HistoireCafé est un podcast destiné à l’enseignement de l’histoire à l’ère numérique. Pourquoi café ? Parce que j’aime le café.Ce deuxième épisode est consacré à quatre défis que j’ai relevés pour passer à un enseignement entièrement à distance.
Après deux semaines du basculement de nos enseignements entièrement à distance, un premier temps est venu pour faire le point sur les défis que j’ai dû, comme tous les enseignant.es, relever dans un temps aussi court.
Me concernant, j’en ai identifié quatre qui font l’objet de ce deuxième podcast d’HistoireCafé :
Défi 1 : Concevoir un espace-classe « low cost » (à partir de 1:34)
Défi 2 : Adapter/réorganiser ses contenus (à partir de 3:07)
Défi 3 : Maintenir et developper les liens avec/entre les étudiant.es (à partir de 4:53)
Défi 4 : Savoir raison garder (à partir de 6:35)
Mes sept principes retenus pour mon enseignement à distance
A partir des quatre défis que j’ai identifiés pour ma pratique de l’enseignement à distance sur la base de mon expérience en formation et des différentes recherches relatives à l’enseignement à distance ainsi que de ma maxime « Pédagogie/didactique, technologie et simplicité », je retiens sept principes pour mon enseignement à distance :
Privilégier le mode asynchrone pour les activités de tout un groupe de séminaire.
Recourir de manière ponctuelle au mode synchrone (zoom ou skype de manière préférentielle) avec des sous-groupes d’étudiant.es (de 2 à 4 étudiant.es) pour assurer le lien, la régulation et le coaching. Durée : 20 à 30 minutes maximum.
A la fois mieux scénariser mes contenus présents sur Moodle (étape par étape) et les simplifier au niveau des tâches à réaliser par les étudiant.es. Il s’agit d’éviter leur épuisement du fait du contexte actuel et celui d’un enseignement à distance. Et je me ménage également moi-même dans leur suivi.
Indiquer un temps estimé pour chaque tâche/activité.
Aménager des moments d’interactions entre étudiant.es et les groupes à la suite d’une activité réalisée seul.e ou en groupe (co-évaluation par les pairs).
Maintenir les liens sociaux et communiquer principalement à l’aide d’un Forum et/ou d’une Chatroom (technologies moins gourmandes en terme de débit, réseau).
Permettre aux étudiant.es de me contacter par mail pour les questions plus personnelles qui ne peuvent être déposées sur un Forum ou un Chat.
Le coronavirus a ressuscité l’image de la Peste noire, la plus célèbre et la plus terrible des épidémies médiévales. Pour mieux comprendre ce phénomène, derrière les parallèles un peu rapide, Actuel Moyen Âge vous propose une série de courts articles sur cette peste – quitte à être confinés, autant se cultiver un peu ! Actuellement 14 épisodes sont déjà en ligne.
Enterrement de victimes de la peste à Tournai. Les Chroniques de Gilles Li Muisis (1272-1352), abbé de Saint-Martin de Tournai. Bibliothèque royale de Belgique, MS 13076-77, f. 24v.
Épisode 1 / L’origine de la Peste : climat, gerbilles et Mongols :à lire ici !
Épisode 9/ La Peste dans l’empire byzantin :à lire ici !
Épisode 10/ Crimes et justices en temps de Peste :à lire ici !
Épisode 11/ Quand Pétrarque s’énerve : à lire ici !
Épisode 12/ Les villes médiévales et les « gestes barrières » : à lire ici !
Épisode 13/ Quelques conseils médiévaux pour passer le confinement : Boccace et le Décaméron : à lire ici !
Épisode 14/On ira tous au Paradis (ou pas) à lire ici !
La Peste noire de 1348 a souvent été invoquée pour expliquer le goût des médiévaux, en littérature ou dans les arts, pour le corps cadavérique. Si les thèmes macabres existent dès le début du XIVe siècle, la peste a largement amplifié le phénomène.
