Les Moyen Âge de Game of Thrones | Cahiers de recherches médiévales et humanistes

Florian Besson, Catherine Kikuchi et Cécile Troadec nous offrent un très intéressant article relativement à la grande saga de George R.R. Martin, A Song of Ice and Fire, et sa célèbre adaptation en série télé, Game of Thrones. Au vu du succès rencontrés par cette saga, cette article intéressera tout enseignant en charge d’un enseignement du Moyen Age.

Là où tous les critiques soulignent le « réalisme » de ces cycles, les auteurs de cet article se demandent quel est ce réel représente et réimaginé : de quel Moyen Age parle-t-on ? Les auteurs s’intéressent de près  au monde crée par Martin, pour se demander quels éléments sont retenus ou laisses de côté, places au cœur de l’intrigue ou en marge de l’histoire, ce qui conduit aussi à s’interroger sur ce que cela nous dit des représentations contemporaines du Moyen Age.

Comme les auteurs l’indiquent en introduction à leur article :

il s’agit de comprendre ce qui se passe quand on parle de Moyen Âge dans un cycle littéraire et télévisuel. Si les critiques, on l’a dit, sont souvent prompts à souligner avec enthousiasme le réalisme de l’œuvre de Martin, c’est le réel de référence qu’il s’agit dès lors d’interroger. Car, alors que les critiques parlent sans cesse d’une série qui s’inspire du Moyen Âge, pensé comme une période unifiée, les médiévistes au contraire parlent de périodes et de lieux différenciés, bref, de plusieurs Moyen Âge. […] Il s’agit dès lors d’interroger le réalisme de l’œuvre, non pas pour se demander si elle est réaliste, mais pour se demander à quel réel on renvoie, autrement dit pour déconstruire le rapport au Moyen Âge historique de l’univers créé par George R. R. Martin, le tout pour comprendre, peut-être, ce que cela nous apprend sur la façon dont aujourd’hui le Moyen Âge est perçu et compris, au-delà des cercles universitaires.

Par ailleurs, pour bien souligner l’importance pour des historiens de s’attacher à l’oeuvre de George R. R. Martin, les auteurs rappellent

que les livres de Martin se vendent à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires, ce qui est, est-il besoin de le souligner, bien plus que n’importe quel livre d’historien. À bien des égards, le Moyen Âge de Martin l’emporte sur celui des historiens – notamment chez les étudiants, et les auteurs de cet article, tous trois chargés de TD à l’université, s’en rendent bien compte.

A ce titre, l’enseignant d’histoire du secondaire se retrouve également dans une position semblable lorsqu’il aborde le Moyen Age avec ses élèves.

Après cette introduction, l’article de Florian Besson, Catherine Kikuchi et Cécile Troadec s’articulent en trois temps. En premier lieu, les auteurs portent leur attention sur les pouvoirs représentés dans la série, car le monde imaginaire de Martin met en scène des personnages qui interagissent, le plus souvent sur le mode de la compétition ou du conflit. Dans un deuxième temps, c’est le monde construit et extrêmement spatialisé du récit qui amène nos auteurs à l’étude des territoires. Enfin, ce monde est doté d’une histoire propre, qui participe puissamment de l’effet de réel mais suscite également des questionnements et est révélatrice de la manière dont le Moyen Âge est perçu et utilisé, d’où un dernier temps centré sur les histoires.

En conclusion de leur passionnante enquête, les auteurs relèvent qu’une partie de la raison du succès de la série réside dans le fait qu’elle offre au lecteur/spectateur plusieurs Moyen Âge et que chacun y reconnaît le sien. Ils le qualifie ainsi de Moyen Âge kaléidoscope, fusion de diverses temporalités et concentré, au sens chimique, de Moyen Âge.

Cependant,

Cette fusion de strates temporelles, qui n’est pas sans présenter parfois de véritables contradictions, doit être expliquée et analysée : à l’heure où une grande majorité du public, et notamment des étudiants, découvrent le Moyen Âge à travers Game of Thrones, le risque est que cette fusion devienne confusion.

