Où en est-on aujourd’hui des relectures de la Révolution française presque trente ans après son bicentenaire ? La Fabrique de l’Histoire saisit l’occasion de la sortie du film de Pierre Schoeller Un peuple et son roi pour poser la question de l’actualité de cet événement.
Pierre Schoeller, Un peuple et son roi
Sept ans après L’Exercice du pouvoir, le cinéaste Pierre Schoeller poursuit sa réflexion sur le pouvoir politique avec Un peuple et son roi, une fresque historique sur la création de la République, en salles le 26 septembre. A écouter :
Le titre du film témoigne d’une approche originale : celle de conjoindre le peuple de Paris et Louis XVI.
Événement marquant de l’histoire de l’île, la grande famine du XIXe siècle n’avait jamais été portée à l’écran. C’est désormais chose faite. Le thriller, qui vient de sortir en Irlande, a été salué par la critique.
La Grande Famine a enflammé les révolutionnaires et créé une diaspora très nombreuse et influente aux États-Unis, qui a été d’une grande aide après que l’Irlande a obtenu son indépendance en 1922 (Irish Independent). Elle n’avait jamais été racontée au cinéma jusqu’à aujourd’hui. En 2018, le réalisateur irlandais Lance Daly a franchi le pas avec son dernier long-métrage, Black 47, sorti en Irlande le 5 septembre.
The Guardian livre quelques détails de l’histoire : “James Frecheville incarne un soldat irlandais qui rentre au pays en 1847 [pire année de la famine] après s’être battu dans les rangs de l’armée britannique en Afghanistan. En arrivant dans le Connemara, sur la côte Atlantique, il découvre que sa mère est morte de faim, que son frère a été pendu et que le reste de sa famille survit malgré la destruction des récoltes et la cruauté de l’État. Quand le soldat entreprend de se venger et de se rebeller contre l’autorité, les Britanniques enrôlent l’un de ses anciens camarades afin de le capturer.”
Pour l’instant, aucune date de sortie du film n’est connue pour la France ou la Suisse.
Deux personnes ont découvert, l’automne dernier, une main en bronze datant de 3500 ans. Il s’agit peut-être de la plus ancienne sculpture en bronze retrouvée en Europe.
L’ensemble des objets trouvés dans la tombe de Prêles: une lame de poignard, une fibule et une spirale servant d’ornement capillaire, le tout en bronze. Service archéologique du canton de Berne, Philippe Joner
A l’automne 2017, deux particuliers ont apporté au Service archéologique du canton de Berne un objet exceptionnel: une main en bronze et or remontant à 3500ans. Une multitude de questions se posent quant à son origine et sa fonction. C’est peut-être la plus ancienne sculpture en bronze d’Europe.
Les deux personnes ont fait cette découverte exceptionnelle début octobre 2017. Ils ont trouvé une main sculptée en bronze portant un bracelet en or près de Prêles. Il y avait également une lame de poignard en bronze et une côte humaine. Les auteurs de la découverte ont remis ces objets au Service archéologique de Berne dès le lendemain. Les premières recherches ont montré qu’aucun objet analogue n’avait été trouvé à ce jour en Suisse ou dans les pays voisins.
Dans le prolongement de cette nouvelle, la RTS nous apprenait que l’un des deux particuliers à l’origine de cette découverte était sous le coup d’une plainte pénale du Service archéologique bernois. Pour comprendre la situation, la RTS proposait l’Interview de Reto Blumer, archéologue cantonal fribourgeois. Ce dernier indiquait « qu’à priori, et jusqu’à preuve du contraire, cette découverte s’est faite dans une zone pour laquelle les détectoristes n’avaient pas d’autorisation et sans s’inscrire dans le cadre d’une collaboration avec le service archéologique». Si la découverte reste néanmoins exceptionnelle du point de vue du mobilier archéologique et de sa valeur artistique notamment, par contre, précisait Reto Blumer, « le cordon ombilical qui liait cet objet à son contexte structurel dans le sol a été coupé par les gens qui ont procédé à cette détection non-autorisée ». Cette situation prive l’objet archéologique d’un potentiel de reconstitution historique par des spécialistes.