Ce logiciel américain apprécié des joueurs de jeux vidéo a été utilisé par de nombreux professeurs après la fermeture des établissements. Sa conformité au RGPD fait débat. Les CheckNews de Libération font le point de la situation.
« Qu’en est-il ? Tout d’abord, Discord explique recueillir automatiquement un certain nombre de données comme «l’adresse IP, l’identifiant de l’appareil et vos activités au sein des Services». Cela vaut pour le contenu des conversations, les fichiers envoyés, et les données renseignées par l’utilisateur comme son adresse e-mail. Concernant les cookies, ces petits fichiers qui sont installés sur les ordinateurs et les téléphones portables lors de la visite d’un site et qui permettent de recueillir des informations sur l’utilisateur, Discord avertit sans détour y avoir recours.
Or légalement, le RGPD protège les utilisateurs européens en renforçant notamment le recueil préalable de leur consentement pour la collecte de certaines données. Mais le logiciel américain a décidé de s’affranchir de ces règles. «En visitant ou en utilisant le service, vous acceptez que les lois des Etats-Unis et de l’Etat de Californie régissent ces conditions et tout conflit de toute sorte pouvant se produire entre vous et la compagnie, sans égard aux principes de conflit de lois et à votre emplacement», peut-on lire dans les conditions générales d’utilisation. »
Dans la mesure où il est obligatoire pour les élèves et les étudiant.es fournissent notamment leurs adresse e-main et que Discord ne dispose d’aucun garde-fou, il est préférable de s’en détourner pour ceux qui y songent encore et à s’en écarter rapidement pour les autres.
Dans cet épisode, Betrand Soulier propose de nous aider à faire des interviews tout en respectant le confinement et la distanciation physique ! Rien n’empêche d’aller à la rencontre des gens.
Il présente trois techniques simples et peu coûteuses pour réaliser vos interviews :
Skype
Zoom
Chaque personne enregistre chez lui la conversation (faite avec Skype) avec un application (Audacity, l’App Dictaphone du Smartphone), puis l’envoie à son interlocuteur
La dernière proposition est celle qui assure le meilleur rendu technique, mais c’est aussi la plus complexe techniquement. C’est celle utilisée par les professionnels. Dans l’idéal. elle nécessite aussi que les personnes disposent d’un micro.
Sur Mac, pour enregistrer et travailler ensuite les fichiers audio via Skype, Bertrand Soulier recommande d’utiliser Ecamm Call Recorder. Cette application enregistre les appels audio et vidéo Skype directement sur votre Mac. Pour enregistrer automatiquement, on utilise tout simplement les boutons d’enregistrement et d’arrêt.
Alors que les enseignants cherchent à assurer, avec des outils souvent improvisés, la « continuité pédagogique », leur préoccupation première devient le décrochage. Isolés de leurs camarades, face à des modes d’enseignement distanciés, sans le soutien direct de l’enseignant, de nombreux jeunes ont déjà disparu du radar de leur établissement. Et plus la crise durera, plus leur nombre augmentera. Dans l’urgence, on se rend compte que le seul outil efficace pour joindre et faire travailler tous les élèves confinés chez eux c’est le smartphone. Avec retard, la France redécouvre avec une catégorie d’élèves la nécessité de réfléchir à l’éducation d’urgence.
Comme le note François Jarraud, pour le Café pédagogique,
C’est de pays beaucoup plus pauvres que viennent des expériences d’enseignement qui s’appuient sur le seul outil pédagogique accessible à tous : le smartphone. Beaucoup ont été présentées lors des Semaines de l’apprentissage mobile, organisées chaque année à Paris par l’Unesco. L’édition 2020 aurait du se tenir ce mois ci…
Concernant la France, souligne-t-il encore
des pionniers se sont intéressés à cet outil qui permet d’apprendre à son rythme et partout. Frédéric Fesquet , en 2014, porte dans une application portable le programme d’histoire-géographie de STMG. En 2017, Emmanuelle Vezia et Ketty Flandrina utilisent le portable pour enseigner les maths en lycée professionnel. Les élèves n’ont pas de calculatrice mais ils ont leur portable. Le portable sert aussi à voir les capsules vidéos réalisées par les enseignantes. Il est utilisé comme instrument de mesure pour des expériences. Il enregistre les traces écrites des cours. Des professeurs de langues, JP Kirrage ou V Castillo Munoz ont développé des applications pour l’entrainement et le suivi des élèves bien avant que la crise sanitaire arrive. Des professeurs de lettres ont introduit le téléphone portable dans des activités de lecture et d’écriture en classe.