Par ailleurs, l’article relève LE grand absent dans ce tableau : l’absence de l’Eglise et du clergé à Westeros alors que le médiéviste se doit de

rappeler leur rôle absolument fondamental dans l’histoire de l’Occident médiéval, au cœur de la production culturelle, de la structuration sociale, et de la vie politique, et faire comprendre que le Moyen Âge se joue au moins autant sur les champs des batailles que dans les grands monastères, et que les manuscrits enluminés en sont un symbole à part entière, au même titre que l’épée.

De plus,

là où Martin plaque souvent des réalités sociales contemporaines sur des structures politiques médiévales, il faut rappeler la grande altérité, anthropologiquement parlant, du monde médiéval.

Et, au final, les auteurs nous invitent à

refuser la tentation, très présente dans cette série, de penser le Moyen Âge comme un bloc, en en niant la diversité et les évolutions, notamment sociales et économiques. Impossible, aujourd’hui moins que jamais, de parler « du » Moyen Âge : s’il y a bien des cohérences et des continuités dans cette période, qui se prolongent d’ailleurs au-delà de la date limite de 1492 et autorisent à parler d’un « long Moyen Âge », reste que les différences entre les siècles sont nombreuses. Poser le Moyen Âge comme une unité relève moins de l’enquête scientifique que du fantasme, celui d’un monde socialement figé, économiquement replié, géographiquement clos.

Dès lors, en partant de l’univers de nos élèves ou de nos étudiants construits notamment à l’aide de l’Historie fantasy et plus particulièrement de Game of Thrones, il faut les amener à mener l’enquête pour réintroduire une « époque riche et complexe, tissée d’évolutions nombreuses qui se répondent les unes aux autres », « déjà ouverte sur le monde, et en étroite connexion avec les autres espaces ». En fait, il faut toujours combattre cette vieille antienne d’un Moyen Âge conçu comme une parenthèse que viendraient fermer les Grandes Découvertes ou un moment où l’histoire allait moins vite qu’aujourd’hui.

L’article : Florian Besson, Catherine Kikuchi et Cécile Troadec, « Les Moyen Âge de Game of thrones », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [En ligne], 28 | 2014, mis en ligne le 31 décembre 2017, consulté le 31 décembre 2017. URL : http://journals.openedition.org/crm/13765 ; DOI : 10.4000/crm.13765

Le lecteur pourra également prolonger sa lecture sur un autre aspect fort présent dans la série : le climat. Ainsi,  le climat tel que décrit dans la série ainsi que dans les livres est-il plausible ? Et quels sont les facteurs permettant à la terre parallèle créée par George R. Martin de connaître de telles saisons ? Des scientifiques de  l’université de Bristol, de Cardiff et de Southampton en Angleterre se sont penchés sur la question de manière tout à fait érudite et argumentée. Mais, ils n’ont pas laissé pour autant leur humour au vestiaire: leur article collectif est signé de l’un des personnages de la série Samwell Tarly domicilié dans la citadelle de Westeros… Lire la suite : Comment expliquer le climat de Game Of Thrones ? | Sciences & Avenir (27.12.2017)

Les Harlem Hellfighters : les héros malmenés de la Grande Guerre

L’épopée des soldats noirs américains lors de la Première Guerre mondiale, racontée par un livre d’histoire, un documentaire et une bande dessinée.

La Première Guerre mondiale fut sans nulle doute celle qui fit le plus grand nombre de victimes avec près de vingt millions de morts pour les nations engagées. Tandis que les corps s’amoncelaient dans les tranchées françaises, le président américain Woodrow Wilson avait fait du « non engagement » des États-Unis, une promesse électorale. Gage sur lequel il devait revenir rapidement une fois réélu. Le 6 avril 1917, les Américains s’engagent aux côtés des Alliés. Ce que les livres d’histoire ne racontent pas, ce sont les faits d’armes des soldats noirs américains qui participèrent à ce conflit armé afin de prouver qu’ils étaient des citoyens américains comme les autres, motivés par l’espoir que leur gouvernement leur apporterait reconnaissance et gratitude à l’issue de la guerre. C’est cette page oubliée de l’Histoire que nous relate le journaliste Thomas Saintourens avec Les Poilus de Harlem que nous rapprocherons du film documentaire de François Reinhardt, La Grande Guerre des Harlem Hellfighters, diffusé sur France Ô le 13 décembre 2017 et de la bande dessinée de l’américain Max Brooks, Les Harlem Hellfighters, illustrée par Caanan White, paru aux éditions Pierre de Taillac en 2017.

