Enzo Traverso : « Renvoyer dos à dos le nazisme et le stalinisme est un anachronisme »

A feu et à sang. De la guerre civile européenn
En complément à un précédent billet Publications, un extrait de l’interview accordé par Enzo Traverso à la revue Politis du 22 mars 2007. Cet interview fait suite à la publication de son ouvrage À FEU ET À SANG. De la guerre civile européenne (1914-1945) Stock, « Un ordre d’idées », 370 p.

Dans cet extrait, Enzo Traverso revient sur la question du fascisme et de l’anti-fascisme dans l’entre-deux-guerres :

Cette guerre civile se poursuit avec l’avènement des fascismes. Or, le regard sur l’antifascisme fait depuis l’objet de débats importants…

J’appartiens à cette catégorie d’historiens pour lesquels le fascisme et l’antifascisme ne sont pas seulement des catégories historiques mais aussi un héritage actuel et vivant pour la définition des démocraties dans lesquelles nous vivons. Je pense en effet qu’une Europe démocratique qui n’aurait pas tiré les leçons de l’anéantissement de la démocratie par le fascisme serait bien fragile. Récuser l’antifascisme, comme le font certains historiens d’orientation libérale ­ par exemple François Furet ­, fragilise donc nos démocraties, qui ont trouvé leurs raisons d’être dans le combat contre le fascisme. Mais cela implique aussi pour les historiens une réflexion et un travail d’historicisation critiques sur cette expérience historique, visant à reconnaître les contradictions et les limites de l’antifascisme. Une de ses limites a bien sûr été sa relation de complicité avec le stalinisme, qui fut le fait parfois d’une simple incompréhension de la véritable nature de ce dernier, parfois d’une complicité assumée, parfois encore d’une attitude de complaisance avec lui, considérée comme un prix à payer en dépit de tout ce qu’on pouvait connaître.

Une autre limite se trouve dans l’incompréhension de la nature exterminatrice de l’antisémitisme nazi, même si cette incompréhension a frappé la culture européenne dans son ensemble. Il faut ajouter que cela ne permet en rien de plaquer sur le conflit entre fascisme et antifascisme des lectures rétrospectives projetant des catégories de notre temps. Je ne crois pas non plus qu’on puisse analyser ce conflit à la lumière de la notion de totalitarisme, en y plaquant l’opposition totalitarisme/antitotalitarisme. En effet, si on contextualise les postures de l’époque, on voit bien que les (rares) « antitotalitaires » qui renvoyaient alors fascisme et stalinisme comme deux visages d’un même totalitarisme se condamnaient non seulement à l’isolement mais aussi à l’impuissance. C’est pourquoi je parle dans mon livre d’anachronisme vis-à-vis de ceux qui tentent de défendre aujourd’hui cette thèse. Les figures les plus lucides de la culture libérale de l’époque ont en effet fait un choix : Raymond Aron a décidé d’aller à Londres et de rejoindre le camp allié à l’Union soviétique contre l’Allemagne nazie…

BP110 – Compléments à la deuxième séance (19.03.2007)

Les extraits utilisés lors de notre séance du lundi 19 mars 2007 figurent tous dans l’ouvrage suivant :  Delacroix Ch.  (2003). Histoire et historiens en France depuis 1945. Paris: Association pour la diffusion de la pensée française, 319 p.

Le texte de Fernand Braudel [extrait de La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II] se trouve aux pages 61 à 63. L’extrait de Camille-Ernest Labrousse [La Crise de l’économie française à la fin de l’Ancien Régime et au début de la Révolution] prend place aux pages 66 à 69. Pour l’extrait de Dimanche à Bouvines de Georges Duby vous le trouverez aux pages 143 à 145. Enfin, Jean-Pierre Rioux et son Introduction: un domaine et un regard figurent aux pages 270-273.

Pour celles et ceux qui désireraient en savoir plus relativement à la question des courants historiographiques de 19e et 20e siècle, je vous recommande les trois ouvrages suivants :
– Bourdé G., Martin H. (1997). Les écoles historiques. Paris: Points Seuil
– Delacroix Ch., Dosse Fr., Garcia P. (2005). Les courants historiques en France (19e-20e siècle). Paris: Armand Colin
– Ruano-Borbalan J.-Cl. (coordonné par) (1999). L’histoire aujourd’hui. Nouveaux objets de recherche – Courants et débats – Le métier d’historien. Auxerre: Editions Sciences humaines.

Par ailleurs, une synthèse en ligne de l’ouvrage de Ch. Delacroix (2003). Histoire et historiens en France depuis 1945. est disponible en ligne : http://www.adpf.asso.fr/adpf-publi/folio/histoire/

De plus, à la suite de notre deuxième séance de cours, vous trouverez den annexe les dias utilisés lors de cette séance figurent: Dias 2e séance (format .pdf).
En outre, en complément au travail réalisé à partir de textes d’historiens, ceux qui aimeraient en savoir plus sur ces quatre historiens étudiés pourront consulter les sites suivants :

1) Fernand Braudel :
– Le modèle de Braudel  
– Braudel, Fernand (1902-1985). Article du Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, dirigé par Jacques Lévy et Michel Lussault, 2003.
– Fernand Braudel et la longue durée. 
2) Camille-Ernest Labrousse :
– Histoire et historiens – adpf : Camille-Ernest Labrousse, le traducteur de Simiand
3) Georges Duby :
– Presentation: Georges Duby, Le dimanche de Bouvines 
– Georges Duby a su pénétrer l’altérité du Moyen-Âge
– Georges Duby historien esthète du Moyen Age
– Georges Duby : vers une autre histoire
4) Jean-Pierre Rioux :
–  Jean-Pierre Rioux – Wikipédia
– Un entretien avec Jean-Pierre Rioux
– Histoire culturelle – Wikipédia

Enfin, un texte complémentaire relativement à l’utilisation des sources en histoire : L’histoire se fait avec des sources.

Liens (18.03.2007)

Liens (11.03.2007)