« Sauf exception, vous et moi, on ne fréquente pas les mêmes types. Mes potes sont dangereux : ils pensent toujours en avance des autres. Vous croyez que je dis ça parce que je vis en banlieue et que j’y suis prof ? Pas du tout. Pour vous, Montaigne, par exemple, c’est un vieux mort il y a des siècles, qui parle dans un langage qu’on ne comprend pas et dont on n’a rien à fiche. Pour moi, c’est un gars qui en a, parce qu’il faut en avoir, au XVIe siècle, pour braver la censure, risquer l’exil ou la mort, regarder autrement que tout le monde, et déclarer face à un Indien exhibé par le roi que c’est pas de la marchandise, c’est un humain. Ils sont comme ça, mes potes. Ils s’appellent Aristote, La Boétie, Molière, Voltaire, Victor Hugo, Robert Desnos, Prévert ou Camus. Y’en a même des vivants : Schmitt, Pennac, Abd Al Malik, Daoud… Mon boulot, c’est de faire le “truchementˮ, le passeur d’art entre eux et la centaine d’ados qu’on me confie tous les ans depuis plus de vingt ans. »
RENTRÉE – On pourrait croire que c’est un aveux de faiblesse, c’est en fait un tour de force. Parce qu’elle ne cesse de douter, parce qu’elle se trompe parfois, Marie-Sandrine Lamoureux nous fait avancer. Un prof, ça sert à quoi? Après vingt ans d’enseignement, il lui est toujours impossible de répondre à cette question. « Et heureusement », précise-t-elle.
Après un passage remarqué sur Canal+ en janvier dernier pour parler de laïcité sur le plateau du Grand Journal, elle a écrit pendant trois mois un livre témoignage après le choc des attentats de janvier. Son point de départ, les questions que ces attentats ont soulevées parmi ses élèves et les réactions qu’elle a entendu ici et là sur le rôle de l’école à ce moment charnière de notre histoire. Je ne capitule pas est sorti ce jeudi 27 août aux éditions Don Quichotte. Au fil des quelque 300 pages, il est question de ce à quoi l’école ressemble, d’un espace libre, ouvert et qui tente d’évoluer grâce à tous ceux qui travaillent en son sein.
Le préjugé est répandu : Internet, ses encyclopédies en ligne, ses millions d’articles et sa culture du copier-coller aurait grandement facilité le plagiat académique. Une mauvaise réputation que bat en brèche une récente étude américaine, publiée dans le Journal for Academics Ethics. Elle affirme que le plagiat était plus répandu avant l’ère numérique qu’aujourd’hui.
Afin de vérifier son hypothèse, l’auteur de l’étude, David Ison, assistant professeur d’aéronautique à l’université d’aéronautique Embry-Riddle de Floride (Etats-Unis), a sélectionné au hasard 184 travaux de doctorat publiés avant l’année 1994 et 184 après 2010. Les résultats sont étonnants. Environ la moitié des dissertations de chaque groupe contenait des passages plagiés.
Ce qui fait pencher la balance en faveur du groupe post-2010, c’est l’analyse réalisée par Turnitin, le logiciel de référence dans la traque au plagiat. Selon celle-ci, l’indice de similarité qui indique la proximité entre deux textes, était plus important (14,5 %) pour les dissertations du groupe pré-1994 que pour celles du groupe post-2010 (12,3 %).
Du 24 au 26 août, la HEP Vaud est l’invitée d’honneur de la 12e édition de Ludovia, université d’été dédiée à l’utilisation des technologies en éducation, à Ax-les-Termes en Ariège.
«Numérique & éducation, entre appropriations & détournements», tel est le thème de cette 12e édition de l’université d’été Ludovia. L’objectif de cette édition: mettre en lumière toutes les formes d’usages «conformes» (non détournées) ou «non-conformes» (détournées) du numérique dans les classes; les usages «détournés» ou non qui expriment toute la diversité créative des enseignants et des élèves, de tout horizon et de tout niveau.
Sous la conduite du recteur de la HEP Vaud, Guillaume Vanhulst, une délégation de 15 personnes s’est déplacée à Ludovia. Cette délégation est composée de formatrices et de formateurs de la HEP issus de l’UER Médias et technologies de l’information et de la communication, de l’UER Sciences humaines et sociales et de l’UER Pédagogie spécialisée.
