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Publication : Prendre les nazis au sérieux

La loi du sang: Penser et agir en nazi de Johann Chapoutot

Face à l’horreur des crimes du IIIe Reich, un réflexe a dominé pendant de longues années dans le sens commun comme dans une partie de la littérature scientifique: rejeter le national-socialisme vers la déviance, la perversion ou l’irrationalité. Cela passait, pour les hiérarques du régime, par une peinture grotesque de leurs tares, une psychologisation tendancielle, qui se retrouve sous une forme populaire et réussie chez un Robert Merle ou un Dino Buzzati (dans la nouvelle Pauvre petit garçon!), mais qui contribue à dépolitiser les parcours de ces hommes. Du point de vue de la pensée nazie, l’anathème est restée presque entière: «pensée nazie» reste, encore aujourd’hui, un oxymore. Or, sans chercher le moins du monde à normaliser le nazisme, ce rejet dans la déviance n’aide pas à comprendre ce phénomène qui a conduit à la mort de millions de personnes. Les nationaux-socialistes, quand ils commirent leurs crimes, utilisaient un répertoire théorique censé justifier leurs actes, toute une série de «discours normatifs». Il est confortable de se dire que le IIIe Reich était une barbarie pure; il est plus intéressant, quoique moins rassurant, de comprendre qu’il existait une véritable «conception du monde» nazie, qui justifiait et assumait le crime. C’est à disséquer cette «conception du monde» que s’est employé l’historien Johann … Lire la suite


Je note :

«Le parti-pris méthodologique de l’ouvrage peut surprendre. En effet, il s’agit d’une plongée totale dans le logos nazi. Il y a d’abord peu de références à l’historiographie: l’ouvrage est tourné vers les sources, leur exposition, leur mise en cohérence, voire en système. Les citations sont, de ce fait, très nombreuses, et donnent au public français un accès bienvenu à des textes qui sortent des sentiers souvent bien rebattus des auteurs les plus cités – Hitler le premier. Plus surprenant, une bonne partie de l’ouvrage est écrit au discours indirect libre. La visée est claire: proposer une compréhension immersive de la normativité nazie. On retrouve cette démarche dans le sous-titre même du livre: «Penser et agir en nazi».»

via Slate.fr : http://ift.tt/1CBdveE

Mort d'André Brink, le «Camus» sud-africain en rupture d'apartheid | Rue89

«Toute l’œuvre d’André Brink est marquée par cette quête de vérité de personnages blancs plongés au cœur de l’injustice extrême que représentait l’apartheid – un thème très « camusien ».

Il appartient à cette génération, avec Nadine Gordimer, le prix Nobel de littérature décédée en juillet 2014, qui a fait de l’apartheid le thème central de leur œuvre littéraire.

Contrairement à Gordimer, qui était anglophone, André Brink était issu d’une famille afrikaner, c’est-à-dire descendante des « Boers » néerlandais qui ont pris le pouvoir en 1948 et ont imposé l’apartheid.

Il était en rupture avec sa communauté, considéré comme un « traître » au même titre qu’un Breyten Breytenbach, son ami, lui aussi passé par la France et plus tard emprisonné pour son action clandestine. Ensemble, ils avaient fondé un mouvement littéraire, les « Sestigers », ceux des années 60, rompant avec l’establishment afrikaans pro-apartheid.»

Bel hommage de Rue89 :  http://ift.tt/18X2Eze

Il achète 31 pellicules photos aux enchères et découvre un trésor au développement

Le photographe Levi Bettweiser parcoure la planète à la recherche de photographies perdues ou pas encore développées. Oui cela existe et pour son projet Rescued Film Project, il a récemment acheté pas moins de 31 pellicules photo non développées dans une vente aux enchères dans l’Ohio l’an dernier. Il ne savait pas trop ce qu’il allait y trouver ni dans quel état allaient être les clichés.