Lire l’article : Les Harlem Hellfighters : les héros malmenés de la Grande Guerre

Massacre de Tiananmen: au moins 10 000 morts, selon une archive britannique

Le massacre de Tiananmen à Pékin a fait au moins 10 000 morts, selon une archive britannique qui vient d’être rendue publique et livre un récit cauchemardesque de l’écrasement des manifestations pour la démocratie par l’armée chinoise en 1989.

Le régime chinois, qui impose un tabou sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des «émeutes contre-révolutionnaires» avait fait 200 morts chez les civils et «plusieurs dizaines» du côté des forces de l’ordre.

Lire l’article : http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/201712/23/01-5148187-massacre-de-tiananmen-au-moins-10-000-morts-selon-une-archive.php

Crédit image : Archives Reuters

Les cartes de connaissance du cerveau à l’écran | Le Café Pédagogique

Mind mapping, schéma heuristiques, cartes mentales, cartes conceptuelles, schéma conceptuels, concept map etc.… autant de dénominations qui recouvrent finalement une idée simple mais qui peut se traduire par des objets et des pratiques différentes. Dans les classes ces outils deviennent de plus en plus quotidiens, même si les uns et les autres n’en mesurent pas forcément les logiques, l’intérêt et les limites. L’idée simple, on peut la résumer en parlant de schématisation ou de représentation visuelle d’un objet, d’une situation… compliquées voire complexes. La notion sous-jacente est liée au travail d’un psychologue qui fut proche des théories de Piaget, David Ausubel (dans les années 1960). Les auteurs les plus connus sur ces questions sont J. Novak et T. Buzan. Si ce dernier est plus médiatisé du fait de son activité liée à une démarche commerciale, le premier est un chercheur qui, dès la fin des années 1970 a posé les bases de cette forme de modélisation, de représentation. Il nous faut cependant remonter à la notion de schéma ou plus simplement de représentation « imagée » de la réalité. Le schéma est une traduction de la réalité sous une forme graphique. A ce titre, il transforme la réalité pour la rendre différemment accessible que par l’observation directe. Cette forme supplée à l’absence de l’objet, mais aussi à la difficulté de comprendre un objet en n’en percevant que la partie externe.

Lire la suite de l’excellent billet de Bruno Devauchelle sur le Café Pédagogique : Les cartes de connaissance du cerveau à l’écran

Image : Pixabay

« Quelle Histoire ! » Une application du Musée des Beaux-Arts de Montréal réalisée avec Ubisoft et destinée aux élèves

Le 15 novembre 2017, le Musée des beaux-arts de Montréal a lancé Quelle Histoire! Une application interactive pour tablette numérique, destinée aux élèves du secondaire. Grâce à l’aide financière d’Ubisoft Montréal et conçu et produit par le MBAM, les groupes scolaires auront l’occasion de parcourir le musée d’une manière originale et interactive.

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Ce nouvel outil d’apprentissage pluridisciplinaire propose aux élèves de découvrir la collection d’art québécois et canadien du pavillon Claire et Marc Bourgie du MBAM, et d’explorer des époques et des réalités culturelles diverses à travers des oeuvres d’art. Ce virage numérique pour le Musée a déjà été amorcé avec le lancement de sa plateforme educart.ca1 en septembre dernier pour rendre sa vaste collection d’art accessible au plus grand nombre.

