Changer d’échelle en histoire à l’ère du numérique | Chronique no 167

Le numérique est-il seulement un outil ou dépasse-t-il ce cadre-là ? Transforme-t-il notre manière d’apprendre et de penser ? Doit-il nous amener à changer de pédagogie ? Doit-on désormais changer d’échelle, c’est-à-dire de paradigme, dans notre enseignement de l’histoire ? Réflexions à partir de l’ouvrage de Jean-Louis Jadoulle (2015). Faire apprendre l’histoire : pratiques et fondements d’une didactique de l’enquête en classe du secondaire.

À fin 2015, Jean-Louis Jadoulle, historien, didacticien reconnu et auteur d’une fort stimulante collection de manuels secondaires en Belgique, a publié un ouvrage proposant une mise au point théorique sur les profonds bouleversements dans la manière de concevoir l’enseignement de l’histoire au secondaire depuis deux décennies. Ces nouvelles conceptions de l’enseignement de l’histoire s’inscrivent elles-mêmes dans le prolongement des changements apparus tant en Belgique qu’en France, au Québec ou en Suisse à partir des années 1970 (référence de l’ouvrage : voir bibliographie). L’ouvrage fournit également des pistes d’actions opérationnelles permettant de mettre en œuvre cette didactique de l’enquête que Jadoulle appelle de ses vœux.

Cette didactique de l’enquête s’appuie sur la conception d’un apprentissage par les élèves de la pensée historienne ou d’une interprétation du monde selon une perspective historienne. Cette pensée historienne est un vecteur de développement de la conscience historique des élèves (voir Kaufmann 2014). Continuer la lecture de « Changer d’échelle en histoire à l’ère du numérique | Chronique no 167 »

Venise : les 500 ans du Ghetto 29 mars 1516

Le 29 mars 1516, Venise décrète que les juifs seront regroupés dans le quartier des fonderies : ghetto en dialecte local. Une telle ségrégation, sur fond de mutations, de doutes et de fureurs identitaires, parle de (et à) l’Europe… Quelques articles en relation à cette création du Ghetto et deux ouvrages de référence à nouveau publié.

Tout d’abord, Mediapart nous apprend que le 20 mars 1516, le sénateur Zaccaria Dolfin réclame à ses pairs de rassembler les juifs de Venise (environ 500 personnes : 0,5 % de la population) au nord de la ville, dans le sestiere (quartier) de Cannareggio – le Ghetto Nuovo.

Le projet de Zaccaria Dolfin est adopté le 29 mars 1516, voilà exactement 500 ans, par un décret du Sénat ainsi rédigé : « Les Juifs habiteront tous regroupés dans l’ensemble de la maison sis en ghetto près de San Girolamo ; et, afin qu’ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons que du côté du vieux ghetto où se trouve un petit pont, et pareillement de l’autre côté du pont, seront mises en place deux portes, lesquelles seront ouvertes à l’aube et fermées à minuit par quatre gardiens engagés à cet effet et appointés par les Juifs eux-mêmes au prix que notre collège estimera convenable. » La mesure est annoncée en place publique le 1er avril 1516.

Pour Medipart :

En 1516, à Venise, prend ainsi fin une certaine ambivalence européenne. On allait passer d’un isolement consenti des populations juives – qui se rassemblaient pour des raisons religieuses et pratiques (les « juiveries » des grandes villes) –, à une ségrégation sans merci.

Source : Les 500 ans du ghetto de Venise mettent l’Europe en demeure | Mediapart

Ensuite,  le magazine L’Histoire propose à ses lecteurs deux articles en ligne en attente d’un numéro spécial consacré à cet événement :

Donatella Calabi est l’auteur d’un livre rédigé à l’occasion de ces 500 ans :

Donatella Calabi : Ghetto de Venise. 500 ans (Éd. Liana Levi, 176 p., 20 €)

Pour elle, le cinquième centenaire de la création du ghetto de Venise doit être l’occasion de réfléchir sur les ségrégations passées, présentes et à venir :

« Réfléchir aujourd’hui, dans un continent libre et réunifié mais incapable de faire face aux nouvelles vagues de peur déclenchées par un afflux extraordinaire de réfugiés, peut sans doute aider l’Europe à relever le défi auquel elle se heurte : éviter une nouvelle saison de murs en ciment et de barrières de barbelés, écarter le danger d’un monde formé d’un “archipel de ghettos”. »

D’autant que le 14e siècle et ses mouvements de panique à l’égard de la modernité n’est pas sans correspondance avec notre époque.

Signalons également la réédition chez Tallandier, de l’Histoire du ghetto de Venise de Riccardo Calimani.

