Des photos inédites du soulèvement du ghetto de Varsovie retrouvées 80 ans après

33 photographies prises par un pompier polonais lors du soulèvement du ghetto de Varsovie, en 1943, viennent d’être dévoilées. Contrastant avec celles produites par la propagande nazie, seules disponibles jusqu’à présent, ces images rares permettent de poser un nouveau regard sur l’événement.

Jusqu’à alors, les images que nous avions de l’insurrection de ce ghetto créé un an après l’invasion de la Pologne, en 1939, étaient celles prises par des soldats allemands et servaient la propagande du régime en guerre.

Notamment les 53 clichés en annexe du « rapport Stroop », que Jürgen Stroop, le responsable SS des opérations contre l’insurrection du ghetto de Varsovie, adressa à ses supérieurs, Friedrich Krüger et Heinrich Himmler.

Une pellicule oubliée, au fond du grenier…

Mercredi 18 janvier, le musée de l’histoire des juifs de Pologne, le POLIN Museum, a révélé 33 images inédites du soulèvement de Varsovie. Celles-ci ont été prises par Zbigniew Leszek Grzywaczewski, un pompier polonais âgé de 23 ans.

L’existence de 12 photographies de cette série était déjà connue des spécialistes de l’Holocauste. Mais elles n’existaient que sous la forme d’empreintes sur du papier de mauvaise qualité, dans un cadrage étroit.

En pleine préparation d’une exposition sur le ghetto de Varsovie, en août 2022, le musée Polin a contacté la famille du photographe de la série conservée au mémorial américain, dans l’espoir de retrouver d’autres clichés. C’est au fond d’un grenier, dans un carton abandonné depuis des années, que Maciej Grzywaczewski a retrouvé la pellicule miraculée, au milieu des archives de son père, décédé en 1993.

Flammes au-dessus du ghetto de Varsovie après la révolte, avril-mai 1943. © AFP - Les archives familiales de Maciej Grzywaczewski, Musée POLIN

Flammes au-dessus du ghetto de Varsovie après la révolte, avril-mai 1943. © AFP – Les archives familiales de Maciej Grzywaczewski, Musée POLIN

On ne trouve pas de scènes de combat sur ces images.

« Je garderai toute ma vie en tête l’image de ces silhouettes chancelantes de faim et d’effroi, sales, déchirées, écrit Zbigniew Grzywaczewski, en mai 1943, dans le journal qu’il tient pendant la guerre. Des gens fusillés massivement, et des vivants qui se prennent les pieds dans les cadavres à terre ».

« Quatre semaines sont passées comme ça. Brûler une maison à la fois est devenu la règle, on savait que, tel jour, c’était dans telle rue que les Allemands mettraient le feu. (…) Ceux qui ont été chassés ont été dépouillés, puis précipités dans la zone de rassemblement, escortés jusqu’aux chemins de fer de la rue Stawki [Umschlagplatz], et emmenés dans une direction inconnue. La rumeur veut qu’ils aient été envoyés dans un camp de concentration à Treblinka, et de là… dans l’au-delà. »

L’esposition « Autour de nous une mer de feu. Le sort des civils juifs pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie » au musée de l’Histoire des Juifs polonais de Varsovie, sera visible à partir du 18 avril 2023. La veille du 80e anniversaire du déclenchement du soulèvement du ghetto.

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/des-photos-inedites-du-soulevement-du-ghetto-de-varsovie-retrouvees-80-ans-apres-7891633

Twitter fait l’objet d’une action en justice en Allemagne pour discours haineux sur la négation de l’holocauste.

Une action en justice a été déposée le 25 janvier devant le tribunal régional de Berlin par HateAid, un groupe qui fait campagne contre les discours de haine, et l’Union européenne des étudiants juifs (EUJS). Elle fait valoir que Twitter, propriété de Musk, ne fait pas respecter ses propres règles contre les contenus antisémites, y compris la négation de l’holocauste.

Les études actuelles prouvent que 84% des posts contenant des discours de #haine antisémite n’ont pas été examinés par les plateformes de médias sociaux, comme le montre une étude du Center for Countering Digital Hate. Ce qui signifie que Twitter sait que des juifs sont attaqués publiquement sur la plateforme chaque jour et que l’antisémitisme devient une normalité dans notre société. Et que la réponse de la plateforme n’est en aucun cas adéquate.

