Orlando Figes, Les Chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline | Histoire@Politique

Après des travaux sur l’époque révolutionnaire et la guerre civile – dont une histoire de la Révolution russe traduite en français –, Orlando Figes s’est intéressé à l’histoire du stalinisme. Son ouvrage, Les Chuchoteurs, paru en anglais en 2007, destiné au grand public, invite le lecteur à réfléchir à l’« influence sur la vie personnelle et familiale » du système répressif soviétique, à en déployer l’impact sur la vie quotidienne et intime des Soviétiques (p. 43). Il s’articule ainsi autour de nombreux témoignages de victimes de la répression, recueillis essentiellement à Moscou et à Saint-Pétersbourg sur près d’une dizaine d’années, par l’association russe Memorial, très active dans la collecte de documents et de matériaux relatifs aux répressions soviétiques. L’ouvrage permet ainsi de suivre de nombreux parcours de vie de Soviétiques pris dans la machine répressive stalinienne, auxquels l’auteur laisse de nombreuses pages pour se déployer et se faire entendre. Il s’inscrit en ce sens dans un certain retour à la subjectivité et aux parcours individuels, initié par de nombreuses recherches sur l’URSS qui s’appuient notamment sur les témoignages, les journaux et les écrits intimes. 

Le compte-rendu de www.histoire-politique.fr

A noter que le travail de collecte de Figes est largement accessible sur le site de l’auteur : http://www.orlandofiges.com/familyHistory.php [lien consulté le 28 septembre 2014].

Référence de l’ouvrage : Orlando Figes, Les Chuchoteurs. Vivre et survivre sous Staline, 2 vol., Paris, Gallimard, 2013, 1183 p.

Quelle place pour le mobile de nos élèves en classe ?

Du 18 au 22 février, l’Unesco organise la semaine du mobile de l’UNESCO (18 – 22 février prochain) et s’interroge sur la place du téléphone dans l’enseignement.

Comme le note Bruno Devauchelle,

Paradoxe que celui d’une semaine qui est consacrée à l’apprendre à l’aide des mobiles alors que dans le même temps on fait tout pour empêcher les mobiles d’entrer à l’école dans des pays comme le nôtre.

Aujourd’hui, devant les interdictions souvent formulées par les établissement, les téléphones s’insèrent néanmoins dans nos établissements de manière clandestine. Dans le même temps, il existe aussi des expérimentations en classe telle cette expérimentation à Goldau en Suisse (http://www.projektschule-goldau.ch/ , voir aussi ce documentaire vidéo sur cette expérimentation (http://www.educavox.fr/actualite/reportage/Le-smartphone-remplacera-t-il-le).

Hors du monde occidental, l’enseignement mobile est une des réponses au défi de l’alphabétisation et pourrait permettre d’atteindre l’objectif d’un éducation pour le plus grand nombre :

Pour l’Unesco,

L’apprentissage mobile ne relève nullement de la fiction. C’est une réalité qui se vérifie sur le terrain : de la Mongolie au Mozambique, élèves et enseignants utilisent les appareils portables pour accéder à de riches contenus éducatifs, dialoguer et partager des informations avec d’autres apprenants, obtenir le soutien de leurs camarades et de leurs professeurs et communiquer de façon productive.
La technologie mobile n’est pas et ne sera jamais une panacée éducative. Mais elle est un outil puissant et souvent ignoré – un outil parmi d’autres – pour promouvoir l’éducation selon des modalités jusqu’alors impossibles.

Concrètement, la Mobile Learning Week réunie par l’Unesco réunit des experts pour échanger sur les pratiques éducatives. Comment ces technologies peuvent –elles servir l’alphabétisation de tous ? Comment peuvent-elles accompagner le développement professionnel des enseignants ? Dans quelle mesure peuvent-elles appuyer l’égalité et la parité ? Toutes les présentations sur la semaine tournent autour de ces problématiques.

Pour accompagner l’intégration du mobile dans l’enseignement, l’Unesco publie des « Principes directeurs pour l’apprentissage mobile » qui affirment que « la technologie mobile peut permettre d’étendre et d’enrichir les possibilités éducatives des apprenants ». Au Pakistan, l’Unesco soutient un programme d’aide à l’alphabétisation des filles. Dans les villages isolés et  pour cette population marginalisée, le portable permet de s’entraîner à la lecture et à l’écriture et donc de ne pas perdre les quelques acquis obtenus à l’école.

Lors de cette semaine, il est possible de la suivre via Twitter, via Twitter: #mlw2013 ou @UNESCOICTs.

Jeudi 21 et vendredi 22 février, un séminaire en ligne est également organisé. Le programme : http://www.unesco.org/new/en/unesco/themes/icts/m4ed/unesco-mobile-learning-week/webinar/.

A lire :

Création d'un jeu historique pour tablettes par des élèves | Ludovia#11

« A la recherche de Jeanne dans le Rennes médiéval » est un jeu historique géolocalisé en 9 étapes consacré à la ville de Rennes au Moyen-Âge. Rien de très original jusque-là s’il n’avait été réalisé par des élèves de CE2-CM1 (8-9 ans) à l’aide d’une plate-forme en ligne (GuidiGO) dédiée jusque-là à la réalisation de visites interactives pour les musées ou d’autres organismes. Cet article décrypte la démarche pédagogique originale présentée par Antoine Gouritin, enseignant à l’Université de Rennes en Médiation du patrimoine et stagiaire chez GuidiGO, lors des ExplorCamp de Ludovia#11.