Après avoir signifié l’interdiction des smartphones à l’école, les autorités scolaires n’ont, dans les circonstances actuelles, que le choix de prêter du matériel informatique à ces élèves perdus de vue. Et après ?
Sur History News Network, Norman J.W. Goda, directeur du Centre d’études juives de l’Université de Floride et l’auteur de The Holocaust: Europe, the World, and the Jews (2013), s’interroge sur ce qui se passe actuellement avec le passage subit à un enseignement universitaire entièrement à distance. Il s’y intéresse plus particulièrement au travers de l’utilisation de Zoom, plateforme de réunion vidéo, chouchou actuel du monde universitaire et tertiaire. Extraits traduits.
« Zoom » – ce mot enfantin ludique, qui faisait autrefois référence aux voitures rapides, signale aujourd’hui un changement radical dans l’enseignement supérieur, qui se déroule sous nos yeux grâce à COVID-19 et à la nécessité de faire passer les cours universitaires en direct en ligne. Zoom, pour ceux qui ne le savent pas, est la plateforme de réunion vidéo par laquelle les professeurs font tous migrer nos classes vers le format en ligne.
[…].
Pour l’instant au moins, en tant qu’universitaire qui enseigne dans les universités d’État depuis près de trente ans, je suis déchiré par la question qui se pose. D’une part, les étudiants qui se sont inscrits à mon cours d’histoire de l’Holocauste ce semestre à l’université de Floride l’ont fait parce qu’ils étaient intéressés par le sujet, parfois intensément. Alors que j’essaie de faire passer mes cours et mes séances de discussion d’une salle de classe à un format Zoom, je veux offrir quelque chose qui se rapproche le plus possible de l’expérience en classe. D’autre part, je pense, comme beaucoup de mes collègues, que les administrateurs d’université et les législateurs des États américains étudieront un jour de très près cette expérience accélérée d’éducation en ligne. Sommes-nous des universitaires leur montrant comment ils pourraient nous remplacer au nom d’une efficacité accrue ?
[…]
Enfin, il y a la qualité de notre propre travail, de notre préparation pédagogique. […] Quel matériel allons-nous présenter pour faire un point particulier sur, par exemple, la résistance juive dans le ghetto de Varsovie, ou sur la reconstruction après la guerre civile, ou sur la dictature de Robespierre ? Comment allons-nous le présenter ? Quel verbiage utiliserons-nous ? Quels visuels utiliserons-nous ? Quand quitterons-nous le pupitre pour une promenade dans l’allée ? Quand ferons-nous une pause et inciterons-nous les élèves à réfléchir plutôt qu’à prendre des notes ? Quelles questions leur poserons-nous lorsqu’ils discuteront ? Comment pouvons-nous les encourager à interagir et même à débattre entre eux en face à face, avec des expressions et des gestes ? Comment leur faire comprendre qu’il n’y a pas de réponses en noir et blanc mais seulement des arguments, certains réfléchis, d’autres nécessitant un développement intensif ?
Ces questions, et bien d’autres encore, constituent ce qui fait de l’enseignement supérieur en direct sur un campus universitaire une expérience pour le corps enseignant et les étudiants qui ne peut être reproduite en ligne, du moins grâce à la technologie Zoom avec laquelle je suis devenu familier. Même si toute la technologie « fonctionne », comment nos efforts plus larges, ayant été coincés par le portail entre l’ordinateur d’une faculté et celui des étudiants, peuvent-ils sortir sans distorsion de part et d’autre, d’une manière que nous ne pouvons pas encore pleinement reconnaître ? […]
Mais la véritable interaction qui résulte d’un véritable apprentissage ? Je n’en suis pas du tout sûr. […] Nous pouvons écouter, mais notre ouïe est étouffée. Nous pouvons nous connecter, mais notre interaction est entravée.