Cette édition de Ludovia sera l’occasion pour les membres de la délégation de partager leurs travaux avec l’ensemble des personnes impliquées, à un titre ou à un autre, dans la promotion et l’analyse des changements en cours au sein des systèmes éducatifs. De ce point de vue, l’Université d’été Ludovia, en ce qu’elle rassemble l’ensemble des professionnels du domaine dans une approche multidisciplinaire, représente, aux yeux de la HEP Vaud, une occasion unique de tisser des liens avec celles et ceux qui sont concernés par l’appropriation des développements du numérique dans les systèmes éducatifs et au-delà.
Pour cette première journée, il a appartenu à Bernard Baumberger d’ouvrir les feux pour la HEP Vaud avec son intervention lors du colloque scientifique:
Bernard Baumberger, Morgane Chevalier: Rôle de l’explication de l’enseignant sur la compréhension des fonctionnements de base du robot «Thymio II» chez l’enfant de 7-9 ans. Le résumé.
Sous le regard bienveillant de ses collègues
Ensuite, dans le cadre de la visite des stands partenaires par les officiels, Morgane Chevalier et Denis Badan étaient sur le pont.
Un public ravi suit les explications de Morgane Chevalier sur le robot Thymio II
Lors de la table ronde d’ouverture, ce fut au tour du recteur, Guillaume Vanhulst, de porter les couleurs de la HEP Vaud.
Guillaume Vanhulst à la table ronde d’ouverture « Les politiques publiques face à l’appropriation et le détournement dans le numérique éducatif » en compagnie de Pascale Luciani-Boyer, membre au CNNumérique, Jean-Marc Merriaux, Directeur Canopé, et Martin Malvy, Président de la Région Midi-Pyrénées.
L’utilisation des TIC est rapidement chronophage. Et si on y remédiait, à l’aide de Sofia Coppola (Marie-Antoinette) à Lady Gaga en passant par la série Gossip Girl : L’élite de New York, en récupérant des productions sur YouTube pour les intégrer à son enseignement de l’histoire et en prenant en compte la culture médiatique de nos élèves? Le tout en prenant soin de développer la pensée historique chez ces derniers.
Cet ExplorCamp est axé sur les aspects pédagogiques et didactiques d’une intégration de médias numériques en histoire sans omettre quelques aspects techniques (récupération de vidéos ou minis projets d’élèves publiés sur YouTube).
Le numérique permet aux enseignants de disposer de ressources facilement récupérables et utilisables en classe. Ces ressources permettent à l’enseignant de se préoccuper de l’organisation de sa séquence d’enseignement et des apprentissages à faire réaliser par ses élèves plutôt qu’à créer lui même du contenu et des ressources didactiques.
Relation avec le thème de Ludovia#12Par le biais d’objets issus de la culture médiatique des élèves et de productions de l’industrie des médias, les élèves sont amenés à développer leur propre regard sur ces objets et à développer leur pensée historique. Ils développent notamment la question des différents points de vue en histoire.
Du côté des enseignants, une telle démarche les amènent à utiliser tous les aspects médiatiques de films de fiction et à réfléchir sur les activités signifiantes à proposer à leurs élèves. Tout en travaillant des dimensions historiques au moyen du film de fiction, ils sont amenés à intégrer une éducation aux médias.
S’il y a fort longtemps déjà l’enseignement recevait les marchands d’informatique en leur disant : si les élèves utilisent votre matériel ils seront prescripteurs pour les entreprises dans lesquelles ils travailleront, la situation est désormais autre et l’école de prescriptrice et devenue suiviste (et encore…). Certains s’en réjouissent. Or, comme l’indique Bruno Devauchelle, il y a plutôt à s’inquiéter de ce décalage de plus en plus important qui s’installe entre l’école et la société :
L’école ne serait plus prescriptrice mais suiviste. Au-delà des marchés, de la consommation, cibles faciles mais nécessaires, il y a plus généralement le décalage qui s’est creusé entre l’école et la société. Les promoteurs du retour à l’ancien temps heureux savent-ils qu’à l’époque l’école était bien la prescriptrice d’un ordre social et que la forme sociale était une suite logique de la forme scolaire ? Et pourtant s’ils analysaient ce fait, alors ils auraient une autre vision de l’école que celle qu’ils promeuvent. A moins qu’ils ne préfèrent ce retour en arrière pour tenter de restaurer cette force prescriptrice, mais pour prescrire quoi ? Car la force de l’école depuis sa création c’est que sa prescription était ancrée dans les réalités sociales du moment, sur l’ordre et la hiérarchie de l’école. Mais depuis tout ce temps bien des choses ont évolué, et pas uniquement le numérique, mais pour reprendre les trois premiers chapitres de « Petite Poucette » de Michel Serres ou encore « Deux pouces et des neurones » de Sylvie Octobre, un ensemble d’éléments qui font que les réalités sociales ont largement changé. Or l’école n’a pas modifié sa forme et a continué sur sa logique initiale de massification qui avait fait son succès jusqu’à la fin des trente glorieuses (1975).