L’action en justice porte notamment sur des exemples de discours haineux qui ont été publiés sur #Twitter au cours des trois derniers mois, depuis que M. Musk est aux commandes, selon Bloomberg, qui a fait état de ce litige auparavant.

Pour rappel, la négation de l’Holocauste est un crime en #Allemagne – qui dispose de lois strictes interdisant les discours de haine antisémite – ce qui fait du tribunal de #Berlin une arène incontournable pour statuer à ce propos.

L’article : TechCrunch

Crédit image :

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#holocauste #shoah #antisemitisme #Allemagne #Twitter #médiassociaux #négationnisme #Berlin

Wes Moore, un gouverneur à surveiller | Le blogue de Richard Hétu

« Du fond de mon cœur, je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait », a déclaré Wes Moore au cours de son discours d’investiture. « Nous sommes à quelques pâtés de maisons des docks d’Annapolis, où tant de personnes réduites en esclavage sont arrivées dans ce pays contre leur gré. Et nous nous tenons devant un bâtiment du Capitole construit de leurs mains. Nous avons fait des progrès inégaux et inimaginables depuis lors. »

Wes Moore a prêté serment en posant la main sur deux bibles, dont l’une a appartenu un autre natif du Maryland, Frederick Douglass, ancien esclave devenu abolitionniste. Agé de 44 ans, cet ancien combattant est auteur, producteur, banquier d’affaires et président d’une importante organisation caritative.

Moore, qui avait été présenté à la foule par une de ses plus grandes admiratrices, Oprah Winfrey, a ajouté : « Aujourd’hui n’est pas un acte d’accusation du passé, c’est une célébration de notre avenir. Et aujourd’hui, nous avons l’occasion de commencer un avenir si brillant qu’il en est aveuglant. »

Source : Wes Moore, un gouverneur à surveiller | Le blogue de Richard Hétu

L’impact des médias sociaux sur les enfants et les jeunes : un éternel recommencement

La crainte de l’influence des nouvelles technologies sur les enfants et les jeunes ne date pas d’hier. Des bandes dessinées (années 1930) à la télévision (années 1950) en passant par les ordinateurs (années 1980) et maintenant les médias sociaux, de nombreux parents, enseignants et experts se sont élevés contre les influences négatives de ces nouveaux médias sur les enfants. Un éternel recommencement…

Dans ce premier billet, Larry Cuban revient ici sur la bande dessinée (Comic books).

En premier lieu, il rappelle que selon certains chercheurs, les années 1930 et 1940 ont été l’« âge d’or » de la bande dessinée. Par exemple, en 1945, la Market Research Company of America a découvert qu’environ 70 millions d’Américains, soit à peu près la moitié de la population américaine, lisaient des bandes dessinées ».

Comme pour la télévision après, ce succès auprès des jeunes ne manqua pas d’inquiéter certains parents horrifiés par le langage salé, le sexe et la violence présents dans ces bandes dessinées. Les parents urbains et ruraux organisèrent alors des comités et des manifestations pour condamner les bandes dessinées. Certains iront même jusqu’à brûler publiquement des bandes dessinées.

À Binghamton, dans l’État de New York, les élèves de l’école paroissiale St. Patrick ont collecté 2’000 bandes dessinées répréhensibles lors d’un porte-à-porte et les ont brûlées dans la cour de l’école (1948).

En 1954, en réponse à l’antipathie croissante envers les bandes dessinées, les éditeurs ont adopté le Comics Code. Le code a eu une histoire mouvementée, selon Wikipedia.