Mise à jour (15.12.2019) : Le découvreur de la «main de Prêles» condamné
Le particulier qui avait découvert une main en bronze datant de 3500 ans à Prêles à l’aide d’un détecteur de métal a été condamné à une amende de 2500 francs. Le tribunal l’a reconnu coupable d’infractions à la loi sur la protection du patrimoine.
C’est en 1983 que Richard Stallman lance le mouvement du logiciel libre avec le projet GNU. Deux ans plus tard, il crée la Free Software Foundation. Depuis, il parcoure le monde avec un mot d’ordre: défendre les libertés numériques. Fin août, il a fait un crochet à Bruxelles à l’invitation de son vieux complice Nicolas Pettiaux, l’organisateur d’Educode. EPN ressources a recueilli ses propos.
En premier lieu, Richard Stallman rappelle l’importance, pour le monde de l’enseignement, de la formation et des pouvoirs publics, de garantir aux citoyens une liberté essentielle: celle de pratiquer une activité numérique sans être suivi à la trace.
Cela implique 4 libertés :
Tout d’abord, la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu’il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez.
En deuxième lieu, l’accès au code source est une condition nécessaire pour pouvoir le modifier et l’adapter à vos besoins ».
Mais tout le monde n’est pas programmeur. « Il faut donc, c’est la troisième liberté, pouvoir redistribuer des copies, c’est à dire aider votre voisin non programmeur.
Il faut enfin avoir la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées.
Le libre, condition fondamentale de l’exercice de la citoyenneté
« Il faudrait refuser tout équipement ne fonctionnant pas en logiciel libre pour uniquement utiliser des applications qui sont contrôlées par une communauté d’utilisateurs. Ce sont eux qui doivent avoir le pouvoir, pas les développeurs. J’ai lancé le système d’exploitation GNU en 1984 dans ce but : pour qu’on puisse utiliser un ordinateur en toute liberté. En 91, le système était presque complet. Seul manquait le noyau. C’est à ce moment que quelqu’un d’autre, Linus Torvalds, en a publié un : Linux. Mais il n’était pas libre. En 92, il l’a rendu libre et la combinaison GNU/Linux a été le premier système d’exploitation libre à pouvoir fonctionner dans un PC. Cette liberté est fondamentale pour l’exercice de la citoyenneté. C’est pour cela que les écoles, et plus globalement tout le secteur de la formation et de l’enseignement, devraient uniquement enseigner du logiciel libre pour transmettre ces valeurs démocratiques de solidarité et de partage. Cela permettrait en outre à une nouvelle génération de programmeurs de maîtriser leur art. Enseigner l’utilisation d’un programme non libre, c’est implanter la dépendance à l’égard de son propriétaire, en contradiction avec la mission sociétale de l’école. L’école ne doit pas confier l’activité informatique de ses élèves à des Google, Apple ou Microsoft. Cela ne devrait pas être toléré dans une société démocratique qui défend la liberté et l’éthique! »
Des propos à méditer alors que du Québec au canton de Vaud, des plans numériques éducatifs ambitieux débutent leur mise en place.
La dernière édition du Times présente la situation économique de 13 enseignant.e.s américain.e.s au travers de leur portrait.Le regard porté sur la situation économique et social de ces enseignant.e.s et à travers eux le portrait du système éducatif américain est édifiant. Voici le portrait de Maddie McGarvey, 52 ans, professeur d’histoire.
Maddie McGarvey for TIME/Economic Hardship Reporting Project Hope Brown, 52 U.S. history teacher at Woodford County High School in Versailles, Kentucky
The reality is that we have to spend a lot of our own money for our classroom. I spend money to buy my own copy paper. I bring food for my kids. We’re given about $50 per semester that we can spend on certain things for our classroom, but we always go above and beyond that. I usually end up spending about $400 every semester.