Concernant les manifestations organisées à Venise en 2016, il faut noter l’exposition  « Venise, les Juifs et l’Europe. 1516-2016 », au palais des Doges, du 19 juin au 13 novembre, fruit de la collaboration entre la Fondation des musées civiques et un comité scientifique, dirigé par Donatella Calabi. Concernant l’ensemble de ces manifestations, vous pouvez consulter le site www.veniceghetto500.org.

Comme des lions : chronique d’une lutte rugissante

Parmi les images qui circulent actuellement et font l’objet de beaucoup de commentaires, il y a celles de ce lycéen parisien passé à tabac en pleine rue par les forces de l’ordre lors de la dernière manifestation contre le projet de loi de la ministre du travail. Sur un mode plus tragicomique, le film de François Ruffin Merci Patron ! est un des succès des salles obscures du printemps. Ici, les violences se nichent dans les pratiques de de prédation des dirigeants de groupes industriels contre leurs salariés. La caméra du réalisateur se mue en une arme de vengeance redoutable et fédératrice.

Le documentaire de F. Davisse Comme des lions consacré au long mouvement de grève des PSA-Aulnay entre 2013 et 2014 se place sur un autre terrain. Il est un peu la cheville ouvrière du triptyque. Les lectures systématiquement sécuritaires et/ou identitaires des nouvelles anxiogènes qui saturent l’actualité ne laissent plus guère de place qu’à l’urgence. Il est donc précieux de faire une pause et de changer la focale au bénéfice de questions économiques et sociales trop souvent reléguées à la marge.

Comme des lions s’inscrit dans le temps long de l’histoire – celui d’une industrialisation finissante – dans celui, plus réduit, d’un quinquennat, et dans le temps resserré d’une mobilisation sociale.

Lire la chronique de ce documentaire par Histgeoblog : Comme des lions : chronique d’une lutte rugissante

JK Rowling : Les bienfaits de l’échec et l’importance de l’imagination

Discours de J.K.Rowling pour la remise de diplômes de l’Université de Harvard, Etats-Unis, juin 2008.

De l’importance de l’échec. Si vous avez 20 minutes devant vous, regardez de quoi est faite la recette du succès selon JK Rowling (apparemment, d’échecs). Une belle leçon de vie. 

http://youtu.be/Qvudapilh-I 

Image à la une : J. K. Rowling à la Maison-Blanche, en 2010.

Les Moyens Âges de la Grande Guerre

 

La Première Guerre mondiale est souvent décrite comme le premier conflit industriel et la première guerre totale. De chaque côté des tranchées, non seulement les combattants, mais l’ensemble des populations est mobilisé. Même le passé, et particulièrement le Moyen Âge, endosse l’uniforme, parfois, comme nous allons le voir, de manière surprenante.
Pour en savoir plus, le site Histoire médiévale vous permet de télécharger sur trois articles, initialement parus dans le numéro 57 du magazine Histoire et Images médiévales en septembre 2014.
Bonne lecture.

  • Les Moyens Âges de la Grande Guerre. L’article analyse les différentes utilisations du Moyen Âge dans la propagande de la Première Guerre mondiale, mais aussi une étonnante histoire de fantômes médiévaux venus hanter les tranchées.
  • Le Miracle des loups : Carcassonne contre Hollywood. À propos du film de Raymond Bernard réalisé en 1925, grande fresque patriotique qui utilise la guerre entre Louis XI et Charles le Téméraire comme toile de fond.
  • La guerre sans fin. Avec Gus Bofa, dessinateur de presse, caricaturiste et vétéran de la Grande Guerre, le Moyen Âge devient un détour nécessaire pour exorciser l’horreur des tranchées.
  • Rappelons aussi notre article bonus consacré à J.R.R. Tolkien qui a inventé son univers médiéval imaginaire de la Terre du Milieu pendant la Grande Guerre : J. R. R. Tolkien : Un Moyen Âge contre la Grande Guerre.

Source : Les Moyens Âges de la Grande Guerre

Benoît Panozzo (Château Guillaume-le-Conquérant): « Depuis le lancement de la visite sur tablettes, nous sommes passés de 40 000 à 70 000 visiteurs »

En avril 2013, le Château Guillaume-le-Conquérant (Falaise, Normandie) a réouvert avec une nouvelle scénographie s’appuyant notamment sur un parcours en réalité augmentée sur tablettes, conçu par Histovery.  Trois ans après ce lancement, quel est le bilan de l’application ? Réponses par Benoît Panozzo, médiateur au Château Guillaume-le-Conquérant.

L’interview : http://ift.tt/1VgYhUa

L’Insurrection de Pâques à Dublin : un champ de bataille de la Première Guerre mondiale

Eamon de Valera, futur dirigeant de la République d’Irlande, prisonnier © Coll. privée – B. Cudennec / C. Gallagher
Du 25 mars (vendredi saint) au 2 avril 2016, l’Irlande célébrera le centenaire de l’Easter Rising (Insurrection de Pâques 1916), élément fondateur de la République. Comme le souligne l’historien nord-irlandais Keith Jeffery, la Première Guerre mondiale a donné l’opportunité aux Séparatistes de frapper en plein coeur l’Empire britannique et de s’imposer à l’échelle politique alors qu’ils étaient minoritaires au sein de l’opinion.