Bettweiser a eu la surprise de sa vie en développant les films qui étaient parfaitement conservés et qui dataient de la seconde guerre mondiale. Ces pellicules appartenaient à un soldat (inconnu) qui les a toutes étiquetées (Boston Harbor, Lucky Strike Beach, France, etc). Un trésor en soi. Voyez la vidéo du « Rescued Film Project » ci-dessous et quelques unes des photos noir et blanc tirées des 31 rouleaux :

[vimeo http://vimeo.com/116735360]

La découverte de cet outil préhistorique remet en cause l'évolution humaine

Des chercheurs de l’Université de Montréal ont découvert en juin 2014, un outil en os taillé par l’homme, sur le site archéologique de la grotte du Bison, en Bourgogne, rapportait ce vendredi Radio Canada. Il daterait de l’époque néandertalienne, soit il y a plus de 55.000 ans. Ses fonctions étaient multiples puisqu’il servait à dépecer le gibier et en extraire la moelle, mais aussi à affûter des outils de pierre. Fabriqué à partir d’un fémur gauche de renne adulte, il était également utilisé comme grattoir explique le communiqué publié mercredi par l’Université de Montréal. 

outil en os

« C’est la première fois qu’un outil multifonctionnel est découvert à cette époque. Ceci prouve que les néandertaliens étaient capables de comprendre les propriétés mécaniques de l’os, ce qui était, jusqu’alors, attribué à notre espèce, les Homos sapiens » affirme Luc Doyon, du département anthropologique à l’Université de Montréal.

Source : La découverte de cet outil préhistorique remet en cause lévolution humaine.

"Charlie Hebdo" : "Le crayon guidant le peuple", décryptage d'une photo

« Le Triomphe de la République. » C’est le nom de la statue qui domine la place de la Nation, à Paris. C’est aussi le titre qu’on est tenté de donner, par métonymie, à cette photo prise à la fin de la Marche républicaine du 11 janvier par Martin Argyroglo, jeune photographe indépendant dont l’image fait le tour du monde… et la couverture de « l’Obs », en kiosque ce mercredi.

Cette scène visuellement grandiose, certains internautes l’appellent « Le crayon guidant le peuple », parce que l’image – avec d’autres – évoque irrésistiblement Delacroix. Le photographe, lui, se garde de l’emphase et des élans patriotiques : il a intitulé son cliché « Nation », simplement « puisque c’est là qu’il a été réalisé. »

Décryptage :  « Charlie Hebdo » : « Le crayon guidant le peuple », décryptage d’une photo culte – L’Obs.

Parution : La Suisse face à l’espionnage, 1914-1918

Christophe Vuilleumier: La Suisse face à l’espionnage, 1914-1918, Genève 2014. Publiée aux Éditions Slatkine.

Présentation du livre par l’éditeur
La Première Guerre mondiale ne se déroula pas uniquement sur les champs de bataille. Elle se développa, de manière insidieuse, dans les pays neutres, sous des formes moins sanglantes mais tout autant efficaces. La Suisse, à proximité immédiate des pays en guerre, parfois à quelques centaines de mètres des affrontements, allait être un terrain particulièrement propice pour l’espionnage. Allemands, Français, Anglais, Autrichiens, Turcs, tous développèrent des réseaux de renseignements sur le territoire helvétique, organisant à certaines occasions des opérations militaires entre Zurich et Genève.

Industriels suisses impliqués dans l’économie de guerre, tel Jules Bloch dont le train cheminait sans cesse de Bienne à Genève, chargé de fusées d’obus, Nachrichtenoffizier, comme Hans Shreck, chef du contre-espionnage allemand qui allait être arrêté par la police fédérale avant d’être exfiltré de la clinique dans laquelle il était interné, ou simples agents recrutés parmi la population locale, les espions allaient devenir une hantise dont les Suisses conservent un vague souvenir sans pourtant se rappeler les événements qui défrayèrent les chroniques cinq années durant.

Christophe Vuilleumier est un historien suisse. Indépendant, il publie ses travaux en Suisse et à l’étranger. On lui doit plusieurs contributions sur l’histoire helvétique du XVIIe siècle et du XXe siècle, dont certaines sont devenues des références. Docteur ès Lettres, il est président de la Société d’histoire de la Suisse romande et membre de plusieurs comités de sociétés savantes.