I’ve been teaching for 16 years, and I make about $55,000 a year. I work an extra job in guest services at Rupp Arena, sometimes multiple nights a week, making $9 an hour. My husband and I also started a business leading historical tours in the summer.
Right now, I have a broken tooth that I can’t afford to have fixed. I’ve had to take a sick day before because I didn’t have enough gas to make it to school. I donated plasma twice before my first pay day this year just for gas money. I was really embarrassed when I first had to start doing that because I think of myself as a professional. I have a master’s degree.
I wish people understood exactly what it takes to make a classroom work. Teaching is a science and it is an art, and we work really hard to be able to provide for our students. The schools in Kentucky are not failing like our governor wants people to think that they are. We do a really good job educating all kids that come before us. But we are not paid for the work that we do. I go in at 5 a.m. and I get off at 4 p.m., and usually that’s because I have to go to another job.
I love what I do. My kids are fabulous. There is not another job where you could have as many highs, as many lows, as much connection, as much challenge as there is in teaching. I can’t think of another job — maybe an ER doctor, I don’t know — where I can get the feeling that I do from teaching.
Pour mon deuxième retour consacré à l’édition 2018 de Ludovia, je vous propose une sélection de solutions, de plate-formes ou d’applications que j’ai découvertes à Ax-les-Thermes.
Cadre21
Lors du sommet numérique de Montréal, j’avais déjà eu l’occasion discuter avec Jacques Cool de sa société CADRE21. Cadre 21 propose une offre de formation continue en ligne et a l’ambition, après le Québec, d’essaimer dans toute la francophonie.
Depuis le sommet du numérique, Cadre21 a été choisi par le ministère de l’éducation québécois dans le cadre de son Plan d’action numérique pour faire partie du « combo » de base de la formation (voir les infos ici : http://www.education.gouv.qc.ca/dossiers-thematiques/plan-daction-numerique/plan-daction-numerique/) qui démarre à l’automne. Dans le cadre des combos numériques le RÉCIT et CADRE21 proposent des ressources de formations destinées aux enseignants et enseignantes, aux conseillers et conseillères pédagogiques, ainsi qu’aux gestionnaires d’établissements scolaires. Ces ressources peuvent être utilisées de plusieurs façons : formation individuelle, préparation pour l’animation de formations en présence, mise à niveau des connaissances, exploration de nouveaux sujets. Ce combo comporte trois domaines
robotique
laboratoire créatif
flotte d’appareil
Les formations en ligne de Cadre21 abordent les stratégies pédagogiques, les compétences TIC et la gestion de classe. La vidéo ci-dessous résume l’offre proposée :
https://www.youtube.com/watch?v=pO2lbuwMz3M
Globalement, cette offre de formation est une offre de formation individuelle où chacun avance à son rythme. Au fur et à mesure de sa progression, la personne reçoit des badges attestant de son niveau de compétence. Le dispositif comprend 4 niveaux :
Exploration
Réflexion
Rétroaction
Reconnaissance
https://youtu.be/56XTYu5SLUs
Ce dispositif est intéressant en complément à des offres de formations collectives.
Cood.fr
Cood.fr est une plateforme d’e-learning dédiée à l’accompagnement au numérique pour les enfants de 4 à 17 ans.
https://youtu.be/fcozF6F243w
Un ensemble d’établissements scolaires peut être connecté et déposer ses séquences pédagogiques comme disposer de contenus à leurs intentions. On peut donc concevoir cood.fr comme une plate-forme de mutualisation.
Cood.fr propose une pédagogie active, par le jeu, qui offre une expérience digitale à laquelle de nombreux jeunes sont habitués. C’est aussi des outils et des contenus fournis clés-en-main au service de l’enseignant.e. Ainsi, Cood accompagne aussi bien l’enfant en autonomie chez lui ou en classe avec son enseignant.
Les axes couverts sont : le codage, la robotique, la sécurité informatique, la protection des données, l’internet des objets, la culture du numérique.