Partenariat avec Ubisoft

Ce partenariat entre le Musée et Ubisoft Montréal s’inscrit dans le programme Ubisoft Codex, qui a pour objectif d’éveiller la jeunesse, et de développer leur curiosité d’apprendre par le jeu. Avec le MBAM, Ubisoft Codex compte désormais 20 partenaires en éducation et 17 initiatives pour soutenir la persévérance scolaire à tous les niveaux.

L’application Quelle Histoire !

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L’application Quelle Histoire! convie les élèves de toutes les classes du secondaire à un voyage dans le temps à la découverte de la collection d’art québécois, et canadien. Les élèves sont divisés par groupe de deux, et avancent à leur rythme tout au long du parcours. En suivant le fil de l’histoire et en explorant les cultures de diverses époques, les élèves peuvent apprécier les oeuvres par le biais de questions d’observation, de réflexions et de déductions. 

Conjuguant une approche artistique, technologique, sociale et historique, les contenus pluridisciplinaires s’arriment au Programme de formation de l’école québécoise. Un croisement entre l’évolution de l’art et de la société permet à l’élève de situer, par exemple, l’époque des rencontres entre Autochtones et colonisateurs, la vie de leurs ancêtres à l’aube de l’industrialisation, la formation des artistes, le développement de la métropole, la modernité dans l’art, les revendications des artistes au temps des manifestes, etc.

L’application a été inspiré par un projet de recherche sur la médiation numérique mené par Marie-Claude Larouche, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

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L’article : Le Musée des Beaux-Arts de Montréal lance avec Ubisoft une nouvelle application destinée aux groupes scolaires

  1. Concernant Educart, vous pouvez lire l’article du CLIC France. ↩

Sortir du Cloud… et d’Evernote avec DEVONthink et MacJournal

Après les appareils photos ou les motos, l’ère du Vintage pourrait bien débouler sur nos MacBooks ou nos iPads. Pour le plus grand bien de la protection de nos données.

Le Cloud s’est imposé. Il permet de synchroniser en temps réel et sans se préoccuper de la manoeuvre nos données entre nos ordinateurs, nos tablettes et nos téléphones portables. Certes… Mais cela aux dépens de la maîtrise personnelle de nos données. La fin de la neutralité du net aux Etats-Unis est le dernier avatar en date des dangers qui nous guettent au coin du Cloud (Les Etats-Unis abrogent la neutralité du Net, un principe fondateur d’Internet | Le Monde, 14.12.2017).
Ce n’est donc probablement pas par hasard si un logiciel comme NoteTaker longtemps en déshérence renaît gentiment de ses cendres et que ses géniteurs bûchent actuellement sur une nouvelle version, la numéro 4. près une longue léthargie, le site dédié a été réactivé et quatre billets de blogs ont été publiés depuis septembre 2017.
NoteTaker est un carnet de note collaboratif qui synchronisait ses données entre appareils via le même réseau ou entre utilisateurs via des serveurs locaux. La version réseau, NoteShare, avait été introduite en 2006.

Comme le note, un billet récent publié sur le site du développeur (A very brief history of sharing notebooks) :
« As its name implies, NoteShare was and still is about sharing notebooks for collaborative work.  Encouraged by Doug Snow at Apple and other passionate NoteTaker users, we imagined NoteShare as a simple yet elegant solution for sharing and working on notebooks across LANs and other ad-hoc wireless networks. In the process of launching and refining NoteShare, we learned a lot about networking and provisioning 24/7 access to notebooks which eventually resulted in the development of a dedicated notebook server solution launched as NoteShare Server.  At the time, we were intensely focused on serving the needs of schools, research teams and workgroups that found real productivity in offering dedicated notebook sharing for campus LANs. Over time though, the cloud-based storage services emerged and became the default choice for maintaining synchronized documents and files across multiple user devices. Collaboration went from real-time interaction to asynchronous workflows and then distributed synchronization of documents across mobile devices. »

Mais après dix ans d’iPhone et de partage sur le Cloud (iCloud, Google Drive, Box, DropBox and Microsoft’s OneDrive), les concepteurs de NoteTaker en sont revenus à l’idée de base que les utilisateurs veulent à nouveau maîtriser la synchronisation de leurs données sur leurs différents appareils. La nouvelle version de NoteTaker 4 et de NoteShare 4, « will seamlessly support iCloud Drive synchronization.  We will always support our own sharing technology for collaborating and editing notebooks in real-time but now MacOS desktop users will have even more control of their notebooks and their workflows.  It’s true, old software dogs like us can learn new tricks especially when they’re obvious ».

