31 août 1945 – Le Dr Hachiya fait une nouvelle découverte – Journal d’Hiroshima

Le Dr Hachiya fait une nouvelle découverte à la suite d’une observation du Dr Hanaoka. Avec cette découverte, le tableau pathologique de la maladie des rayons commence à prendre forme.

« L’observation du docteur Hanaoka me fit penser à ce que les autopsies avaient révélé. Le défaut de coagulation du sang pouvait fort bien résulter de la diminution du nombre des plaquettes. J’avais hâte d’exposer mes intuitions au docteur Tamagawa.

« Ah vraiment ! s’exclama celui-ci. Eh bien, voilà qui explique tout. Oui, absolument. Voilà pourquoi, même au bout de sept heures, le sang n’est pas coagulé ! »

Un nuage paraissait s’être levé au-dessus du docteur Tamagawa, car il devint aussi loquace et communicatif qu’il s’était montré brutal et laconique jusqu’ici. C’était un peu comme si mes réflexions lui avaient apporté la clef de l’énigme.

(…)

« Nous avions négligé les plaquettes parce qu’elles sont plus difficiles à dénombrer que les globules blancs. Nous savions désormais que tous les éléments nécessaires à la formation du sang étaient impliqués : les globules blancs, les plaquettes et mêmes les globules rouges, puisque nous avions découvert en les étudiant de nombreuses difformités. (…) Le tableau pathologique de la maladie des rayons commençait à prendre forme. »

« Journal d’Hiroshima, 6 Août – 30 Septembre 1945 » de Michihiko Hachiya, Simon Duran – http://amzn.eu/h4bnzwL

Lire le début du journal : http://www.tallandier.com/pdf/9791021010772.pdf

26 août 1945 – Avertissement relatif à la maladie des rayons – Journal d’Hiroshima

Devant l’inquiétude et les rumeurs qui se répandent au sein des patients et de leurs proches, le DR Hachiya fait placarder un avertissement en se basant sur les premiers constats résultant des analyses.

AVERTISSEMENT RELATIF À LA MALADIE DES RAYONS HÔPITAL DES COMMUNICATIONS D’HIROSHIMA

1- Aucun taux anormal de globules blancs n’a été observé chez les personnes travaillant dans la ville depuis l’explosion de la bombe A et qui ne se trouvaient pas dans la ville au moment du pika. Aucun taux anormal n’a été trouvé chez les personnes qui se trouvaient au sous-sol du Bureau des téléphones au moment du pika. Les personnes entrant dans cette catégorie sont priées de continuer à travailler normalement.

2- Nous avons constaté que les personnes présentant un taux bas de globules blancs se trouvaient à proximité du centre de l’explosion. Entrent dans cette catégorie : les employés du Bureau des téléphones, ceux du Bureau des télégraphes, ainsi que les membres de leurs services de distribution respectifs. Les taux de globules blancs sont normaux, ou à peine abaissés, chez les personnes qui travaillaient au Bureau des communications lorsque la bombe explosa.

3- Il semble n’y avoir aucune relation entre la gravité des brûlures et l’abaissement du taux de globules blancs.

4- La chute des cheveux n’engage pas nécessairement le pronostic vital.

5- Les personnes présentant un taux bas de globules blancs doivent prendre garde à ne pas se blesser et à ne pas accomplir d’efforts excessifs, car leur capacité de résistance se trouve amoindrie.

6- Les blessés doivent prendre toutes les précautions pour que leurs blessures ne s’infectent pas. Ceux dont les blessures sont déjà infectées doivent recevoir un traitement immédiat pour empêcher que l’infection ne se propage au système sanguin.

D’après des informations communiquées par les autorités de l’université de Tokyo, il semble qu’il n’y ait pas de résidus radioactifs dus à l’uranium.

FIN.

Signé : Michihiko Hachiya, Directeur Hôpital des Communications d’Hiroshima

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22 août 1945 – Les premiers résultats d’examens sanguins – Journal d’Hiroshima

En recoupant le niveau de globules blancs avec la localisation des personnes par rapport à l’épicentre de l’explosion, l’équipe médicale sont en mesure d’établir un premier lien entre les deux.

