Fishel Rabinowicz (*1924) est l’un des derniers témoins vivants de l’Holocauste. La Suisse a posé de nombreuses conditions à l’accueil des survivants de la Shoah, dont il fait partie.
De nombreux canaux annoncent actuellement «la fin des témoignages» de l’Holocauste. Le musée juif de Hohenems a dédié une exposition à la perte de cette mémoire collective et politique. L’exposition nous mettait face à toutes les questions qui se posent avec la mort des derniers témoins de la Shoah: dans quelle mesure la voix des survivants et survivantes est-elle décisive pour une société dans laquelle la volonté de ne pas reproduire les erreurs du passé est une valeur fragile? Lorsque plus personne ne pourra rendre compte des horreurs vécues durant la terreur nazie, qu’est-ce que cela entraînera sur le plan politique?
Aujourd’hui, la fondation Gamaraal recense quelques centaines de survivants juifs de l’Holocauste en Suisse. Fondée en 2014, elle s’occupe de ces victimes du nazisme, aujourd’hui âgées, et a pour vocation de continuer à leur donner la parole. Depuis sa création, elle a confié à plusieurs réalisateurs suisses l’enregistrement de récits de témoins de la Shoah, présentés aujourd’hui encore dans le cadre de l’exposition itinérante The Last Swiss Holocaust Survivors.
L’historien Marc Perrenoud, tout juste retraité du Service historique du Département fédéral des affaires étrangères et qui fut membre de la commission Bergier, revient sur certains épisodes troubles de la Seconde Guerre mondiale, dont il est un spécialiste reconnu.
Marc Perrenoud a été l’expert de mon mémoire de licence en histoire de l’Université de Lausanne consacré aux Relations économiques entre la Suisse et le Congo belge entre 1930 et 1960. Je lui serai toujours reconnaissance de ses apports constructifs et bienveillants relativement à ce travail. Je lui souhaite une excellente retraite et je me souhaite d’avoir l’occasion de le rencontrer et d’échanger avec lui à de nombreuses reprises.
Professeure émérite d’anglais et de littérature générale à l’université de Constance en Allemagne, auteure d’ouvrages sur l’archéologie, les études culturelles et la didactique de l’histoire, Aleida Assmann a mené depuis les années 1990 un travail fondateur autour du concept de « mémoire culturelle » pour lequel elle a reçu, avec son mari Jan Assmann, le prix Balzan en 2017 et le Prix de la paix des libraires allemands en 2018. À partir de ce concept forgé par Jan Assmann dans son ouvrage de 1997, Das Kulturelle Gedächtnis. Schrift, Erinnerung und politische Identität in frühen Hochkulturen1, Aleida Assmann a théorisé la culture du souvenir en Allemagne notamment en questionnant le lien entre cette dernière et la reconstruction de l’identité nationale après le traumatisme laissé par l’Holocauste. Elle distingue ainsi dans Erinnerungsräume. Formen und Wandlungen des kulturellen GedächtnissesEspaces de la mémoire. Formes et transformations de la mémoire culturelle, publié en 1999, deux types de mémoire : la « mémoire‑archive » et la « mémoire fonctionnelle ». La « mémoire‑archive » conserve de manière passive ce qui paraît inactuel et ce qui a été oublié par la mémoire collective. C’est une mémoire institutionnelle, prise en charge par les archives, les musées et les bibliothèques, qui doit cependant rester accessible à chacun dans la mesure où elle offre une matière nécessaire au débat public et au travail d’historien. Elle est en somme le substrat de la « mémoire fonctionnelle ». Alors que l’archive enregistre les événements du passé considéré comme passé, ce deuxième type de mémoire suppose l’actualisation des événements passés qui continuent d’avoir du sens au présent. Contrairement à l’archive, donc, qui compile le savoir de manière indifférenciée, la « mémoire fonctionnelle » suppose un processus de sélection et de canonisation d’éléments mémoriels définissant de manière active l’orientation dans l’avenir de ceux qui la partagent et la transmettent.
Ces concepts et ces réflexions, A. Assmann les reprend dans l’essai dont Acta Fabula fournit l’introduction, Das neue Unbehagen an der Erinnerungskultur. Eine InterventionLe Nouveau Malaise face à la culture du souvenir. Une intervention. Publié originalement en 2013, l’ouvrage a connu une première réédition en 2016 puis une seconde en 2020, augmentée de nouveaux développements intégrant les dernières manifestations de ce malaise. A. Assmann y analyse la genèse et les enjeux de la culture du souvenir en revenant sur les réticences qui accompagnent le concept de mémoire collective depuis sa formulation et en exposant les conflits allemands et transnationaux qui mettent cette culture à l’épreuve. L’hypothèse est que l’Holocauste constitue un nouveau point de référence identitaire évident, bien que problématique : comment forger une identité sur un événement négatif ? comment faire coexister les différentes mémoires entre elles ? comment conserver cette mémoire dans une société mondialisée ? A. Assmann tente de répondre à ces questions à partir de l’œuvre internationale d’historiens, de philosophes et plus largement de penseurs de la culture du souvenir, afin de reconnaître leurs avancées, de nuancer leurs excès et finalement de proposer sa lecture.