Pour Devauchelle, c’est peut-être l’occasion de s’interroger sur les fondements de l’école et du système éducatif et envisager de questionner plus simplement le fait de « faire société » et pas seulement de « vivre ensemble ». Il envisage que ceci soit possible malgré le fait que l’école soit aujourd’hui soumise aux forces du marché, de la consommation et de l’argent, autrement dit une école sous influence de la société libérale de marché. Personnellement, j’en doute…
Pour prolonger la réflexion, je vous invite à lire deux textes qui ne sont pas en lien avec la question de la technologie en milieu éducatif, mais qui posent certaines questions qui, notamment avec la pseudo-économie du partage à la mode Uber ou Airbnb, doivent nous interpeller sur la manière de «faire société» et donc de faire ensuite école :
Dans un article s’interrogeant sur la signification de la critique relative à la technologie, Evgeny Morozov, écrivain d’origine biélorusse, spécialiste des implications politiques et sociales du progrès technologique et du numérique et collaborateur à The New Republic, estime que la critique à l’encontre de la technologie s’est souvent révélée conservatrice. Elle est même à l’avant-garde du projet néo-libéral. Pour Morozov, «Aujourd’hui, il est évident pour moi que la critique de la technologie, si elle n’est pas couplée à un projet de transformation social radical, n’atteint pas son but». (Source : Technologie : avons-nous raison d’être critiques ? « InternetActu.net)
Au début des années 1990, de nombreux experts ont vu dans la création du Web l’acte de naissance d’une communauté virtuelle. Les ordinateurs en réseau rendaient possible le dépassement des frontières physiques et ouvraient une ère de communion électronique. Cette utopie à portée de main trouve son origine dans la contre-culture nord-américaine et plus particulièrement la culture hippie, mais elle se serait transformée pour finir par rallier les idées économiques les plus individualistes, les moins progressistes socialement. Reste à trouver notamment des réponses à ces nouvelles formes d’exploitation du travailleur-consommateur. (Source : Réflexions sur la gauche, le travail et l’économie en mode digital)
Croire à l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole (Simone Weil)
cité par Henri Guillemin, introduction à sa série sur La Commune de Paris
Henri GUILLEMIN ? Je lui dois en grande partie ma passion pour l’histoire. Je me rappelle ainsi de sa série sur Léon Tolstoï. Et c’est une des magies d’Internet. Cet historien décédé en 1992, lointain souvenir des baby-boomers et inconnu des jeunes générations, fait un carton sur YouTube. Mises en ligne il y a juste trois ans, ses conférences atteignent des dizaines voire des centaines de milliers de vues, soit plus de quatre millions de vues pour ses quatre principales chaînes. Rue89 consacre un article à ce phénomène.
https://youtu.be/dMGNcmx_bEg
En introduction de ce premier épisode sur la Commune de Paris et en s’appuyant sur Victor Hugo, Henri Guillemin prend position sur sa philosophie de l’histoire et la Commune :
« L’objectivité, dont on parle toujours en histoire, ce n’est pas possible. Pourquoi, parce que c’est considérer les faits comme des objets. Comment voulez-vous que l’on considère comme des objets une histoire humaine ? […] L’impassibilité est impossible devant une histoire comme celle la Commune qui est une histoire affreuse, une histoire atroce. Mais si l’impassibilité est impossible, la loyauté est le premier devoir. C’est ce que je vais essayer de faire une histoire véridique, vous dire la vérité, ne pas vous cacher ce qui peut me gêner dans cette histoire qui n’est pas toujours belle en m’appliquant à être honnête.»