Au cours de l’année scolaire 2013-2014, l’école Saint Michel de Rennes a mis en place un projet pédagogique innovant. Les élèves de CE2-CM1 ont utilisé la plateforme GuidiGO (www.guidigo.com) pour créer un parcours historique ludique à travers leur ville et le publier sur tablettes. Désormais, le jeu est disponible gratuitement sur l’Apple Appstore et sur Google Play.

Techniquement, la plate-forme GuidiGO permet de réaliser très faiclement en ligne une visite virtuelle géolocalisée sur son ordinateur et à l’aide de son navigateur. L’éditeur en ligne divise l’écran en deux parties. A gauche, l’utlisateur a son travail en cours. A sa droite, il peut voir le jeu tel qu’il apparaîtra sur la tablette du joueur.

Concrètement, le projet collectif « A la recherche de Jeanne dans le Rennes médiéval » a fait appel à des compétences pluridisciplinaires : recherches historiques, rédaction, dessin, enregistrement audio, utilisation de l’informatique, travail d’orientation…  Aidés de leur professeur et des historiens de l’association Men Ha Houarn, les enfants se sont impliqués dans ce travail créatif avec beaucoup de sérieux et d’enthousiasme tout au long des 2 mois qu’a duré le projet.

Il est a relevé que les aspects purement numériques, soit l’édition en ligne, n’occupent qu’une part restreinte de l’activité et de la démarche pédagogique. L’autre point à relever est le temps très court qui a été nécessaire pour réaliser le jeu.

Pour le élèves, tout a commencé le 20 mars 2014. Pendant cette journée, ils ont dans un premier temps été mis en situation au Musée de Bretagne à Rennes au travers d’une visite guidée réalisée par le Musée à l’aide de la plate-forme. Dans un deuxième temps, ils ont visité le centre-ville historique de Rennes sous la conduite d’une spécialiste de la période médiévale. A l’issue de cette journée, les élèves avaient ainsi un aperçu du jeu qu’ils auraient à concevoir et des contenus historiques nécessaires pour le réaliser. Au terme de la journée, l’angoissse était perceptible chez les élèves par rapport au travail qui les attendaient.

Cinq jours plus tard, le 25 mars, de manière tout à fait traditionnelle, les élèves se sont attelés à la tâche pour élaborer le scénario et les règles du jeu. En 60 à 90 minutes, les élèves, à l’aide d’un brainstorming, ont identifiés les thèmes qui les intéressaient le plus et déterminés les 9 étapes du jeu. Chaque étape a été ensuite prise en charge par un groupe mélangeant les élèves des deux niveaux.

Trois jours après, le 28 mars, les personnages de chacune des étapes ont été créés par les élèves, puis ils s’agissaient d’écrire les dialogue des personnages et pour certains groupes d’élaborer les défis qui permettent au joueur de passer d’une étape à l’autre. La création des personnages et l’élaboration des défis ont été facilement réalisés par les élèves, contrairement à la création des dialogues. Au terme de cette troisième journée, les élèves se sont mobilisés pour travailler hors la classe.

Le 31 mars, le travail consistait pour les élèves à finaliser leurs dialogues, laborer les défis et démarrer leurs recherches pour les dessins à intégrer au jeu. Il est à noter que les élèves étaient conscients de la nécessité de varier le type de défi proposé, à chaque étape, aux joueurs.

L’enregistrement audio des dialogues a été réalisé quelques jours plus tard doit le 4 avril. A ce stade, chaque équipe/groupe disposait d’un dossier comprenant ses images et ses fichiers audio.

Le projet raconté par les élèves, leurs enseignants et leurs parents.

La mise en ligne des contenus a été faite par les élèves les 18 et 24 avril. Et enfin, le 16 mai, les parents ont pu découvrir en situation la visite-guidée réalisée par leurs enfants en même temps que le jeu était désormais disponible gratuitement au téléchargement.

Au terme de cet ExplorCamp, Antoine Gouritin a fait le bilan suivant de l’expérience. Concernant les élèves, le projet et le travail a permis de mettre en valeur tout à la fois le travail du groupe et l’apport de chaque élève; les élèves ont été fiers de partager leur travail et ont développé leur curiosité pour le patrimoine rennais. Du côté des enseignants, ceux-ci y ont relevé la motivation nouvelle de élèves, la dynamique du travail de groupe qui a notamment permis d’affacer les timidités de certains élèves.

Pour ma part, comme pour toute pédagogie du projet, ce dernier permet de mobiliser et de fédérer les énergies des élèves (dévolution). La grande force réside dans le fait que ce projet scolaire aboutit à une réalisation concrète disponible en ligne pour tout en chacun. La part prise par le numérique est relativement modeste, mais fondamentale puisque c’est lui qui permet la diffusion hors la classe du produit réalisé par les élèves. L’outil choisit est très facilement pris en main par les élèves (absence d’obstacle technique). Enfin le produit final permet également l’échange et une modification de la relation entre les élèves et leurs parents puisque les «experts», ceux qui «savent», sont ici les élèves qui ont coaché leurs parents.