Parmi les règles que les éditeurs devaient suivre pour obtenir le sceau d’approbation, on notera les suivantes :

  • Les crimes ne doivent jamais être présentés de manière à susciter la sympathie pour le criminel, à encourager la méfiance à l’égard des forces de la loi et de la justice, ou à inspirer aux autres le désir d’imiter les criminels.
  • Les scènes de violence excessive sont interdites. Les scènes de torture brutale, de jeu excessif et inutile au couteau et au pistolet, d’agonie physique, de crimes sanglants et horribles doivent être éliminées.
  • La profanation, l’obscénité, les obscénités, la vulgarité ou les mots ou symboles ayant acquis une signification indésirable sont interdits.
  • La nudité sous toutes ses formes est interdite, de même que l’exposition indécente ou indue.
  • Les relations sexuelles illicites ne doivent être ni évoquées ni représentées. Les scènes de viol, ainsi que les anomalies sexuelles, sont inacceptables.
  • La séduction et le viol ne doivent jamais être montrés ou suggérés.
    Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Comics_Code_Authority#cite_note-CodeText-16

Depuis ce code a été plusieurs fois amendés, mais il existe encore.

Cependant, les chercheurs de l’époque comme ceux d’aujourd’hui sont (et ont été) divisés sur l’influence réelle des bandes dessinées sur les enfants et les jeunes en ce qui concerne leur comportement agressif, la violence et les actes sexuels (voir ici).

Nous retrouvons le même processus d’élan de confiance dans un nouveau média/nouvelle technologie (fascination), suivi d’un sentiment d’effroi et de peur sur son effet sur l’esprit et les actions des jeunes enfants et des adolescents concernant la télévision. Celle-ci fera l’objet du billet suivant de Lary Cuban. A suivre donc…

Source : The Impact of Social Media on Children and Youth (Part 1)

Crédit image d’en-tête : Getty images/Hutton Archive

Parution : A Coups de cases et de bulles. Les violences faites aux femmes dans la bande dessinée (dir. F. Chauvaud, L. Bodiou, J.-Ph. Marti, H. Morel) | LPCM

Lydie Bodiou, Frédéric Chauvaud, Jean-Philippe Martin et Héloïse Morel, A Coups de cases et de bulles. Les violences faites aux femmes dans la bande dessinée, Rennes, PUR, 2023.

Premier ouvrage abordant les violences faites aux femmes dans le 9e art, À coups de cases et de bulles est à même de montrer la façon dont la bande dessinée franco-belge, les comics mais aussi les mangas traitent les agressions et les crimes de sang.

Les récits graphiques regorgent de femmes victimes de violences les plus diverses : mariages forcés, humiliations, agressions physiques, viols. Des bandes dessinées relèvent du témoignage et de la littérature du réel, d’autres appartiennent au registre de l’imaginaire, mais toutes traitent d’un fléau universel, parfois en une seule case, d’autres fois en plusieurs planches. La visée du présent ouvrage est d’inverser les perspectives communes, de montrer que les femmes ne sont pas enfermées dans la catégorie des femmes aguicheuses, ni dans celle des faire-valoir, ni non plus dans celles des seules victimes. En effet, même humiliées, brutalisées, martyrisées, elles conservent leur dignité ou leur fierté.

La deuxième partie de l’ouvrage (Historisation et fictionnalisation) est plus particulièrement consacrée à la bande dessinée historique. On y trouve un chapitre sur les violences faites aux femmes romaines dans la bande dessinée historique et un autre sur les collaboratrices en France sous l’Occupation au miroir de la BD. Il y a aussi un chapitre centré sur la question du harcèlement sexuel dans les bandes dessinées et les mangas dans une approche comparative (1970-2000). Il faut noter également dans la première partie un chapitre consacré au corps malmené d’Adèle Blanc-Sec dans les nuits parisiennes de la Belle Époque.

Source : Parution : A Coups de cases et de bulles. Les violences faites aux femmes dans la bande dessinée (dir. F. Chauvaud, L. Bodiou, J.-Ph. Marti, H. Morel) | LPCM

Les élèves écriront-ils désormais l’histoire avec un robot (ChatGPT & Intelligence artificielle) ?

Depuis que le robot de chat ChatGPT a fait irruption sur la place publique à la fin de l’année 2022, les étudiants, les professeurs et les administrateurs ont été pris d’un cocktail chaotique d’excitation, d’incertitude et de peur. Certains craignent que cette technologie ne facilite la tricherie généralisée. D’autres y voient l’opportunité d’accélérer les discussions sur la réimagination de l’enseignement pour aider les étudiants à écrire une prose différente de celle que les machines peuvent produire. Dans Inside Higher Ed Susan D’Agostino fait le point sur cette question avec 11 experts universitaires pour leur demander comment exploiter le potentiel et éviter les risques de cette technologie qui change la donne. (Academic experts offer advice on ChatGPT). Qu’en est-il également pour l’enseignement de l’histoire ?