On y trouve une application des notions de maths et de physique apprises en cours (variables, conditions, boucles, algorithmes), des démarches de résolution de problèmes et de développement de l’esprit critique. Globalement, la plate-forme propose des ressources indexées au cadre référentiel européen des compétences numériques DIGICOMP.
Concernant ce référentiel celui-ci s’organise pour la France en cinq domaines et seize sous-domaines de compétences :
« Information et données », qui concerne la recherche d’information et le traitement des données et intègre les questions d’éducation aux médias et à l’information.
« Communication et collaboration », qui traite des interactions et de ce qui relève de la netiquette, du partage de contenus.
« Contenus », domaine dédié à la création de contenus numériques du plus simple au plus élaboré, y compris des programmes informatiques. On y aborde aussi les questions relatives aux droits de publication sur les réseaux.
« Protection et sécurité » : ce domaine traite de tout ce qui concerne la sécurité du matériel mais également de la santé et de l’environnement ainsi que la protection des données personnelles.
« Environnement numérique » qui traite des compétences qui permettent à un individu de s’insérer dans un monde numérique et de comprendre son fonctionnement.
pix.fr
Pix.fr est une plate-forme qui se base également sur le cadre européen des compétences numériques. PIX est un projet public de plateforme en ligne d’évaluation et de certification des compétences numériques, en cours de développement. C’est le remplaçant du B21. Sa présentation :
En conformité avec le cadre de référence européen DIGCOMP, PIX évaluera les compétences numériques sur 8 niveaux et 5 grands domaines :
Informations et données
Communication et collaboration
Création de contenu
Protection et sécurité
Environnement numérique
Les épreuves évalueront les connaissances mais également les savoir-faire et la capacité à identifier les enjeux du numérique.
Les modalités d’évaluation sont assez innovantes, puisqu’au-delà de simples QCM, plusieurs épreuves privilégient la mesure de compétences à partir d’activités réalisées dans leur environnement numérique réel : interactions, manipulations de fichiers, résolutions de problèmes, productions créatives, etc.)
Quelques indicateurs ont été rendus publics à l’occasion de Ludovia.
La plateforme compte 50 000 utilisateurs actifs. Depuis septembre 2017, 6 millions d’épreuves ont été passées. 8 000 certifications Pix ont été délivrées en l’espace de quelques mois. Pix est la première Startup d’État à sortir de son incubateur pour se constituer en groupement d’intérêt public. La plateforme est gérée par une équipe-produit de 23 personnes dont 10 développeurs. Elle prépare maintenant son lancement officiel pour devenir un véritable service public numérique national.
Les perspectives de déploiement concernent l’ensemble des collégiens et lycéens à partir de la classe de 4ème pour la rentrée scolaire 2019-2020, ainsi que les étudiants.
klassroom.fr : la communication parents-professeur réinventée
L’application klassroom.fr a choisi d’organiser la communication parents-professeur de manière familière aux utilisateurs de médias sociaux (Facebook, Twitter).
L’interview de Franck-David Cohen (klassroom.fr) à Ludovia#15 :
La bonne communication entre les parents et les professeurs est essentielle pour le succès des enfants à l’école. Klassroom gère la communication de façon simple, instantanée et sécurisée. Des moments de vie de la classe à partager ? Un message à faire passer ? Des devoirs à faire ? En quelques clics, avec Klassroom, les parents sont informés.
Mais c’est l’enseignant qui « dicte » le rythme et gère le fil de la communication. L’application est non intrusive pour l’enseignant. En effet, les demandes des parents (retard, absence, demande de rendez-vous) sont cadrées par l’application.
L’enseignant peut insérer un coupon réponse en bas d’un message ou demander aux parents de choisir une réponse prédéfinie. Les réponses ne seront vues que par l’enseignant.e. L’enseignant choisit aussi les heures et jours de diffusion des messages et de réception des demandes des parents. Il peut les programmer.