Pour cela, nous devons tous être, une fois de plus, dans la même pièce.
Une exposition en ligne de la Bibliothèque nationale de France.
L’exposition est structurée en 3 parties, en images, arrêt sur et gros plan. La première section s’intéresse à l’alimentation, la cuisine et les repas. On apprend entre autres que lescéréalessont la base de l’alimentation, préparées le plus souvent sous forme de pain. Leslégumesfont partie de la nourriture quotidienne des paysans et en particulier le chou.
Crédit photo : Illustration (repas) : Histoire d’Olivier de Castille et d’Artus d’Algarbe. Paris, BnF, Département des manuscrits, Français 12574 fol. 181v. gallica.bnf.fr / BnF
Une semaine de confinement et de travail à distance et voilà le résultat me concernant : mon premier podcast (entre autres choses).
Ce premier épisode est consacré au matériel utilisé pour réaliser ce podcast. Enfin, c’est plutôt la version test et le résultat de mon apprentissage du jour à l’aide du matériel que je compte utiliser pour réaliser mes prochaines prises audios et mes podcasts.
HistoireCafé sera un podcast destiné à l’enseignement de l’histoire à l’ère numérique. Pourquoi café ? Parce que j’aime le café.
Bonne écoute et votre avis, bien évidemment, m’intéressera.
Introduction à l’article de Jean-François Cerisier : la situation que connaît la France est largement transposable à l’échelle de la Suisse, voire même de la plupart des pays. A lire donc sans modération.
Le numérique ne suffit pas à motiver les élèves, la nature des activités et la qualité de l’accompagnement sont déterminants. Shutterstock
Il n’aura fallu que quelques jours pour que la « continuité pédagogique » devienne un sujet de préoccupation nationale. Il y a peu de temps encore, c’est un principe que l’on invoquait en parlant du passage des élèves d’une classe ou d’un cycle à l’autre – et aux dispositions requises pour assurer la réussite des élèves lors de ces transitions.
Avec la pandémie de Covid-19, la continuité pédagogique renvoie à la nécessité d’offrir un enseignement aux 12 millions d’élèves dont les écoles, collèges et lycées sont fermés. Elle s’inscrit dans le discours public comme une toute nouvelle dimension des Plans de Continuité des Activités (PCA) qui anticipent les conséquences de crises majeures sur les services vitaux, par des stratégies visant à préserver leur activité autant que possible.
Formellement présente dans les plans des académies, la continuité pédagogique consiste pour l’essentiel dans l’inventaire des moyens numériques susceptibles d’être mobilisés et très peu – voire rien – n’est dit sur la façon de les mettre en œuvre en fonction des crises, et d’y préparer les enseignants.
Ainsi, interroger la continuité pédagogique dans le cas de la pandémie actuelle pose à la fois la question de ses objectifs en termes de politiques éducatives, celle de la nature et de l’efficacité du dispositif annoncé par l’État mais aussi de l’ensemble des autres initiatives de terrain.
Articuler local et national
Le dispositif mis en place par l’État, expérimenté dès les premières fermetures d’établissements aux élèves dans l’Oise et le Haut-Rhin, repose sur l’articulation entre une offre nationale – celle du Centre National d’Enseignement à Distance (CNED)- et une mobilisation des enseignants dans les établissements scolaires avec leurs moyens propres.
Mise en place du dispositif de classe virtuelle dans l’Oise, début mars 2020 (AFP).
La contribution du CNED réside dans son programme « Ma classe à la maison » qui se compose de ressources en ligne permettant aux élèves d’écoles primaires, de collèges et de lycées de réviser leurs cours de début d’année dans la plupart des disciplines.