Cette version 4 est prévue pour la fin de cette année. A suivre donc…

L’ère du logiciel vintage approcherait donc pour le plus grand bénéfice de la sécurité de nos données. D’ailleurs NoteTaker n’est pas le seul en son genre. Deux autres logiciels au moins sur OS X et iOS permettent de collecter des données, de les conserver et de les échanger entre nos différents appareils tout en nous permettant de garder, si on le souhaite, la maîtrise du processus et en nous offrant une transparence bienvenue en la matière : DEVONthink et MacJournal.
Des deux, MacJournal offre certainement l’expérience la plus vintage. En effet, son interface n’a guère évolué ces dernières années et sa dernière mise à jour (mineure) remonte à plus d’une année sur OS X et à six mois sur iOS. Il est cependant fort complet et permet très facilement de synchroniser ses carnets via le réseau wifi domestique (n’hésitez pas à relire mon billet de 2014 Écrire avec son iPad : les «complets»). Il est très rapide sur iOS comme sur OS X. A ce titre, il est tout à fait adéquat pour une prise de note sur iPhone (et plus particulièrement les moins récents). Il permet également très facilement de publier sur ses blogs WordPress (ainsi que sur d’autre plateformes). C’est la version remasterisée à la mode Scrambler de ma BMW 1150 R :
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Restés classique sous OS X, DEVONthink a lui plus évolué au niveau de sa version pour iOS et supporte même le glisser/déposé sur l’iPAD. C’est la version Nine T Scrambler de BMW :
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Dans les deux cas, si vous souhaiter retrouver plus de maîtrise et de transparence dans la synchronisation de vos données entre vos Mac et vos iPad, vous en aurez pour votre argent. Personnellement, je suis particulièrement, et à nouveau, bluffé par la rapidité de MacJournal sur mon iPad ainsi que ses différents modes de navigations pour retrouver mes notes (par journal, par timeline, par calendrier, par tags ou par recherche interne). Dans ce domaine, Evernote, comme OneNote d’ailleurs, pourrait largement en prendre de la graine.

L’immigration en terre vaudoise | Revue historique vaudoise no 125

Le 125e numéro de la Revue historique vaudoise consacre son dossier spécial à l’histoire de l’immigration en terre vaudoise.

Ce dossier spécial expose dans toute sa diversité l’histoire de l’immigration dans le canton de Vaud et en Suisse romande. Réunissant une dizaine d’auteurs issus autant du monde académique que de la société civile ou de l’immigration, ce numéro offre des contributions originales et inédites sur l’histoire de plusieurs vagues migratoires jusqu’alors peu étudiées, à l’exemple de la migration fribourgeoise sur les rives du Léman, le souvenir du Refuge huguenot dans de nombreuses familles vaudoises, l’histoire des associations italiennes à Lausanne ou encore la représentation des travailleurs saisonniers par la Télévision Suisse Romande dans les années 1970 et 1980.
Cette livraison de la RHV s’intéresse non seulement à l’histoire de plusieurs communautés étrangères, mais aussi à la mémoire de l’immigration à travers le récit de plusieurs auteurs eux-mêmes issus de la migration.
Ainsi, ce numéro de la Revue historique vaudoise allie recherche historique et questionnements sur un thème d’actualité.

À lire également dans ce numéro:

Les Helvètes en marche: confrontation de sources.
Réforme observante et emprise territoriale: l’éphémère implantation du Tiers-Ordre régulier de Saint-François à Savigny, diocèse de Lausanne, 1491-1531.
Comptes rendus des ouvrages d’histoire vaudoise et romande publiés de 2015 à 2017 (30 titres).