Klassroom.fr permet ainsi de remplacer le cahier de liaison par un outil ultra simple, géré depuis le smartphone (ou le PC), d’envoyer un message à tous les parents aussi simplement qu’on enverrait un texto à un ami, voir en direct sur son téléphone quels sont les parents qui ont vu le message, ne plus avoir à mettre en page les mots, les photocopier, les découper, les faire coller, vérifier les signatures…
Le témoignage d’enseignant.e.s :
La sécurité est également au coeur de l’application.
Au niveau des tarifs, l’application est gratuite pour les parents, les enseignants et les écoles. Certaines fonctionnalités sont cependant payantes pour les parents. C’est donc un modèle Freemium.
Il y a dix ans, en 2007, Maryanne Wolf, chercheuse en neurosciences cognitives, dressait avec Proust et le Calamar, traduit en 13 langues dont le français en 2015, un premier constat : les nouvelles technologies ont profondément modifié notre façon de lire, et par conséquent, celle dont nous pensons. Dix ans plus tard, la directrice du Center for Dyslexia, Diverse Learners, and Social Justice de l’université UCLA s’attaque au futur de nos cerveaux-lecteurs, avec une préoccupation non dénuée d’inquiétude, au coeur de son nouveau livre Reader, come home : the reading brain in a digital world (Harpers Collins, août 2018) : comment préserver la pensée critique, l’empathie et la réflexion, alors que nos cerveaux sont de moins en moins entraînés à la « lecture profonde », c’est à dire ralentie, entière, éloignée des distractions numériques, et que bon nombre d’entre nous assurent avoir des difficultés à « lire comme avant » ? À la suite d’une tribune parue fin août dans le Guardian, Usbek & Rica l’a contactée, pour évoquer ce sujet qui divise les chercheurs depuis des années, puisque les deux supports, print et digital, stimulent différemment notre intelligence. Maryanne Wolf appelle de son côté à ne pas les opposer, et plaide pour une éducation qui sache alterner les bienfaits des deux pour nos cerveaux.
Vincent Faillet est professeur agrégé de sciences en lycée. Avec ses élèves de lycée, il pratique l’enseignement en classe mutuelle. Dans un article publié sur The Conversation (Apprendre autrement : l’expérience de la « classe mutuelle »), il présente son enseignement des sciences en classe mutuelle, propose une mise en perspective historique de la classe mutuelle et interroge le rôle et la place du numérique dans les classes du 21ème siècle.
Concernant la pratique de la classe mutuelle par Vincent Faillet et ses élèves, le reportage suivant laissant notamment la parole aux élèves parle de lui-même :
Concernant l’organisation des périodes d’enseignement, les séances s’articulant généralement en trois temps forts :
Une séquence conceptuelle d’environ 20 minutes, qui est un cours magistral réduit à sa portion congrue ;
Une séquence mutuelle de 50 minutes durant laquelle les élèves sont mobiles et peuvent se regrouper autour des différents tableaux pour traiter les exercices proposés et s’entraider ;
Une séquence bilan de correction et de synthèse des travaux, pendant 10 minutes.
A propos des enjeux numériques, Vincent Faillet s’interroge :
Doter de nouvelles technologies des salles et une pédagogie qui datent du XIXe siècle ou même d’avant, est-ce vraiment pertinent ? Le risque de déployer du numérique dans un environnement figé et inadapté est, au mieux, de le sous-utiliser et, au pire, d’en faire un « Saint-Sauveur » qui devrait à lui seul révolutionner l’école ! C’est lui prêter des vertus qu’il n’a pas.