Commander le livre sur le site de l’éditeur : http://www.slatkine.com/fr/editions-slatkine/69044-book-07210646-9782832106464.html

Controverse sur les causes de la Grande Guerre | Historiens et Géographes

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L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) nous propose sur son site une analyse critique du livre de Christopher Clark (2014). Les Somnambules. Paris: Flammarion. Ce livre de l’historien australien qui enseigne à Londres a été réédité 11 fois en Allemagne en 6 mois. Ses conférences sont très suivies.

L’historien Gerd Krumeich, Professeur émérite à l’université de Düsseldorff, a accepté que la revue « Historiens et Géographes » de l’APHG publie dans sa version numérique son article critique qui est paru dans la revue pédagogique pour les enseignants allemands « Geschichte für heute » en mars 2014.

Gerd Krumeich a publié en 2013 un livre « Juli1914, Eine Bilanz » en réponse aux thèses de Clark qui atténue les responsabilités allemandes dans le conflit charge les Serbes, les Russes et les Français. En octobre 2014, son dernier ouvrage « Le feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ? » souligne au contraire les responsabilités allemandes dans le déclenchement du conflit.

La littérature sur les responsabilités de la Première Guerre mondiale a encore de belles années devant elles ! De remettre l’accent sur la responsabilité allemande ne peut qu’avoir les faveurs d’une revue française… même si dans le fond cela est un débat vain, relié principalement au Traité de Versailles, c’est-à-dire le traitement des vaincus par les vainqueurs.

Il est en outre réducteur de traiter l’ouvrage de Clarke sous le seul angle des responsabilités. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, il tente notamment de répondre en autant de chapitre à quatre questions : comment s’est produite la polarisation de l’Europe en deux blocs alliance entre 1897 et 1907? comment les gouvernements d’Etats européens élaboraient-ils leur politique étrangère (les voix multiples de la politique étrangère européennes) ? comment les Balkans en sont-ils venus à être le théâtre d’une crise d’une telle complexité (l’imbroglio des Balkans ) ? comment un système international qui semblait entrer dans une ère de détente a-t-il engendré une guerre mondiale (la détente et les dangers de la période 1912-1914) ?

L’article d’Historiens et Géographes : Controverse sur les causes de la Grande Guerre

Mon compte-rendu de l’ouvrage de Christopher Clarke : Compte-rendu : Les Somnambules de Christopher Clarke

Retrouver 14-18 : cent ans de cinéma vus par Laurent Véray | Slate.fr

Il s’agit du troisième volet d’un grand entretien de Slate (et Non-fiction.fr) avec Laurent Véray, professeur d’études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Paris III, portant sur le cinéma «de» et «sur» la Grande Guerre.

Infanterie australienne équipée de masques à gaz / Frank Hurley via Wikimedia (domaine public)

L’époque de la Grande Guerre a été l’occasion de la mise en place d’un modèle du «film de guerre», d’un dispositif cinématographique pérenne qu’on retrouve jusque dans la production contemporaine. Sur le fond aussi, 14-18 constitue un objet cinématographique récurrent, souvent retravaillé, notamment dans les deux dernières décennies. Au-delà de ces continuités, quelles sont les grandes ruptures de cette histoire des films «sur» 14-18, après les films «de» 14-18?

Laurent Véray – Sur le temps long, on observe effectivement un grand écart entre les films sur 14-18 réalisés sur le moment et postérieurement. Les éléments psychologiques –la difficulté du retour, la peur, l’angoisse des soldats au combat– se développent après la guerre, puisque pendant le conflit, les personnages sont dans des postures héroïques plus conformes aux ambitions patriotiques de la plupart des films de cette époque, dans lesquels mourir est presque un honneur très vite récompensé. Et plus généralement, tandis que les films du début du XXe siècle tendaient à glorifier la mort, les films plus récents font souvent des héros des victimes. Les soldats sont des hommes brisés, anéantis par la guerre, ce sont des personnages mutilés, traumatisés, qui perdent leur virilité.

Sur des séries telles Apocalypse à la question

Si la mise en série des archives, nécessairement fragmentaires, relève d’une forme de manipulation destinée, a minima, à faciliter le récit, quel usage peut-on faire de l’image d’archive pour en exploiter sans le tordre le potentiel d’informations historiques?