Loin des manuels scolaires sans narrateur et sans prise de position apparente, le style Henri Guillemin, perceptible dans cet extrait, contient l’affirmation d’un point de vue, d’un «je». C’est aussi un vocabulaire qui s’éloigne à espace régulier de la neutralité et d’un vocabulaire académique («ce Bonaparte, Napoléon, va tourner mal», «ben ça, c’est un régime sérieux !»).
https://youtu.be/hP-FxPeOjGw
Henri Guillemin intime
Hier, à la Télévision Suisse romande, Henri Guillemin, assis à sa table de travail, m’hypnotisait, avec comme seuls accessoires ses lunettes et sa plume qu’il pointe en direction du téléspectateur lorsque ses mains s’agitent.
https://youtu.be/zhz4-Mc-EwE
« Même devant la mort, deux et deux font toujours quatre » (Léon Tolstoï, cité par Guillemin)
Aujourd’hui, dans son costume sombre, ce même Henri Guillemin enseigne à nouveau l’histoire, mais sur YouTube. Il y retrouve une nouvelle jeunesse et un nouveau public. Cela ne peut que me réjouir. Tout à la fois de ce retour au premier plan de ce «père spirituel historique» qu’il fut me concernant et de ce succès de l’histoire sur l’Internet.
Avec le soutien de la Fonsart, de Memoriav, de la Fondation Hans Wilsdorf et de la Loterie Romande, la Télévision suisse romande a mis en ligne sur son site internet l’ensemble de ces émissions (http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/ ou http://gillemin.blogspot.ch) que l’on retrouve également sur YouTube.
Pour Rue89 :
Sa popularité actuelle semble également tenir de sa vision populaire de l’Histoire. Sa défense inconditionnelle de la « cariatide » (le peuple prolétarien selon Victor Hugo) face aux traîtrises d’une certaine bourgeoisie et du « grand affairisme » trouve rapidement un écho sur l’espace contestataire d’Internet, dans un contexte de désenchantement politique et de grondes sociales.
Son plus grand succès en ligne est d’ailleurs son Robespierre et la Révolution française. Loin de l’image répandue du « tyran sanguinaire », Guillemin dresse un portrait à contre-courant d’un « Incorruptible » qui, en 1792, instaure pour la première fois le suffrage universel (seulement censitaire après 1789), abolit l’esclavage (rétabli sitôt après sa mort), interdit les guerres d’agression et la spéculation sur les matières premières (« l’agiotage »), essayant même d’enrayer la « Terreur », qu’on lui a longtemps attribué.
Guillemin n’hésite pas à « déconstruire » plusieurs grands personnages historiques […]
La longueur de ses émissions, loin du format calibré actuel, ne rebute ainsi pas les internautes. Ceux-ci n’hésitent pas à arrêter et à reprendre à toute heure le visionnage. Faites-en l’expérience, vous ne serez pas déçu.
Mise à jour (17.11.2016)
Voici un à la fois un intéressant article et une vidéo à voir analysant le travail et les émissions d’Henri Guillemin :
Cet article de Doc TICE, le Site des document@listes de l’académie de Besançon, s’attache à la question de la co-écriture des élèves à l’ère du Web 2.0. Après s’être interrogé sur la finalité de l’écriture collaborative, l’article présente quelques exemples de séquences d’écriture collaborative, menées soit à l’aide d’un pad, soit d’un “mur”. Très intéressant et enrichissant que ce soit pour la réalisation par les élèves d’exposés collaboratifs, de discussion ou de mise en commun.
Faire co-écrire les élèves crée une dimension de responsabilité dès lors qu’ils publient leurs informations “en mouvement” et « à plusieurs mains » : l’écriture collaborative permet de relier les connaissances individuelles des élèves dans un savoir collectif. Comment le professeur-documentaliste peut-il prendre en compte ces compétences à la fois intellectuelles et sociales?
Ces conditions pédagogiques peuvent permettre à l’élève d’interagir avec ceux de sa classe, voire en dehors, ajoutant une dimension responsabilisante d’une écriture en ligne qui est “vue” et “lue”. Comment ouvrir l’espace clos de la classe à un espace public mais citoyen, en utilisant des outils qui favorisent la collaboration et la publication de la pensée “en acte” de l’apprenant ?
On a pas attendu le numérique pour faire collaborer les élèves. Mais aujourd’hui, les travaux d’écriture collaborative peuvent bénéficier d’une amélioration fonctionnelle, voire d’une configuration du travail pédagogique inconcevable, il y a quelques années : créer un texte à 20 mains, grouper dans un même document les idées de tout un groupe, et surtout gérer l’évolution du travail d’écriture de manière globale, en temps réel, étaient des tâches délicates à mettre en oeuvre (rigidité du support imprimé pour un travail de co-écriture à plusieurs mains).
L’histoire des Vikings a commencé en l’an 793 après JC, lorsque, arrivant de Norvège, ils accostèrent en Angleterre au cours de leur premier raid officiel. Jusqu’à présent, ces raids violents sont ce que l’on retient le mieux des histoires Vikings.