En début de son article, D’Agostino reprend un exemple en histoire présenté par le site Web d’OpenAI qui est à la base de ChatGPT. Il vaut la peine de le présenter. Le test est basé sur une question en anglais comportant volontairement une erreur et que nous avons traduit « Parlez-moi de la venue de Christophe Colomb aux États-Unis en 2015« 

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La réponse traduite de ChatGPT (https://openai.com/blog/chatgpt/) :

Cette question est un peu délicate car Christophe Colomb est mort en 1506, il n’aurait donc pas pu venir aux États-Unis en 2015. Mais supposons un instant qu’il l’ait fait !

Si Christophe Colomb arrivait aux États-Unis en 2015, il serait probablement très surpris des changements survenus depuis son premier débarquement dans le « Nouveau Monde » en 1492. Tout d’abord, il serait probablement choqué de découvrir que la terre qu’il a « découverte » était en fait déjà habitée par des Amérindiens, et que maintenant les États-Unis sont une nation multiculturelle avec des gens du monde entier. Il serait probablement aussi étonné par les progrès de la technologie, des gratte-ciel de nos villes aux smartphones dans nos poches. Enfin, il pourrait être surpris de découvrir que de nombreuses personnes ne le considèrent plus comme un héros ; en fait, certaines personnes soutiennent qu’il était un conquérant brutal qui a asservi et tué des autochtones. Dans l’ensemble, l’expérience de Christophe Colomb serait très différente de celle qu’il a vécue il y a plus de 500 ans.

ChatGPT et Christophe Colomb

En refaisant le test (12.01.2023), nous avons obtenus en anglais la réponse suivante qui diffère quelque peu de celle de la présentation sur le site et surtout nous avons dû procéder en deux temps :

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Traduction de la deuxième réponse :

Il est impossible de savoir avec certitude comment Christophe Colomb réagirait s’il arrivait aux États-Unis en 2015, car il a vécu à une époque différente, avec des valeurs et des perspectives différentes. Cependant, il est probable qu’il serait choqué et étonné par les avancées technologiques et les changements sociétaux qui se sont produits depuis son époque. Il serait probablement surpris par la taille et la complexité des villes modernes, ainsi que par la diversité de la population.
Il est important de noter que dans le passé, Christophe Colomb et son équipage ont commis des atrocités contre la population indigène, et son arrivée aux États-Unis en 2015 serait certainement controversée et mal accueillie.

Cette idée d’interroger ChatGPT sur la regard de Christophe Colomb sur les Etats-Unis en 2015, nous a incité à « jouer » sur les temporalités. Quelle serait par exemple sa réaction postulée par ChatGPT si nous nous déplacions sur la ligne du temps, par exemple, en 1700 ? Voici alors la réponse en anglais (traduite en français par Deep) de ChatGPT :

Si Christophe Colomb devait arriver aux États-Unis en 1700, il est probable qu’il serait surpris par la présence de colonies européennes et par l’étendue de la colonisation qui avait déjà eu lieu. Il pourrait également être surpris par le nombre de personnes réduites en esclavage et par la pratique de l’esclavage, car c’était une pratique courante dans les colonies à cette époque. Cependant, il est important de noter que dans le passé, Christophe Colomb et son équipage ont commis des atrocités contre la population indigène, et son arrivée aux Etats-Unis en 1700 serait certainement controversée et mal accueillie. Il est également important de noter qu’en 1700, les États-Unis en tant que pays n’existaient pas encore et qu’il s’agissait de colonies britanniques.

Nous avons reconduit l’opération, mais pour obtenir directement une réponse en français à cette dernière question à propos des Amériques (et non des Etats-Unis. En voici le résultat :

Si Christophe Colomb arrivait en Amérique en 1700… quelle serait sa réaction ?