« Après le dîner, les docteurs Katsube et Hanaoka me communiquèrent les résultats des premiers examens sanguins effectués sur nos patients. Comme nous n’avions pas d’électricité, le microscope ne pouvait être utilisé que pendant le jour, et je fus impressionné de constater qu’ils avaient quand même eu le temps d’étudier une cinquantaine de cas.

Le taux de globules blancs chez les personnes exposées dans la zone d’Ushita, à deux ou trois kilomètres de l’épicentre de l’explosion, était compris entre 3000 et 4000. Ceux qui avaient été exposés plus près de l’épicentre, et qui étaient moins nombreux, présentaient un taux d’environ 1000. Les patients gravement malades présentaient un taux inférieur à ce chiffre. Plus ils s’étaient trouvés proches de l’épicentre, plus leur taux de globules blancs était bas.

Si nous pouvions examiner le sang de plusieurs centaines de personnes, alors nous serions en mesure d’établir un lien entre la distance vis-à-vis de l’épicentre et le taux de globules blancs. »

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20 août 1945 – Arrivée d’un microscope – Journal d’Hiroshima

L’arrivée tant attendue d’un microscope va permettre à l’équipe médicale de vérifier leurs hypothèses concernant la baisse des globules blancs.

« Temps clair dans l’ensemble, avec quelques nuages.

Le microscope que je désirais tant arriva dans la matinée, envoyé par l’hôpital des Communications de Tokyo. Il nous était apporté par un messager spécial, sur ordre du chef Ikuta, ancien directeur du Bureau des communications.

Installer le microscope et le préparer pour opérer le décompte des globules blancs ne nous prit pas beaucoup de temps. Chez les six personnes qui se trouvaient dans notre chambre, nous trouvâmes un taux d’environ 3000, soit un peu moins de la moitié du taux normal, qui est situé entre 6000 et 8000.

Les analyses sanguines étaient dirigées par le docteur Katsube et le docteur Hanaoka, et tout le monde travaillait fiévreusement pour qu’un maximum de patients fussent examinés. Certains d’entre eux présentaient un taux de seulement 500 à 600, bien qu’il tournât autour de 2000 pour la majorité. (…}

Chez les patients brûlés et blessés, aux suppurations abondantes, on se serait attendu à trouver des taux de globules blancs élevés, et pourtant ils étaient tout aussi bas. Mes soupçons se confirmaient. Nos patients souffraient d’une maladie du sang qui se caractérisait par une agranulocytose, c’est-à-dire une disparition des globules blancs. Une certaine substance toxique devait être responsable de ce phénomène.»

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19 août 1945 – La situation ne s’améliore pas – Journal d’Hiroshima

Sur le front de l’hôpital, le Dr Hachiya et son équipe sont confrontés à des nouveaux problèmes et à de nouvelles questions concernant leurs patients alors qu’ils semblaient se rétablir de leurs brûlures ou de leurs blessures consécutives à la bombe atomique.

Après le pika, nous avions pensé que les brûlés ou les blessés se rétabliraient grâce à nos soins. De toute évidence, nous avions eu tort. Ceux qui paraissaient en voie de guérison présentaient bientôt d’autres symptômes, et ils finissaient par être emportés. Que tant de patients périssent sans que nous pussions comprendre la cause de leur décès nous mettait au désespoir. Nous ne parvenions pas à expliquer leurs symptômes. En outre, depuis quelques jours des taches faisaient leur apparition. Nous n’en étions que plus alarmés.

Des centaines de patients étaient morts dans les premiers jours, puis le taux de mortalité avait décru. Mais à présent, il remontait de nouveau. Ceux qui succombèrent au cours des trois ou quatre premiers jours suivant le pika présentaient les mêmes symptômes : un état de malaise général, de l’anorexie, des éructations, de la diarrhée et des vomissements. (…)

Une hypothèse est avancée : une diminution des globules blancs:

Il était maintenant évident que les symptômes déconcertants dont nous étions témoins n’avaient aucun rapport avec l’épidémie de dysenterie. L’hypothèse fut avancée que ces symptômes pouvaient être expliqués par une diminution du taux de globules blancs, et que cette diminution procédait quant à elle des effets toxiques de l’angine gangréneuse. L’idée que l’angine gangréneuse pût être causée par la diminution du taux de globules blancs ne m’effleurait pas l’esprit.