Une récente étude suggère cependant un début plus pacifique de leurs voyages maritimes, et tout aurait commencé au Danemark.
Ribe au Danemark: la première ville Scandinave et centrale pour le commencement de l’Âge Viking. (Photo: visitribe.dk)
Trois archéologues de l’université d’Aarhus (Danemark) et de l’université de York (Angleterre) ont montré que les voyages maritimes de la Norvège jusqu’à Ribe, le plus ancien centre commercial au Danemark, eurent lieu bien avant la période Viking officielle.L’étude a montré que les anciens Vikings avaient voyagé vers Ribe, au sud du Danemark, dès 725 après JC.
Les chercheurs ont découvert des bois de cerf dans les plus anciens dépôts archéologiques de l’ancienne place de marché de Ribe; et il s’est avéré qu’ils provenaient de rennes de Norvège.
« C’est la première fois que nous avons la preuve que la culture maritime, qui était à la base de l’Âge Viking, a eu une histoire à Ribe. C’est fascinant. » rapporte le professeur Søren Sindbæk, un des auteurs de cette nouvelle étude.
« Tu crois pas qu’on nous a bourré le crâne avec la « haine des races » ? »
Sortie le 12 août du film La Peur, basé sur le livre de Gabriel Chevalier. Sa bande-annonce :
« La terre molle, gorgée d’hommes, vivants ou morts, semblait maudite. Les jeunes gens, ceux du pays de Balzac et ceux du pays de Goethe, qu’ils fussent retirés des facultés, des ateliers ou des champs, étaient pourvus de poignards, de revolvers, de baïonnettes, et on les lançait les uns contre les autres pour s’égorger, se mutiler, au nom d’un idéal… »
Rarement un livre aura été aussi mal servi par le sort. Paru en 1931, parmi une pléthore de témoignages de la Grande guerre et de récits cocardiers, La Peur a été retiré de la vente en 39 pour « Défaitisme ». Le livre est republié en 1951, sans réel écho. Puis les éditions les Belles Lettres en reprennent d’abord les droits… mais les exemplaires brûlent dans l’incendie du stock de l’éditeur, le 29 mai 2002.
En 2004, Dominique Gaultier, patron des éditions du Dilettante, retente sa chance auprès de la veuve de Chevallier. Il le réédite en 2008 La Peur, ouvrage magistral sur la guerre de 14, qui mérite alors de rencontrer enfin son public, l’année du 90eanniversaire de l’armistice et de la mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli.
Des travailleurs japonais des raids aériens transportent une victime après l’explosion d’Hiroshima, le 6 août 1945. Archives via Reuters.
Dans un livre publié en 1955 qui fit grand bruit, réédité aujourd’hui en France, un médecin japonais, Michihiko Hachiya raconte les différentes étapes de l’après Hiroshima: les douleurs après l’explosion, l’incompréhension, la sidération, et l’entrée dans l’ère atomique.
Avant (en haut) et après (en bas) l’explostion de la bombe atomique sur Hiroshima / prises en avril et août 1945 Photos: U.S. Strategic Bombing Survey, via Reuters
L’explosion atomique d’Hiroshima, dont on commémore, ce 6 août, le 70ème anniversaire, est souvent racontée par le gigantisme effrayant de ses chiffres. Il y a aussi l’autre manière, celle du receveur, c’est le même récit mais par l’autre bout, une autre entrée, au ras du sol, à hauteur de gisant, dans la même nuit, de plein jour, de l’esprit humain; en gros plan, comme dans un film tourné «caméra à l’épaule», sur ce qu’il resta soudain de vie et de décor «sur terre», à 8h15 du matin.
«A ma grande stupeur, je découvris alors que j’étais complétement nu. Chose étrange! Où étaient passés mon caleçon et mon maillot de corps?»
Ce Journal d’Hiroshima –dans une nouvelle traduction française – Michihiko Hachiya, le directeur de l’hôpital du Bureau des Communications, entreprit de le tenir, jour après jour, à partir du 8, et jusqu’au 30 septembre. Publié aux Etats-Unis et à travers le monde à partir de 1955, ce journal ne fût pas pour rien dans la montée, en Occident, d’un sentiment antinucléaire –que pour sa part, Michihiko Hachiya eut la chance de pouvoir observer jusqu’à sa mort, tardive pour un rescapé d’Hiroshima, en 1980.
Journal d’Hiroshima. De Michihiko Hachiya. Traduit par Simon Duran. Editions Tallandier, 2015. LIRE UN EXTRAIT