Table des matières du dossier « immigration »

Éditorial (David Auberson): Migrants d’hier et d’aujourd’hui

Gypsiers, tonneliers, charpentiers et domestiques: l’immigration à Aubonne durant le XIXe siècle (Laurence Marti)
L’implantation fribourgeoise en terre vaudoise: le cas des verriers de Semsales transférés à Saint-Prex (1914-1948) (Georges Andrey)
Alexandra Tegleva (1883-1955), une femme dans l’ombre (Irina Ivanova)
L’immigration italienne dans le canton de Vaud, entre constantes et mutations (1950-2017) (Marina Marengo)
Les associations italiennes à Lausanne: une géographie en mouvement entre mémoire et avenir (Angela Alaimo)
Paroles de travailleurs étrangers à la Télévision Suisse romande (1960-1986) (Diolinda Hajda)

Cahier Hélène Tobler
Entre guerre et asile: des réfugiés de l’ex-Yougoslavie sous l’objectif d’Hélène Tobler (Joëlle Bonard)

Mémoire·s de l’immigration
La mémoire de l’origine: familles vaudoises, immigration et identité huguenote (Jean-Pierre Bastian)
Un musée comme lieu de mémoire de l’immigration (Ernesto Ricou)
Le récit des origines (Madeleine Knecht-Zimmerman)

Héroïnes de la Révolution : une anthologie – Littérature et Révolution

Une très chouette initiative de ce carnet de recherche de nous présenter des ouvrages au sein desquels l’histoire des femmes pendant la Révolution occupent une place significative.

 1. Les femmes du 14 juillet

Et si le temps a gardé trace de centaines d’hommes, des femmes, en revanche, il ne nous reste que quelques noms: Marie Choquier, Catherine Pochetat, Marie Charpentier et Pauline Léon. Le fleuve s’arrête là; il entre dans le sable. Et si les femmes sont si mal servies par nos mémoires, si leurs noms de familles ont disparu, si leur adresse, leur date et leur lieu de naissance ne nous sont point parvenus, il nous reste du moins les prénoms du temps. Elles s’appellent Thérèse ou bien Marie-Thérèse, Louise ou bien Marie-Louise, Catherine ou Marie-Catherine, Jeanne ou Marie-Jeanne, Anne ou Marie-Anne, car il y a des milliers de Marie dans cette foule du 14 juillet et des milliers de Jeanne, mais il y a aussi Geneviève, Élisabeth, Madeleine, Françoise, Gabrielle, Julienne et Marguerite, oui, elles sont toutes là, elles donnent le bras à Bock et aux deux Bocquet, à celui de Venarrey comme à celui de Dompierre. Avec Melot, elles partagent une pomme, avec Barrot, elles échangent une plaisanterie, avec La Vèze et Bournillet, un sourire. Mais on les appelle encore du nom de leur mari, femme Garnier, femme Lorion, femme Gerveau, femme Lambert, femme Blanchet, femme Jutot qui bat le linge, femme Cotin, qui picole au cabaret, femme Beaudra qui essore ses torchons, femme Quinquet qui souffle sa bougie, femme Titus qui torche son gamin, femme Navet derrière son comptoir et femme Bassin devant son lavoir. Et puis ces femmes ont des métiers; elles sont étalantes sur les trottoirs, couturières, ouvrières, polisseuses, loueuses de chaises, crieuses de vieux chapeaux, vendeuses de marée, marchandes de cannes, marchandes de fruits, marchandes d’épingles, marchandes de cierges, marchandes de crêtes de coq, marchandes de tout.

Éric Vuillard, 14 juillet, Actes Sud, 2016.

Pour les autres livres et héroïnes de la Révolution : Héroïnes de la Révolution : une anthologie – Littérature et Révolution

Image à la une: Louis Lafitte (dessinateur) et Salvatore Tresca (graveur), Frimaire, Paris, chez l’Auteur, vers 1797-1798, détail. Sur Gallica.