La réponse de Laurent Véray:

Il n’y a pas une seule pratique valable, et c’est cela qui, justement, va à l’encontre des séries comme Apocalypse: il n’y a pas qu’un seul mode de récit de l’histoire. Les formes du récit varient en fonction de la nature même du support et du mode de représentation que l’on utilise, mais aussi de nos sensibilités, de nos perceptions respectives, de notre culture, et de notre idéologie éventuellement. Il n’y a pas une vérité historique, mais un ensemble de travaux historiques sur une période donnée. Et on sait bien que des mêmes sources peuvent donner lieu à des analyses divergentes. Je pense qu’il faut défendre une richesse de représentations, de créations et de disparités d’usages possibles, qui peut aller de formes très classiques, comme les grands récits rétrospectifs, jusqu’à des formes expérimentales. Certains artistes s’emparent de matériaux historiques, fixes ou animés, et font des performances, des installations, etc. A mi-chemin, des films ni expérimentaux, ni trop classiques choisissent un dispositif adapté en fonction des sources utilisées, qui correspond aussi à une hypothèse de travail, en s’éloignant de la prétention à vouloir tout raconter. Finalement, c’est l’idée selon laquelle on peut tout dire, tout montrer –cette vision totalisante de l’histoire– que je trouve effrayante. Dans l’analyse des causes et des conséquences en histoire, on se rend bien compte que les choses ne sont jamais simples et qu’il est illusoire de croire qu’on pourrait tout comprendre en regardant des fresques historiques formatées par la télévision.

Lire l’entier de l’entretien : Retrouver 14-18 : cent ans de cinéma vus par Laurent Véray | Slate.fr.

Ecriture 2.0 / connectée : retour d'expérience sur la rédaction d'un mémoire

A l’été, Johanna Daniel alias Peccadille rédigeait son mémoire de fin d’études intitulé « les outils d’annotation et l’édition de corpus textuels pour la recherche en SHS » . Son sujet s’y prêtant particulièrement, elle s’est essayée à des pratiques d’écriture connectée qui a suscité plusieurs échanges intéressants sur les réseaux sociaux.

Dans son dernier billet, elle revient en détail sur ses propres pratiques d’ « écriture connectée » et se pose quelques questions du type :

  • à quoi lui a servi Twitter ?
  • en quoi participer à un blog collectif « privé » puis tenir son propre carnet de recherche lui a-t-il été utile ?
  • quelles circulations entre « écriture papier » et « écriture numérique » ?
  • quels outils d’écriture / relecture collaborative a-t-elle mobilisé ? avec quels résultats ?

A lire : ECRITURE 2.0/CONNECTÉE : RETOUR SUR LA RÉDACTION D’UN MÉMOIRE

Filmer la Grande Guerre – avec Laurent Véray | Nonfiction.fr

Parce qu’elle est contemporaine du premier âge du cinématographe, l’histoire de la Première Guerre mondiale n’est pas vraiment dissociable de celle du cinéma. Les tranchées ont donné leur matière à ses bandes ; les armées et les gouvernements ont pour la première fois mobilisé les opérateurs au service du divertissement des soldats, de l’information des populations et de la propagande ; et de très nombreuses façons, l’intensification et la diversification de la production cinématographique en a transformé les techniques, l’esthétique, et jusqu’à la géographie. Mêmes et autres, l’histoire de la Grande Guerre et celle du cinéma sont aussi un entrelac centenaire, puisque de 1914 à 2014, des Croix de Bois à Un long dimanche de fiançailles, de Capitaine Conan à Apocalypse, on n’a cessé de remonter ou de recréer des images de la guerre.

Parler de l’histoire cinématographique de la guerre 14-18, ou encore, de 14-18 dans l’histoire du cinéma, c’est ainsi traverser un champ de questionnements particulièrement vaste, structuré par un faisceau d’interactions singulièrement vertigineux, et entrecoupé d’innombrables plis. C’est une aventure pionnière, dont Laurent Véray est incontestablement l’un des explorateurs les plus expérimentés. Professeur d’études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Paris III.

Ce premier volet de cet interview avec Laurent Véra est consacré au film «Les croix de bois». A suivre donc… : ENTRETIEN – Filmer la Grande Guerre – avec Laurent Véray – Nonfiction.fr le portail des livres et des idées.