Pourquoi la leucopénie survenait-elle ?

Je ne pouvais pas aller plus loin. Je ne comprenais rien à ce mystère. Que fallait-il donc faire ? Qu’allait-il encore nous arriver ? N’y avait-il aucune réponse ? Ces pensées me tinrent éveillé jusqu’au matin,. »

« Journal d’Hiroshima, 6 Aout – 30 Septembre 1945 » de Michihiko Hachiya, Simon Duran – http://amzn.eu/h4bnzwL

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17 août 1945 – La faute aux autorités militaires – Journal d’Hiroshima

Sur le front de l’hôpital, le Dr Hachiya et son équipe font tout leur possible avec les moyens à leur disposition. Sur le front de la capitulation, dès le lendemain, le Dr Hachiya met la responsabilité sur les épaules des autorités militaires. Il préserve l’Empereur. Dans les rues de la ville, des troubles surviennent. Deux jours plus tard, son ressentiment ne redescend pas à l’égard des militaires.

« J’ai mal dormi la nuit dernière. Je me faisais du souci pour l’Empereur, et j’avoue que son bien être occupait davantage mon esprit que le spectacle de la défaite. Il était la victime d’une clique de militaires qui, dans la défaite, s’apprêtaient à lui en faire porter l’entière responsabilité. Insidieusement, graduellement, tout en affichant son allégeance envers l’Empereur, l’armée avait fini par étendre son emprise sur l’ensemble du pays. Bien avant que la population, peu méfiante, eût commencé à entrevoir les conséquences de tout cela, l’armée invoquait le nom de l’Empereur pour mieux s’accaparer le pouvoir et s’assurer de l’allégeance de la nation. (…)

Sous un tel joug, ceux qui souffraient le plus étaient les soldats du rang, le peuple, et avec eux l’Empereur. Autrement, pourquoi celui-ci aurait-il été contraint d’annoncer la capitulation et d’assumer la responsabilité d’une entreprise initiée par un groupe de militaires ? »

« Le docteur Moriya m’apprit que les esprits s’étaient apaisés à Tokyo. De plus, il m’informa que l’Empereur avait de lui-même décidé d’annoncer la capitulation à la radio, ne voulant pas que la nation eût à souffrir davantage. Diamétralement opposée à mon hypothèse de départ, cette nouvelle m’émut profondément. »

Avec son témoignage, le Dr Hachiya nous fournit un aperçu évocateur du culte à l’égard de l’Empereur d’une majorité de Japonais, de leur vénération pour le trône et de leur profonde inquiétude à l’égard de ce dernier. Il fait part également de son profond mépris à l’égard des chefs militaires japonais alors que précédemment il avait nourri des sentiments de sympathie à leur égard. A présent, parce qu’ils ont trahi l’Empereur et trompé le peuple, il les méprise. Son attitude est partagée par la population japonaise en général.

Dans son journal, le Dr Hachiya exprimera à une seule occasion de la haine. Cette dernière s’exprimera, non pas à l’égard des Américains, mais à l’égard du général Hideki Tojo1 — ministre des armées de 1940 à 1944 qui sera jugé comme criminel de guerre et condamné à mort — et l’armée impériale pour avoir conduit le pays au désastre et au déshonneur.

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  1. Lors du procès de Tokyo, Tōjō déclara lors de son premier interrogatoire que « nul ne pouvait s’opposer à l’empereur », impliquant que seul Hirohito pouvait prendre des décisions telles que de bombarder Pearl Harbor ou mettre fin à la guerre. Après un ajournement de l’audition, Tōjō succomba aux pressions du procureur en chef Joseph Keenan et se rétracta en affirmant lors d’un second interrogatoire que son empereur avait toujours été un homme de paix. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hideki_Tōjō ↩

Qu’est-ce que l’Histoire publique (Public History) ?

Invité à l’occasion de la 4e Conférence annuelle la Fédération internationale pour l’histoire publique (FIHP) à Ravene, Benjamin Brillaud, le Youtubeur de Notabene, nous présente à la fois la conférence, ses intervenants et la démarche de l’histoire publique. La vidéo est une bonne introduction sur le sujet de l’histoire publique.