Cet ensemble de ressources est complété par la mise à disposition de plates-formes permettant aux enseignants d’organiser des classes virtuelles, en associant web-conférence et partages de documents. À l’échelle locale, les enseignants peuvent s’appuyer sur les environnements numériques de travail déployés dans leurs établissements (ENT) et l’ensemble des ressources acquises à leur attention par l’État, par leur collectivité territoriale de référence et par l’établissement.
Logique de substitution
Il y a plusieurs façons de penser l’éducation hors de l’école et voilà des années que le numérique bouscule tous les formats pédagogiques. L’école ne s’est pas pleinement saisie des nouveaux modes d’accès à l’information et des nouvelles façons d’apprendre qu’il instaure. Pourtant, le plan de continuité pédagogique annoncé par le ministre répond à une logique de substitution du numérique aux cours classiques, à travers des outils visant à reproduire au mieux à la maison les conditions de l’apprentissage au sein des établissements scolaires.
Pas beaucoup d’innovation donc dans la manière de penser l’école, alors que les conditions auraient pu inviter à l’imagination et à la créativité institutionnelle. D’autre part, plusieurs arguments font douter du bien-fondé de cette démarche et, malheureusement de son efficacité, même s’il n’est pas permis le moindre doute sur l’engagement des services de l’État ni de celui des enseignants qui font et feront « au mieux » pour la mise en œuvre de ce plan de continuité pédagogique.
Le premier est celui de l’impréparation. Il n’est pas contestable que l’ampleur et la dynamique de crise sanitaire n’était guère prévisible et n’était de fait pas prévue. Il est donc tout à fait normal que les ressources pédagogiques acquises par l’État ou développées par ses opérateurs comme le CNED ou Réseau Canopé ne suffisent pas à satisfaire les besoins des élèves et de leurs enseignants dans la perspective de semaines ou de mois de fermeture des établissements.
Première journée d’école à la maison (France 3 Pays de la Loire).
Il est à noter que les éditeurs scolaires et producteurs de ressources numériques éducatives sont nombreux à proposer un accès temporairement gratuit à leurs produits dont on ne doute pas qu’il répond à un réel élan de solidarité tout en leur assurant une solide promotion. En revanche, il est plus inquiétant d’observer que la formation initiale et continue des enseignants ne leur permet pas de disposer de solides compétences en ingénierie techno-pédagogique.
C’est vrai dans le contexte ordinaire de la classe et encore davantage dans le contexte de la distance. Il existe bien sûr de nombreux enseignants très expérimentés et compétents dans ce domaine mais ils constituent une minorité des 870 000 enseignants français.
Solutions de terrain
Le deuxième argument est celui de la verticalité du processus qui ignore notamment la réalité et les nécessités de l’inventivité pédagogique de terrain. Si le ministre de l’Éducation nationale tient un discours ferme et pertinent sur la nécessité d’adosser les pratiques pédagogiques à la recherche, il est impossible d’ignorer que les pratiques pédagogiques, quand bien même bénéficient-elles de cet indispensable accompagnement scientifique, s’inventent sur le terrain.
Dans ce contexte radicalement nouveau où l’intégralité d’un système éducatif national s’apprête à basculer d’un enseignement conventionnel présentiel à un dispositif de formation à distance pour une durée indéterminée, il semblerait raisonnable de miser sur la capacité des établissements scolaires et de leurs enseignants à inventer des solutions dans la diversité des situations, des élèves et des enseignants.
On s’étonne ainsi du discours centré sur la mise en œuvre de dispositifs et ressources pédagogiques institutionnels somme toute limités quand rien n’est dit qui pourrait valoriser le rôle des associations et collectifs d’enseignants pourtant susceptibles de jouer un rôle majeur.
La twictée, exemple d’innovation pédagogique porté par des collectifs enseignants.
Le troisième argument concerne les élèves dont il est difficile d’imaginer qu’ils trouveront tous à la maison les conditions favorables que leur offre l’École. Apprendre suppose une ambiance propice et une organisation qui limite la distraction et apporte une aide et un accompagnement personnalisé.