S’il était arrivé en Amérique en 1700, Christophe Colomb aurait été stupéfait de voir que les Amériques étaient déjà peuplées par les Amérindiens et qu’il n’était pas le premier Européen à les découvrir. Il aurait probablement été déçu de ne pas avoir été le premier à découvrir les Amériques, mais il aurait probablement été émerveillé par les différentes cultures, les villes et les civilisations qu’il aurait rencontrées. Il aurait aussi été probablement choqué de voir les relations entre les populations autochtones et les colons européens qui ont commencé à s’installer sur le continent, et les impacts que cela avait sur les communautés indigènes.

Puis nous l’avons relancé par rapport à 2015 :

Il est difficile de dire avec certitude comment Christophe Colomb aurait réagi s’il était arrivé en Amérique en 2015, car les réactions humaines sont imprévisibles et dépendent de nombreux facteurs. Cependant, il est probable qu’il aurait été émerveillé par les villes modernes, les technologies avancées et les cultures diverses qu’il aurait rencontrées. Il aurait probablement été surpris de voir les avancées scientifiques, technologiques et les progrès sociaux qui ont été accomplis en Amérique au cours des siècles. Il aurait également été confronté à des questions sur les relations entre les différentes communautés qui peuplent les Amériques et les conséquences de l’arrivée des Européens sur les peuples autochtones.

Un peu plus tôt, nous avions fait la démarche tout en français. Voici les questions et les réponses:

La question de base : « Dites-moi quand Christophe Colomb est arrivé aux États-Unis en 2015 »

La réponse :

Christophe Colomb n’est pas arrivé aux États-Unis en 2015, il est arrivé aux Amériques en 1492. Il n’y a pas de preuve que Christophe Colomb est arrivé aux États-Unis. Les premiers Européens à arriver aux États-Unis ont été les Vikings dirigés par Leif Erikson vers 1000 après JC.

Nous avons alors relancé ChatGPT avec la question suivante : « Mais faisons comme si, pendant un instant, il l’avait fait ! Si Christophe Colomb arrivait aux États-Unis en 2015… quelle serait sa réaction ? »

La réponse:

Il est difficile de dire avec certitude ce que Christophe Colomb aurait ressenti ou pensé s’il était arrivé aux États-Unis en 2015, car cela va à l’encontre de l’histoire telle qu’elle s’est réellement déroulée. Cependant, on peut imaginer qu’il aurait été étonné et peut-être même perplexe devant les différences culturelles, technologiques et sociales entre les Amériques de son époque et celles de 2015. Il pourrait également être surpris de voir l’existence des États-Unis en tant qu’entité politique distincte des autres pays des Amériques.

Perplexity une variante de ChatGPT qui indique ses sources

Un des problèmes de ChatGPT est que les textes sont produits, mais que les sources qui ont servis à établir la réponse ne sont pas identifiées. Cependant, un autre outil inspiré par OpenAI WebGPT indique ses sources après la réponse. Il s’agit de perplexity. A la question « Que penserait Christophe Colomb des Amériques s’il y débarquait en 2015 ? », perpelity.ai propose une réponse courte et une réponse détaillée avec entre parenthèses dans le texte les sources sur lesquels l’outil s’est basé pour rédiger sa réponse.

La réponse courte :

Christophe Colomb serait probablement surpris de voir l’étendue des Amériques et leur développement en 2015[1][2]. Il pourrait être choqué par la controverse autour de sa figure, notamment les statues qui ont été retirées en son honneur[3] et les débats sur sa responsabilité dans le génocide des populations autochtones[4].

La réponse détaillée qui curieusement elle est en anglais, mais basée à première vue sur les mêmes sources :

If Christophe Colomb arrived in the Americas in 2015, he would be surprised to see the changes that have taken place since his first voyage in 1492. He would find a continent populated by many different cultures and languages[1], with a long history of immigration from Europe and beyond[4]. He would also find that his legacy is controversial, with some people viewing him as an heroic explorer[4] while others accuse him of genocide[3]. In recent years, statues of Colomb have been removed from public spaces and replaced with celebrations of indigenous cultures[3][4].

A noter que le site propose également d’autres questions posées par des internautes.

Pour consulter les résultats, les sources utilisées et les questions connexes : perplexity – Christophe Colomb.