Pour lui,
« Le déploiement du numérique doit accompagner une réflexion sur les espaces et la pédagogie car, s’il s’insère dans l’école actuelle, il sera un facteur d’isolement. Quand les tablettes numériques prennent la place des ardoises d’antan dans une école qui est toujours celle du passé, l’élève se retrouve seul avec sa machine, plus que jamais immobile et silencieux. »
Indirectement, il répond à l’école des résultats prônés aujourd’hui par Jean-Michel Blanquer :
« Une machine qui, à terme, scrutera, analysera et interprétera ses moindres faits et gestes scolaires. Cette voie est sans doute prometteuse pour l’adaptative learning mais avant que de mobiliser l’intelligence artificielle, l’école ne devrait-elle pas explorer davantage l’intelligence collective ? »
Source de l’image : Le travail en petits groupes était déjà au cœur de l’enseignement mutuel en vogue au XIXᵉ siècle. P.C. Klæstrup (1820-1882)/Wikimedia
Que nous apprennent les batteries d’évaluations nationales sur l’efficacité d’un système éducatif ? Pas grand chose et surtout rien d’essentiel, répond Stéphanie Demers, professeure à l’Université du Québec en Outaouais. Dans cet entretien donné au Café pédagogique elle montre non seulement les retombées négatives de ces système d’évaluation mais aussi leur incapacité à évaluer réellement la valeur d’une éducation. Je vous propose ici le passage concernant les neurosciences et l’intelligence artificielle tout en vous invitant à lire l’entier de cet entretien.
On nous promet pourtant avec les neurosciences et avec l’intelligence artificielle de spectaculaires progrès dans les apprentissages. Qu’en pensez-vous ?
Les neurosciences nous permettent certes de mieux comprendre comment fonctionnent le cerveau et la mécanique de la mémoire à long terme, par exemple. Elles décrivent comment certaines zones du cerveau peuvent être stimulées par une expérience esthétique, par les émotions, etc. C’est utile pour comprendre le phénomène de certaines formes d’apprentissage et la cognition de façon générale, mais ce n’est pas de la pédagogie.
Entre autres interrogations soulevées par le recours aux neurosciences en éducation se trouvent l’idée de traiter l’individu et son action quotidienne – inscrits dans le corps, avec un bagage socioculturel particulier, des repères singuliers, dans des circonstances dynamiques – en fonction de l’activité cérébrale. La promesse des neurosciences de surmonter les limites biologiques et environnementales revient essentiellement à programmer le cerveau des élèves pour atteindre des cibles optimales. Mais les enfants et les jeunes ne sont pas programmables (c’est vrai des humains en général), ils ne sont pas statiques, leur vie ne se résume pas à des chaines cause-effet linéaires, n’en déplaise aux skinnériens de ce monde. N’importe quel enseignant qui œuvre dans une classe de 25 «cerveaux» bien distincts pourra dire combien il importe d’agir en fonction de la complexité humaine qui s’y trouve et des dynamiques variées que cela génère. Cigman et Davis (2009), notamment, soulignent combien le recours aux neurosciences comme solution aux expériences scolaires moins qu’optimales place en péril le sens que l’on donne à l’éducation, la quête du sens de la vie et l’essence de l’existence même.
En ce qui concerne l’intelligence artificielle, même lorsqu’elle «apprend», elle est incapable de jugement qui tient compte de cette complexité dont nous parlons. Les écrits de Cathy O’Neil à ce sujet sont très révélateurs. Les algorithmes ne produisent pas de jugements moraux, par exemple, et peinent à s’adapter à la complexité et aux vides de leur programmation lorsqu’une variable inconnue s’ajoute à la situation dans laquelle ils «agissent». Je dirais que l’intelligence artificielle ne peut pas à moyen ou même à long terme remplacer l’intelligence humaine, son dynamisme, ses dimensions critiques et morales qui font qu’un enseignant arrive à accompagner ses élèves de façon véritablement éducative.
Ce dispositif, organisé pour la sixième année consécutive, associe le CLEMI à Wikimédia France pour proposer aux lycéens et lycéennes de contribuer à Wikipédia (création d’articles et enrichissement de contenus existants).
Le projet s’inscrit dans une démarche d’éducation aux médias et à l’information (EMI) ainsi que d’éducation au numérique. L’écriture collaborative est au centre du travail et mobilise des compétences essentielles telles que savoir chercher, savoir organiser, savoir vérifier, savoir publier.
Deux modalités de contribution sont proposées :
Améliorer un article existant considéré comme à l’état d’ébauche ;
Créer un article, en ayant vérifié sa pertinence encyclopédique.