Lire l’article : http://ift.tt/1Mq6hep

Néandertal vivait en Espagne il y a 430’000 ans | Mediapart

Une équipe de Leipzig a réussi à décrypter le plus ancien ADN humain jamais séquencé. Il prouve que des Néandertaliens vivaient il y a 430 000 ans dans la Sima de los Huesos, la « Grotte des os », en Espagne.

Les Néandertaliens, premiers occupants de l’Europe, étaient déjà présents en Espagne il y a 430 000 ans, et leur lignée s’est séparée de celle de l’homme moderne, notre espèce, il y a entre 550 000 et 765 000 ans, bien plus tôt qu’on ne le pensait.

Poudre d'os d'un fossile vieux de 430 000 ans de la Sima de los Huesos, dont a été tirée une séquence d'ADN. © Javier Trueba, MADRID SCIENTIFIC FILMS
Poudre d’os d’un fossile vieux de 430 000 ans de la Sima de los Huesos, dont a été tirée une séquence d’ADN. © Javier Trueba, MADRID SCIENTIFIC FILMS

C’est ce que démontre l’étude du plus ancien ADN humain jamais séquencé, réalisée par l’équipe de Matthias Meyer et Svante Pääbo, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, et publiée le 14 mars dans la revue britannique Nature.

« Les résultats [de cette étude] fournissent un point d’ancrage important dans la chronologie de l’évolution humaine, estime Svante Pääbo. Ils s’accordent avec une séparation plutôt ancienne entre la lignée des hommes modernes et les humains archaïques, datant de 550 000 à 750 000 ans. » Ce qui impliquerait que les ancêtres d’Homo sapiens aient commencé à se dissocier des autres humains anciens entre 100 000 et 300 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

Si les origines de l’homme moderne sont plus anciennes qu’on ne l’imaginait, cela conduit à réviser le statut de certains fossiles. On pensait que les hommes modernes et les Néandertaliens étaient issus d’une autre population appelée Homo heidelbergensis. Mais ce dernier a des représentants beaucoup trop récents pour correspondre à la chronologie résultant de l’ADN de la Sima de los Huesos. Un certain nombre de fossiles classés comme Heidelbergensis doivent-ils être considérés en réalité comme des Néandertaliens ?

Et peut-on retrouver l’ancêtre commun aux anciens Européens et à l’homme moderne ? Selon Nature, le meilleur candidat serait Homo antecessor, une espèce remontant à environ 900 000 ans, découverte elle aussi en Espagne, dans la Sierra de Atapuerca, par l’équipe d’Arsuaga. Mais son ADN n’a pas encore été étudié par Meyer et Pääbo.

Source : Néandertal vivait en Espagne il y a 430 000 ans | Mediapart

Il y avait un génie derrière le “Docteur Folamour” de Stanley Kubrick |Télérama

Steven Spielberg a dit que c’était le plus beau décor de cinéma jamais réalisé : la War Room – le QG américain d’où sont commandées les armes nucléaires – dans Docteur Folamour, de Stanley Kubrick. Son créateur, le décorateur Ken Adam, est mort le 10 mars 2016 à l’âge vénérable de 95 ans. Outre sa collaboration avec Kubrick, qui lui valut un premier Oscar pour Barry Lyndon, le créateur britannique a notamment signé les décors des premiers James Bond (c’est l’île du Docteur No qui avait poussé Kubrick à le contacter…) et bossé sur près de cinquante films. Pour lui rendre hommage, retour sur ce décor mythique à travers ce que Ken Adam racontait à l’historien anglais Christopher Frayling (dans Ken Adam, The Art of Production Design, non traduit en France).

Lire la suite : Il y avait un génie derrière le “Docteur Folamour” de Stanley Kubrick – Cinécure, le blog ciné d’Aurélien Ferenczi – Télérama.fr

Théories du complot, comment lutter ? | L’ÉCOLE DE DEMAIN

Une excellente synthèse sur les théories du complot, la manière de les aborder en classe et une collection de ressources utiles à l’enseignant.

Infographie du site « On te manipule ».

Parce que les théories du complot touchent et passionnent nos élèves, parce qu’il est important d’y réfléchir en prévention aussi avant l’adolescence, parce que c’est une thématique riche à explorer dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information dès l’école primaire, nous vous proposons des pistes pédagogiques et des liens utiles.

Lire la suite : Théories du complot, comment lutter ? | L’ÉCOLE DE DEMAIN