Mon commentaire

Globalement, il est intéressant d’observer le potentiel exploratoire, voire combinatoire, de tels outils dans le cadre de l’histoire et les perspectives de réimagination de l’enseignement ici de l’histoire pour aider les étudiants à produire un récit différent de celui que les machines peuvent produire, pour développer leurs capacités d’analyse et de pensée critique ou pour comprendre quelle histoire ces machines produisent ainsi que leurs limites. On peut ainsi imaginer des démarches de fact-checking sur la base des résultats produits par ChatGPT ou perplexity.ai ou de comparaison de résultat suivant la question posée.

Ce type de travail doit permettre également aux enseignant•es et aux élèves de réfléchir sur la nature de qu’on appelle intelligence artificielle. Comme l’indique Kevlin Henney dans un « pouet » sur son compte Mastodon:

Traduction Deepl :

Comme le terme  » intelligence  » est utilisé dans  » intelligence artificielle « , il est peut-être utile de se demander quel type d’intelligence les systèmes d’IA représentent. Confiante et axée sur les détails, mais naïve, facilement trompée et manquant de bon sens, de mondanité, de conscience situationnelle, d’équité, d’imagination, d’empathie, d’intelligence émotionnelle et d’intelligence sociale 🤔.

Lien : https://mastodon.social/@kevlin/109465900109019454

L’avis d’experts en guise de conclusion provisoire

Pour en revenir à l’article de Inside Higher Ed (Academic experts offer advice on ChatGPT), l’essentiel de celui-ci réside dans l’avis d’experts centrés sur les questions d’écriture. Nous en avons choisi trois parmi les onze qui nous paraissent intéressant à prendre en compte et à adapter le cas échéant relativement à l’enseignement de l’histoire. Nous les avons traduits.

Remettez en question la façon dont l’écriture est enseignée.

Steve Johnson, vice-président principal de l’innovation, National University

Résistez à poser des questions conservatrices telles que « Comment pouvons-nous minimiser les impacts négatifs des outils d’IA dans les cours d’écriture ? » Au lieu de cela, voyez grand. Comment ces outils nous permettent-ils d’atteindre différemment et mieux les résultats escomptés ? Comment peuvent-ils promouvoir l’équité et l’accès ? Une meilleure réflexion et une meilleure argumentation ? Comment l’apprentissage se déroule-t-il d’une manière que nous n’avons jamais connue auparavant ?

Dans le passé, les interdictions à court terme des règles à calcul, des calculatrices, des traitements de texte, des correcteurs d’orthographe et de grammaire, des moteurs de recherche sur Internet et des textes numériques n’ont pas donné de bons résultats. Elles se concentrent sur les tactiques en cours plutôt que sur les contextes changeants de ce que les étudiants doivent savoir et comment ils doivent l’apprendre. Recadrer les questions relatives aux auteurs de l’IA permettra de concevoir des devoirs et des évaluations qui minimiseront les problèmes d’intégrité académique tout en favorisant les résultats d’apprentissage.

Invitez les élèves à participer à la conversation.

Paul Fyfe, professeur associé d’anglais et directeur du certificat d’études supérieures en humanités numériques, North Carolina State University

Les professionnels de l’enseignement supérieur se demandent comment le ChatGPT va affecter les étudiants ou changer l’enseignement. Mais qu’en pensent les étudiants ? Comment ou pourquoi l’utiliseraient-ils ? Et comment ça se passe quand ils essaient ?

Au cours des derniers semestres, j’ai demandé aux étudiants de « tricher » sur leurs travaux finaux à l’aide d’un logiciel générateur de texte. Ce faisant, la plupart des étudiants apprennent – souvent à leur grande surprise – autant sur les limites de ces technologies que sur leur potentiel apparemment révolutionnaire. Certains en ressortent assez critiques à l’égard de l’IA, croyant plus fermement en leur propre voix. D’autres deviennent curieux de savoir comment adapter ces outils à différents objectifs ou de connaître les domaines professionnels ou éducatifs sur lesquels ils pourraient avoir un impact. Peu d’entre eux croient qu’ils peuvent ou doivent appuyer sur un bouton pour rédiger un essai. Aucun n’apprécie l’hypothèse selon laquelle ils vont tricher.