Sa présentation de la vidéo vous intéressera également :

Fort heureusement, vous vous êtes trompés 🙂

Si l’Histoire, en tant que discipline, peut souffrir d’une image parfois encore poussiéreuse, il y a néanmoins de plus en plus d’acteur du secteur de l’Histoire qui œuvrent collectivement pour transmettre l’Histoire de manière plus efficace au public sans sacrifier la rigueur qui lui est dû.

Dans cet épisode un peu particulier, je tenterai de vous montrer ce qu’est l’Histoire publique et pourquoi c’est important à notre époque. Nous verrons ensemble si elle peut trouver un écho en France et si les historiens français sont prêts pour ça.

Pour en savoir un peu plus sur la Conférence : 4th IFPH Annual Conference Program – Ravenna, Italy, 5-9 June 2017. Vous pouvez en apprendre plus sur la fédération internationale d’Histoire publique à travers son blog : http://ifph.hypotheses.org/.

Concernant une définition de l’Histoire publique, je vous invite à lire ce compte-rendu de Serge Noiret : Définir le champ de l’Histoire Publique Numérique, un atelier à THATCamp Paris 2015.

Je vous invite également à lire le blog Public History Weekly qui publie des contributions de divers horizons et de spécialistes internationaux relativement aux usages publics de l’histoire.

Concernant le premier master en Histoire publique ouvert récemment en France à université Paris-Est Créteil : http://www.u-pec.fr/pratiques/universite/formation/master-histoire-parcours-histoire-publique-644604.kjsp postuler : https://candidatures.u-pec.fr/ecandidat/#!accueilView. Vous pouvez aussi consulter le Carnet du master histoire publique de l’université de Paris-Est Créteil. Ce carnet présente les travaux des étudiants du master « Histoire publique » de l’université de Paris-Est-Créteil et interroge toutes les formes de savoirs historiques nées et diffusées en dehors du monde universitaire.

Source de l’image : http://www.sfasu.edu/publichistory/

16 août 1945 – Des conditions de travail précaires – Journal d’Hiroshima

Si désormais, le Dr Michihiko Hachiya et le personnel savent à quel type de bombe ils doivent faire face, les moyens matériels élémentaires manquent pour faire leur travail ainsi que le montre l’extrait suivant daté du 16 août. Ils n’en font pas moins leur travail au plus près de leur conscience.

« Je consacrai une partie de la matinée à essayer de mettre à jour les dossiers des patients encore présents dans l’hôpital. Il nous avait été impossible d’y penser auparavant, chacun s’étant efforcé de tout faire pour répondre aux besoins urgents des malades. J’ai déjà mentionné l’immense charge de travail que le docteur Koyama et son équipe endurèrent pour sauver l’hôpital, sans jamais penser à eux-mêmes et avec très peu de répit. À ma demande, le docteur Katsube se chargea de noter avec autant de précision que possible toutes les observations subjectives ou objectives que nous avions pu faire. Les docteurs Hanaoka et Akiyama l’assistèrent dans cette tâche. Nous n’avions ni microscope, ni réactifs chimiques, ni laboratoire, mais on accorderait peut-être un jour une grande importance aux observations cliniques et aux autres données consignées par nos soins. Nulle part ailleurs dans l’histoire du monde une population n’avait été exposée aux effets dévastateurs d’une bombe atomique. »

« Journal d’Hiroshima, 6 Aout – 30 Septembre 1945 » de Michihiko Hachiya, Simon Duran – http://amzn.eu/h4bnzwL

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15 août 1945 – L’annonce et le choc de la capitulation – Journal d’Hiroshima

Tout le Japon est dans l’attente de la déclaration que l’Empereur doit faire le 15 août. Un poste radio est finalement trouvé à l’hopital. L’attente est pesante. L’onde de choc saisira le Dr Hachiya.

Avant la retransmission, l’état d’esprit du docteur :

« C’était le jour de la retransmission.

Malgré ma détermination à éviter les spéculations et les conjectures, j’avais fini par me livrer à un débat intérieur, d’où j’avais tiré la conclusion que l’émission allait annoncer une invasion ennemie sur nos côtes. Certainement le quartier général allait-il nous ordonner de combattre jusqu’au dernier sang. Quelle situation désespérée !

