Passion Médiévistes : Hors-série 34 – Le Moyen Âge au cinéma

À l’occasion de l’édition 2025 du Festival international du film court d’Angoulême, deux invités sont venus croiser, dans cet épisode hors-série de Passion Médiévistes, leurs expériences sur les représentation du Moyen Âge au cinéma.


Affiche du film Les chevaliers teutoniques (1960), film qui se distingue pour Yohan Chanoir, par la richesse de ses détails

Les invités :

  • François Prodromidrès, réalisateur de Dernières nouvelles du monde (2017), fiction projetée avant l’enregistrement en public du podcast
  • Yohann Chanoir, historien, chargé de cours à Sciences Po et chercheur associé au CRH (EHESS), auteur d’une thèse soutenue en 2020 sur Les châteaux médiévaux au cinéma entre imaginaire et historicité, des lendemains de Hastings à la Diète de Worms.

Cet épisode vient proposer les regards complémentaires d’un réalisateur et d’un historien pour interroger la manière dont le cinéma façonne notre perception du Moyen Âge, entre fidélité historique, choix esthétiques et imaginaires collectifs.

Tous les enseignant·e·s d’histoire recourant à des films lorsqu’iels abordent le moyen-âge en classe devraient écouter ce podcats sur l’imaginaire du moyen-âge que nous projettons de diverses manières dont le cinéma ou les séries tv.

Deux exemples pour illustrer cet imaginaire :

Le château :

«Dans tous les films sur le moyen-âge sauf un, celui de François [Prodromidrès], on voit le château de loin. […] Dans mon livre, il y a 450 [films]. On voit le chevalier qui arrive, le château est de loin.» Yohan Chanoir

Les armures :

«Les équipes de cinéma vont dans le musées où il y a plein de choses du XIV-XVe. comme par exemple des armures, de très belles armures. La plupart des armures conservées sont des armures d’apparat. Ca veut dire que d’emblée vous avez une image fausse du moyen-âge. C’est un effet de sources en quelque sorte.» Yohan Chanoir

Au final, pour Yohan Chanoir, chaque tentative cinématographique qui tente d’offrir une représentation plus nuancée et historiquement fondée du Moyen Âge se heurte à un écueil : l’échec commercial. Le public est formaté à une certaine imagerie médiévale et s’éloigner de ces codes visuels traditionnels revient presque à aller à contre-courant des attentes.

▪ Informations sur le podcast. Créé et produit par Fanny Cohen Moreau depuis 2017. Préparation, enregistrement, montage et mixage : Fanny Cohen Moreau. Générique : Clément Nouguier

Plus d’infos sur cet épisode > passionmedievistes.fr/hs-34-cinema-moyen-age

Notice relativement à la thèse de Yohann Chanoir : Châteaux médiévaux au cinéma : entre imaginaire et historicité. Des lendemains d’Hastings à la Diète de Worm. Thèse soutenue le 11 décembre 2020

Trous de mémoires de Nicolas Juncker

Comment raconter la guerre d’Algérie et ses mémoires sans tomber dans le pathos ou la leçon d’histoire trop académique ? Trous de mémoires relève ce défi avec audace, mêlant comédie burlesque et réflexion historique. Nicolas Juncker y explore, avec un humour grinçant, les tensions et contradictions qui entourent la mémoire de ce conflit, en s’inspirant du projet avorté du Musée de la France et de l’Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier. À travers une galerie de personnages hauts en couleur, il interroge notre rapport à l’histoire et à sa transmission ainsi qu’à son appropriation par certains. 

Pour une présentation de l’album : Trous de mémoire | La Cliothèque

Pour sa part, Yannick Mével dans les Cahiers pédagogiques (Trous de mémoires et histoire trouée), se propose de répondre à la question suivante relativement à son utilisation en classe d’histoire :

L’occasion, peut-être, d’en faire un objet d’étude pour les élèves et les étudiants en histoire ?

Dans un premier temps, il propose d’y recourir à partir d’une approche déductive où préalablement à l’analyse de la bande dessiné consistant «à retrouver dans l’album des éléments qui correspondent aux définitions de l’histoire et des mémoires dans leur pluralité».

Cependant, il y voit un risque que l’opposition histoire-mémoire ne rende pas totalement compte de la complexité des relations entre les deux.

Il propose alors la démarche inverse :

Faire des définitions l’aboutissement d’une analyse des situations dans l’album serait sans doute préférable. Il faudrait alors concevoir toute la séquence comme une enquête autour des « trous de mémoires » que l’on pourrait concevoir comme une recherche des « bonnes raisons d’agir » des différents personnages (individus et collectifs) et dans laquelle la recherche de définition des concepts serait un fil directeur.

Relativement à la notion d’enquête, il s’appuie sur le travail réalisé par Sylvain Doussot (Sylvain Doussot, Didactique de l’histoire. Outils et pratiques de l’enquête historienne en classe, Presses universitaires de Rennes, 2011).

Référence de la bande dessinée : Trous de mémoires. Nicolas Juncker (scénario et dessin). Juliette Laude (couleurs). Tramor Quemeneur (Dossier historique). Le Lombard. 156 pages.