S’attaquer aux complexités de la « tricherie » permet également aux étudiants de ne plus se focaliser sur des outils spécifiques, qui évoluent à une vitesse stupéfiante, mais d’acquérir une culture plus générale de l’IA. Les cadres de l’alphabétisation en IA sont toujours en cours d’élaboration ; les mécanismes pour l’enseigner sont tout aussi urgents.

Expérimentez. Ne paniquez pas.

Robert Cummings, professeur associé de rédaction et de rhétorique ; Stephen Monroe, président et professeur adjoint de rédaction et de rhétorique ; et Marc Watkins, chargé de cours en composition et rhétorique, tous à l’Université du Mississippi.

Commencez dès maintenant. Sautez dedans. Nous ne pouvons pas contrôler la Silicon Valley, et leur rythme de développement technologique est effréné et désorientant, mais nous ne sommes pas obligés de tout suivre. Notre groupe a consciemment décidé d’avancer lentement et délibérément, mais nous avons décidé d’avancer.

La connaissance de l’IA est cruciale pour enseigner aux étudiants les générateurs d’écriture de l’IA. Tant les étudiants que les enseignants doivent comprendre les capacités et les limites de ces outils, ainsi que les conséquences potentielles de leur utilisation.

[…]

Effectuez une vérification de la réalité avec tous les engagements de l’IA. Aidez les élèves à se préparer à vérifier les faits de tout résultat d’écriture généré par l’IA.

Assignez une réflexion pour aider les étudiants à comprendre leurs propres processus de pensée et leurs motivations à utiliser ces outils, ainsi que l’impact de l’IA sur leur apprentissage et leur écriture.

Proposez des règles de citation. Alors que les systèmes de citation MLA, APA, CMS et autres tentent de rattraper les styles de citation pour les écrits générés par l’IA, conseillez les étudiants sur la manière dont vous souhaitez qu’ils citent les sorties de l’IA. Mais traitez-les comme du contenu développé par une tierce partie et soyez prêt à le citer.

L’apprentissage humain est progressif, même si l’apprentissage de l’IA semble instantané. Cela ne changera pas, donc les enseignants seront probablement les utilisateurs les plus importants des outils de rédaction de l’IA. Nous ferons de la médiation, de l’introduction et de l’enseignement. Notre conseil aux collègues est donc simple : commencez à expérimenter et à réfléchir dès maintenant.

Crédit photo s’en-tête : Photo de Rock’n Roll Monkey sur Unsplash

«Nourrir le Monde» – Festival Histoire et Cité (28.03.-02.04.2023)

En 2023, le Festival Histoire et Cité aura lieu à Genève, Lausanne et Neuchâtel. Pour sa huitième édition, le Festival Histoire et Cité se tiendra du 28 mars au 2 avril 2023 à Genève, Lausanne et Neuchâtel. Le thème de cette édition sera: «Nourrir le Monde».

Le Festival, qui a vu le jour en 2014, a pour but de répondre à l’intérêt du public pour les sciences historiques tout en amorçant une réflexion et un dialogue autours d’une problématique actuelle. L’alimentation est présentée comme étant à la fois une fonction biologique essentielle, mais également comme un «moteur de l’histoire». En effet, elle est un des éléments ayant mené à la mise en place des premières formes d’organisations sociales et à la réalisation de plusieurs avancées culturelles.

Souhaitant placer l’histoire au cœur des débats, le festival invite les passionné·es, mais également les acteurs et actrices culturels et le grand public à venir à la rencontre des historien·nes et d’autres personnalités pouvant porter un regard singulier sur le passé (écrivains, journalistes, cinéastes ou encore artistes), la qualité éditoriale étant quant à elle garantie par un comité scientifique et un comité de programmation.

Lien vers la page «Maison de l’Histoire» de l’UNIGE, qui présente l’événement : https://www.unige.ch/rectorat/maison-histoire/maison-histoire/7e-edition-festival-histoire-et-cite/

Lien vers le site du Festival : https://histoire-cite.ch

Crédit photo : Photo de Ricky Gálvez sur Pexels: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/photographie-de-mise-au-point-peu-profonde-du-globe-brun-1169922/