En l’absence du cadre scolaire qui a justement été pensé à cet effet, il y a fort à parier que seule une fraction des élèves saura maintenir l’attention nécessaire à des activités d’apprentissage qui en réclame beaucoup et saura déjouer toutes les difficultés des apprentissages. C’est d’ailleurs pourquoi il semble indispensable de repenser les activités pour augmenter l’engagement des élèves.
L’expérience montre que le recours au numérique n’est pas un facteur de motivation en soi – sauf de façon éphémère – et que c’est la nature des activités proposées et la qualité de l’accompagnement humain qui sont déterminantes. De plus se pose la question des conditions requises pour être un « bon élève » à distance, un élève qui réussit.
Nouvelles compétences
Outre la disponibilité des équipements techniques qui soulève la question d’équité sociale se pose celle des compétences. Compétences techniques bien sûr, avec un trompe l’œil qui laisse penser aux adultes que les plus jeunes sont plus compétents dans l’utilisation des techniques numériques qu’ils ne le sont en réalité et que la distribution de ces compétences est fortement corrélée à des variables sociales.
Compétences non numériques également comme celles de gestion du temps, de planification des tâches ou d’organisation des documents qui sont déterminantes et dont l’absence est souvent compensée à l’école par l’accompagnement des enseignants. Finalement, c’est l’autonomie des élèves qui est questionnée, bien plus critique à distance qu’à l’école.
Terminons sur la question récurrente mais qui prend un relief nouveau de l’équipement et de la situation des enseignants à la maison. Alors que l’État compte sur eux pour organiser les activités d’apprentissage des élèves et les accompagner à distance en s’appuyant sur les techniques numériques, très rares sont ceux qui disposent d’un équipement mis à leur disposition et lorsque c’est le cas, cela relève de politiques d’équipement des collectivités territoriales.
Dans ces conditions, compter sur l’engagement des enseignants revient à faire le pari qu’ils se sont formés eux-mêmes, qu’ils ont autofinancé leur équipement et leur connectivité, qu’ils sauront mobiliser les ressources mises à disposition par l’État mais aussi identifier et utiliser celles des éditeurs privés qui auront bien voulu les rendre disponibles et celles, qu’ils s’engageront enfin dans une large démarche collaborative avec leurs collègues.
Finalement, plutôt que d’essayer de reproduire à la maison l’école avec sa forme scolaire héritée de Condorcet, la pandémie de Covid-19 pourrait être et sera peut-être un magnifique laboratoire pour repenser l’école à l’ère du numérique.
« La crise sanitaire nous pousse à réfléchir la classe “hors la classe” » mais « risque d’amplifier les inégalités », explique Pascal Plantard, professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques, dans une tribune au « Monde ».
En résumé pour Pascal Plantard,
la « forme scolaire » classique est un véritable moule organisationnel qui représente l’une des difficultés freinant l’appropriation des technologies par des enseignants dont le travail en équipe n’est pas encore au cœur de la culture professionnelle. Si on se réfère aux théories de l’appropriation des technologies, dans chaque niveau scolaire, on va rencontrer trois catégories d’enseignants : dans des établissements équipés et connectés, avec des familles plus ou moins à l’aise avec le numérique, on va trouver des enseignants qui travaillent déjà en équipe et sur des projets collectifs, communiquent avec les élèves et les familles en ligne et mettent de nombreuses ressources à disposition sur l’ENT. Dans la deuxième catégorie, on va trouver des enseignants qui ont intégré l’ENT et le diaporama et doivent faire de même avec l’enseignement à distance et les autres dimensions du numérique, dans la continuité des apprentissages. Enfin, des enseignants qui ont tout découvert lundi matin. L’éducation nationale va devoir compter sur les dynamiques d’entraide et de formation entre pairs de ces trois catégories.
Les premières observations sur les différentes zones contaminées de Bretagne démontrent que ces transformations nécessitent de l’anticipation et s’appuient sur l’expérience des enseignants déjà fortement mobilisés sur le numérique, notamment dans les coopératives pédagogique et numérique du Living-Lab Interactik, déployé depuis trois ans dans la région.