Lee Miller : Dans la baignoire d’Hitler (en 2 photos)

La scène peut paraître surréaliste, pourtant, elle est tout à fait authentique. Dans l’appartement abandonné d’Adolf Hitler à Munich, Lee Miller, une ancienne top model américaine devenue reporter de guerre se fait tirer le portrait dans la baignoire du dictateur. Et c’est un peu par hasard –quelques heures après le suicide du dictateur, le 30 avril 1945– qu’avec son acolyte David Scherman, elle tombe sur l’appartement privé d’Adolf Hitler à Munich.

Lee Miller (David E Scherman/Lee Miller archives, England 2014. All rights reserved)

Selon Antony Penrose, fils de Lee Miller, le portrait de la salle de bain était une image composée. Il a déclaré en 2014 au Telegraph :

« Je pense qu’elle levait deux doigts sur Hitler. Sur le sol se trouvent ses bottes, couvertes de la saleté de Dachau, qu’elle a bafouée sur tout le sol de la salle de bain d’Hitler. Elle dit qu’elle est la gagnante. »

En effet, Lee Miller suivait les troupes américaines dans leur libération de l’Europe et elle a réalisé l’une des premières images révélant la violence de la Shoah, avec une photo montrant deux soldats examinant un camion dont le coffre est rempli de cadavres entassés.

Prisonniers libérés à Dachau se dépotant dans la décharge. © Lee Miller Archives, Angleterre 2024. Tous droits réservés. www.leemiller.co.uk

Durement marquée par la guerre, Miller passera, selon son fils, les années suivant la guerre « dans une misère de dépression et d’abus d’alcool ». Il faut relire ses récits évocateurs sur la guerre dans ses reportages réalisés pour Vogue.

Le 30 avril 1945, jour du suicide d’Adolf Hitler, Lee Miller, jouée par Kate Winslet dans le film, organise une séance photo dans la salle de bain du domicile de Führer à Munich. Une photo qui deviendra iconique. [Ascot Elite Entertainment]

On peut aussi la retrouver en salle de cinéma, Lee Miller est en effet ressuscitée dans un biopic, sorti le 9 octobre et coproduit par Kate Winslet. L’actrice incarne avec passion l’une des premières femmes photographes de guerre, artiste libre, enragée et provocatrice qui immortalisera les horreurs des camps de concentration.

A lire :

– https://www.bbc.com/culture/article/20140903-in-hitlers-bathtub

– https://www.rts.ch/info/culture/cinema/2024/article/kate-winslet-monte-au-front-dans-lee-miller-un-biopic-poignant-28657895.html?rts_source=rss_t

– https://www.nationalww2museum.org/war/articles/lee-miller-witness-concentration-camps-and-fall-third-reich

Dans les camps. Archéologie de l’enfermement | Laténium

Jusqu’au 12 janvier 2025, le Laténium présente une exposition temporaire à propos des fouilles archéologiques réalisées dans différents camps en France, en Pologne et en Allemagne (camps de concentration, camps de travail forcé, camps de prisonniers de guerre) de la Deuxième Guerre mondiale. Géraldine Delley (Directrice adjointe du Laténium) et Virginie Galbarini (Responsable communication du Laténium) ont rédigé un billet de blog à ce propos dans infoclio.ch. Leur billet donne notamment des clés de compéhension relativement à la scénographie adoptée. Il fait également partie d’une série consacrée à la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale en Suisse, produite à l’occasion du colloque infoclio.ch 2024 «Deuxième Guerre mondiale. Une mémoire en mutation». La série présente divers projets récents, signale des ressources accessibles en ligne et propose des réflexions historiques sur le sujet.

Si certains camps de la Seconde Guerre mondiale sont devenus emblématiques de la terreur nazie, quantité d’autres lieux d’enfermement se sont peu à peu effacés de notre mémoire collective. Depuis plus de trente ans, les archéologues documentent les empreintes discrètes que ces aménagements précaires ont laissées dans le paysage. Les objets présentés au Laténium au sein de l’exposition Dans les camps. Archéologie de l’enfermement proposent une perspective poignante sur le quotidien des camps et éclairent d’une autre manière cette période sombre de notre histoire.

Présentant 650 objets mis au jour lors de fouilles archéologiques de différents camps en France, en Pologne et en Allemagne (camps de concentration, camps de travail forcé, camps de prisonniers de guerre), l’exposition nous confronte de façon tangible aux efforts déployés par des millions d’individus pour s’adapter et résister à l’enfermement collectif, la pénurie, la déshumanisation, la brutalité, l’angoisse, l’ennui et l’arbitraire. Alors que la dernière génération des survivant-es de la Seconde Guerre mondiale s’éteint et que le vide laissé par le démantèlement de ces lieux de vie et de mort est progressivement rempli par de nouvelles constructions, vivre dans des camps marque encore l’existence d’innombrables êtres humains à travers le monde. C’est cette vie au quotidien, dévoilée par des objets infimes, que l’exposition veut faire découvrir.

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Quelques photos prises lors de ma visite de l’exposition en juin 2024

Arrivée à l’exposition temporaire
Ce panneau qui signalait le « Bureau » du centre d’internement des prisonniers de guerre à Saint-Maurice (VS) et cette carte réalisée par un interné polonais sont parmi les rares témoignages matériels de l’histoire des camps en Suisse. Si les camps de travail étaient les plus nombreux, il existait également des camps d’officiers et des camps disciplinaires, dont le plus connu était celui de Wauwilermoos (LU). Y étaient internés des militaires coupables de tentatives d’évasion, de rentrées tardives ou de refus d’obéir aux ordres. Musée d’histoire du Valais. Reproduction, Archives privées
Echiquier peint sur une bolte en carton recyciée qui contenait des brosses à dents. Pions de couleur en bois fabriques dans les ateliers de menuiserie dans lesquels travaillaient les prisonniers.
Dans son travail scénographique, Adrien Moretti a conçu un espace évoquant l’organisation rigoureuse du camp dont la particularité est d’être éphémère. En guise de plafond, une grande structure en forme de croix, symbole d’exclusion, suscite un sentiment d’oppression et rappelle les conditions de vie des interné-es. Le public déambule sur ce qui ressemble à un sentier de terre battue, à travers quatre espaces thématiques séparés par des parois semi-transparentes qui créent des jeux d’ombre et évoquent l’absence d’intimité et la promiscuité vécues dans les camps.
Dans la dernière partie de l’exposition, une série d’interviews, accessibles en ligne, réalisées par le vidéaste Philippe Calame aborde l’archéologie des camps sous différents angles. Comment les fouille-t-on ? Devons-nous les restaurer ? Qu’est-ce que l’archéologie apporte de nouveau à la connaissance ? Pourquoi les objets que l’on y découvre nous touchent autant ?