Bordeaux, je n’aurais jamais cru que l’homme de Néandertal, que j’étudie depuis trente ans, en soit capable. » C’est pourtant bien ce qu’il décrit dans un article signé par une équipe internationale, et publié dans la revue Nature jeudi 26 mai : il y a 176 500 ans, l’homme de Néandertal a construit d’énigmatiques structures à plus de 300 mètres de l’entrée de la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Il s’agit de la plus ancienne construction jamais découverte aussi loin de la lumière du jour.

Dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), étude archéomagnétique d’une structure circulaire de stalagmites construite par des néandertaliens il y a 176 000 ans.

Néanmoins les scientifiques sont divisés sur cette découverte et plus particulièrement sur la modernité de Néandertal qu’elle indique pour certains d’entre-eux :

Comment Bruniquel est-elle perçue par les spécialistes ? « C’est une découverte unique en son genre, même si je ne suis pas certain qu’elle nous en dise beaucoup sur les compétences sociales des Néandertaliens, estime Jean-Jacques Hublin (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig).

Comprendre la fonction de telles structures circulaires est un défi. Cela démontre une nouvelle fois le peu de connaissances que nous avons des comportements des humains archaïques du Pléistocène, qui sont presque uniquement documentés par les outils de pierre et les restes de gibiers. »

Les querelles ne manqueront pas sur l’interprétation du comportement de ces Néandertaliens. « Le qualifier de moderne parce qu’il est complexe, comme c’est indiqué dans Nature, est selon moi trompeur, estime ainsi Jean-Jacques Hublin. Et il est un peu exagéré de suggérer qu’on n’avait pas envisagé la possibilité de telles constructions par des Néandertaliens. » 

Ces débats sur la modernité de Néandertal divisent la communauté scientifique. Certains le voient comme un humain archaïque naturellement supplanté par l’homme moderne venu d’Afrique, d’autres veulent en faire son égal malchanceux – comme une figure anachronique du bon sauvage exterminé par un colonisateur sans scrupule. La génétique a récemment bouleversé ces conceptions figées en montrant que ces deux humanités s’étaient croisées, mêlées et peut-être aimées, au point que nous portons dans notre ADN, encore aujourd’hui, quelques pourcents d’ADN néandertalien.

Une belle problématique et une enquête à mener en classe.

Lire l’article : Néandertal s’aventurait au fond des grottes, 140 000 ans avant « Homo sapiens »

«Quand Hitler est rentré de la guerre, il n’avait aucune orientation politique» | Slate.fr

Une nouvelle biographie tente d’éclaircir le cheminement politique du dirigeant nazi.

Même si tout semble avoir déjà été écrit au sujet d’Adolf Hitler, pas une année ne passe sans qu’un historien n’exhume un pan méconnu de la personnalité ou de la biographie du dictateur nazi. Dans son nouvel ouvrage Wie Adolf Hitler zum Nazi wurde («Comment Adolf Hitler est devenu nazi»), paru en mai 2016 aux éditions Ullstein, l’historien allemand Thomas Weber se penche sur son retour du front. Thomas Weber reconstitue ces quelques mois, à cheval sur les années 1918/1919, durant lesquels le jeune soldat apolitique qu’il était alors s’est mué en celui qui, quelques années plus tard, deviendrait célèbre avec son brûlot Mein Kampf.

Lire l’article : «Quand Hitler est rentré de la guerre, il n’avait aucune orientation politique» | Slate.fr

Image : Adolf Hitler sous l’uniforme allemand (à gauche).