Ces réflexions sont importantes dans le cadre de l’enseignement de l’histoire à l’heure où les derniers témoins de la Shoah disparaissent.
Lire la suite de la recension ainsi que l’introduction du livre : www.fabula.org (https://www.fabula.org/revue/document13676.php « Aleida Assmann, Le Nouveau Malaise face à la culture du souvenir. Introduction et traduction (Acta Fabula) »)
L’étude citée ci-dessous porte sur un sujet peu documenté dans un contexte d’enseignement à distance et probablement exacerbé par la situation pandémique que nous vivons actuellement : les facteurs qui influencent la santé mentale des étudiants et des étudiantes en formation à distance.
Parmi les barrières au bien-être identifiées par les étudiantes et les étudiants, il est notamment possible de retenir :
Les processus administratifs décriés comme pénibles par la quantité de documents à remplir;
Les frais de scolarité élevés;
Une lourde charge de travail;
Le sentiment d’isolement inhérent au contexte de la formation à distance;
Des programmes d’études peu stimulants;
L’absence d’activités interactives dynamisantes et collaboratives;
Des critères d’évaluations peu clairs;
La crainte d’échouer aux examens en s’y étant mal préparé.
Parmi les éléments facilitant le bien-être, il est notamment possible de retenir :
La flexibilité dans le choix du rythme de travail;
La présence d’une structure clairement établie à l’intérieur des cours et basée sur une routine dans la présentation de la matière;
Le support affectif des personnes tutrices.
Article
Lister, K., Seale, J. et Douce, C. (2021). Mental health in distance learning: a taxonomy of barriers and enablers to student mental wellbeing. Open Learning: The Journal Of open, Distance and e-learning.
[https://doi.org/10.1080/02680513.2021.1899907]
De la puissante impératrice à l’esclave oubliée, le Musée de la romanité, à Nîmes, retrace le parcours de ces femmes aux multiples visages et interroge leur rôle dans l’Antiquité.
Des sculptures du Ier siècle, provenant du jardin romain de Gaius Cilnius Maecenas, ami et conseiller politique d’Octave. MUSEI CAPITOLINI / FLICKR
L’exposition. Porteur d’une charge péjorative en français au point de qualifier parfois une patronne de bordel, le mot de « matrone », dans la Rome antique, désignait au contraire l’épouse et la mère modèle. C’est à cette figure idéale et, par extension, à la place de la femme dans la société romaine, que se consacre la nouvelle exposition temporaire du Musée de la romanité, à Nîmes, dans le Gard. Une exposition conçue par les Galeries des Offices à Florence, dont proviennent l’immense majorité des pièces présentées, pour l’essentiel des bustes et des autels. Le propos se concentre sur les Ier et IIe siècles de notre ère, et par conséquent sur les premières dynasties impériales.
L’exposition s’articule en trois sections suivant le parcours des femmes romaines de différentes origines sociales.
Dans un premier temps, arrêtez-vous sur le modèle idéalisé de la « matrone », incarnée par les impératrices et les femmes de premier plan de la maison impériale comme un véritable modèle moral et stylistique.
Dans un second temps, découvrez des femmes aux vies non-conventionnelles : affranchies ou femmes de la famille impériale dénigrées pour attaquer la dynastie qu’elles représentent.
Pour finir, la dernière section souligne la place importante des impératrices dans la propagande de la maison impériale qui leur a permis d’acquérir un nouveau rôle public. Elles ont ainsi inspiré les femmes de la classe supérieure et leur ont permis l’accession à des rôles publics, introduisant ainsi une révolution de genre progressive mais bien réelle dans les cités de l’Empire.
« Portraits et secrets de femmes romaines », au Musée de la romanité, à Nîmes, jusqu’au 8 mars 2022. Museedelaromanite.fr.
L’image de la semaine : des statues romaines découvertes en Angleterre
D’incroyables statues romaines rares découvertes dans les fouilles du HS2 Les archéologues du HS2 mettent au jour une découverte « unique » de statues et d’artefacts romains Trois bustes romains en pierre découverts sur ce que l’on pense être le site d’un mausolée romain sous une église médiévale à Stoke Mandeville HS2
Des archéologues britanniques travaillant sur le chantier de la future ligne à grande vitesse HS2 ont mis au jour, fin octobre, trois statues romaines dans le village de Stoke Mandeville, au nord-ouest de Londres. Ces sculptures se présentent sous la forme de deux bustes – un homme et une femme – et d’une tête d’enfant. La découverte a été faite sur le site d’une ancienne église normande du Moyen Age, dont les chercheurs estiment qu’elle avait été construite par-dessus un mausolée romain de forme carrée. « Les statues sont exceptionnellement bien conservées et l’on a une bonne impression des personnes qu’elles représentent », a expliqué l’archéologue Rachel Wood, en charge de la fouille.
Source : L’image de la semaine : des statues romaines découvertes en Angleterre