[…]

Tout avait mal tourné, et maintenant l’ennemi allait débarquer au Japon. Rien que d’y penser, j’en étais malade. »

Les conditions de réception de l’émission sont plus que précaires et la capitulation est à peine entendue :

« On nous invita à nous rassembler dans une salle du Bureau des communications. Une radio avait été arrangée, et lorsque je pénétrai dans la salle, il y avait déjà foule. Je m’adossai à l’entrée et attendis. Au bout de quelques minutes, la radio se mit à ronronner et crépiter bruyamment sous l’effet de l’électricité statique. On pouvait entendre une voix indistincte, qui ne se faisait claire que par moments. Je ne parvins à percevoir qu’une seule phrase, qui disait quelque chose comme : « Supportez l’insupportable ». Puis le parasitage cessa ; l’émission était terminée.

M. Okamoto, le chef du Bureau, qui était resté debout près de l’appareil, se tourna vers nous et nous dit : « L’émission a fait entendre la voix même de l’Empereur, et il vient de nous dire que nous avons perdu la guerre. Jusqu’à nouvel ordre, je veux que vous mainteniez vos activités. » 

Une fois la stupeur passée, l’hôpital est en proie au tumulte. Le choc de la capitulation est plus considérable que celui du bombardement pour toutes les personnes présentes :

« Soudain, l’hôpital fut en proie au tumulte, et personne ne pouvait rien y faire. Beaucoup de ceux qui avaient été de fervents partisans de la paix, ou d’autres qui avaient perdu toute inclination pour la guerre à la suite du pika, exigeaient maintenant à grands cris que la guerre continuât. À présent que la capitulation était un fait accompli, irréfutable et définitif, il n’y avait plus moyen de calmer ceux qui venaient d’en être informés. Puisque tout était perdu et qu’on ne pouvait donc craindre de perdre davantage, tout le monde cédait au désespoir. Je commençai à partager le même sentiment –il fallait se battre jusqu’au dernier sang et puis mourir. Pourquoi s’acharner à vivre dans un corps mutilé ? N’était-il pas préférable de mourir pour son pays et de couronner son existence de perfection, plutôt que de vivre dans la honte et le déshonneur ?

Le seul mot de « capitulation » avait produit un choc plus considérable que le bombardement de notre ville. Plus j’y pensais, plus je me sentais affligé et misérable.

Mais l’ordre de capituler avait été donné par l’Empereur, et nous ne pouvions rien objecter à cela. »

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12 août 1945 : Une bombe atomique ! Journal d’Hiroshima

Le 12 août, soit 6 jours après le bombardement de la ville d’Hiroshima, la visite du capitaine Fujihara à l’hôpital permet au Dr Michihiko Hachiya d’identifier enfin la nature exacte de la bombe utilisée.

« –Où étiez-vous au moment de l’explosion ? demanda le capitaine Fujihara.
–Le docteur était en train de se reposer dans le hanareya, et moi, je me tenais debout sous une fenêtre vitrée de la cuisine. » « Voyez ce qui m’est arrivé », poursuivit ma femme en lui montrant les cicatrices qu’elle devait à la projection des débris de verre.
Parti d’Okayama, le capitaine Fujihara s’était arrêté pour nous rendre visite la veille de l’explosion, et il nous avait apporté un panier de ces pêches fameuses qui font la réputation de la préfecture d’Okayama. Il passa la nuit chez nous et, pour pouvoir prendre le premier train pour Iwakuni, il était reparti le matin suivant sans même prendre le temps de se laver le visage. Le souvenir des pêches d’Okayama me fit venir l’eau à la bouche.
« La perte de ces pêches est un moindre mal, observa le capitaine Fujihara. C’est un miracle que vous ayez survécu. Après tout, l’explosion d’une bombe atomique est une chose terrible.
–Une bombe atomique ! m’écriai-je en me redressant sur mon lit. N’est-ce pas la bombe dont j’ai entendu dire qu’elle pouvait pulvériser Saipan, et cela avec seulement dix grammes d’hydrogène ?
–C’est bien cela, affirma Ichiro-san. J’ai obtenu cette information à l’hôpital naval d’Iwakuni, où l’on étudie et soigne des victimes d’Hiroshima qui paraissent souffrir d’un mal épouvantable. »

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