La RSR revient sur la décision de l’Etat du Missouri d’interdire les relations numériques profs-élèves sur Facebook. L’occasion pour moi d’intervenir sur la question pédagogique et de répercuter les résultats d’un mémoire professionnel réalisé cette année par une étudiante de la HEP Vaud sur la question de l’utilisation de Facebook à des fins pédagogiques.
A la question, l’Etat du Missouri apporte une réponse définitive : toute relation numérique exclusive entre élèves et enseignants sera interdite dès le 28 août. Seuls les profils de type » fans « , qui ne permettent pas d’envoyer des messages privés, comme ceux des entreprises seront tolérés. Objectif de cette loi: protéger les jeunes contre de potentielles agressions sexuelles de la part de leurs professeurs. Un texte très contraignant, bien loin des préoccupations des départements romands de l’instruction, alors qu’en Suisse tout comme aux Etats-Unis, profs et élèves se côtoient souvent sur le plus grand des réseaux sociaux.
Le musée d’ethnologie de Vienne, installé dans une aile du palais, consacre en effet une grande exposition au culte de la personnalité du Grand Timonier de la Chine populaire et aux extravagances de la révolution culturelle : une édifiante piqûre de rappel. Pour Rue89, Pierre Haski nous en fait le compte-rendu.
En sortant de l’exposition, le journaliste Pierre Haski ne peut manquer de souligner que
si le musée d’ethnologie situé dans le palais Hofburg offre ce regard distancié sur le Grand Timonier chinois, ses voisins du musée impérial sont quant à eux dans le premier degré et le merchandising (nom moderne du culte de la personnalité) vis-à-vis de Sissi, qui attire toujours les foules.
Ce d’autant plus que le hasard, fait que lorsqu’il sort de sa visite de l’expo Mao, il assiste aux funérailles du dernier des Habsbourg, Otto von Habsbourg, ancien député européen, pour qui Vienne et en particulier le palais Hofburg avaient revêtu un instant des habits austro-hongrois.
Soldats d’opérette compris … Mao aurait trouvé la cérémonie petit bras !
Photos : l’exposition Mao au palais Hofburg, à Vienne (Pierre Haski/Rue89) ; soldats costumés ayant participé à la cérémonie à la mémoire d’Otto von Habsbourg (Pierre Haski/Rue89).
Compte-rendu par Clara Chevalier dans Devenir historien- ne de Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole, 1530-1570, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992 (1e éd. coll. « Bibliothèque des Histoires », 1971), 395 p.
Pour rappel, cet ouvrage se propose d’envisager la conquête espagnole de l’Amérique du Sud, au XVIe siècle, du point de vue des « vaincus », c’est-à-dire des Indiens. Il a été réédité en mars 1992 dans la collection « Folio Histoire ». Il est paru pour la première fois en 1971 . Dans la préface de 1992, Nathan Wachtel revient sur son travail et dresse un bref bilan des recherches historiques menées depuis lors sur les sociétés préhispaniques d’Amérique du Sud.
Au terme de son compte-rendu, Clara Chevalier conclut
Le projet de cet ouvrage, qui consiste à décentrer un point de vue, à changer de perspective, a fait date. Il s’adresse très manifestement à un lectorat occidental. Nul doute qu’un-e chercheur-e péruvien-ne, porteur-se d’un point de vue différent, aurait produit un tout autre travail. Il s’agit ici pour l’auteur de rendre intelligible la « vision des vaincus » aux Européens en l’expliquant à l’aide de concepts qui leur sont familiers. À la lecture, on ne peut s’empêcher d’établir des rapprochements avec l’histoire européenne : par exemple, le statut des yana fait penser à celui des serfs, et l’efficacité de la conquête espagnole semble reposer sur des causes similaires à celles qui expliquent le succès de César en Gaule. Les différents modes de possession foncière sont mis en relation par N. Wachtel avec ceux du système féodal. La question de la possibilité d’opérer un déplacement du point de vue demeure ouverte, et les réflexions qui découlent de la démarche proposée par cet ouvrage continuent d’alimenter les débats qui traversent les études postcoloniales.
Un ouvrage qui près de quarante ans après sa parution garde tout son intérêt et mérite donc d’être lu. A ce titre, l’édition en poche le rend d’autant plus accessible.
Dans Rue89, l’historien Sébastien Ledoux et le sociologue Samuel Ghiles Meilhac décryptent la censure effectuée par les éditions Hachette, sous la pression d’organisations juives, se rapportant à une légende photographique dans son chapitre consacré à « L’ONU et la question palestinienne, 1947-1948 ».
Il donc aura suffi d’un mot, d’une phrase pour qu’une question d’histoire se retrouve censurée dans un manuel scolaire : « La Nakba. Les conquêtes de l’armée israélienne ont entraîné l’exode de près de 700 000 Palestiniens » (p. 139).
La page modifiée du manuel Hachette
Dans la partie vocabulaire de ce chapitre, le terme Nakba était défini ainsi :
« Nakba : (“catastrophe” en arabe) expulsion de populations palestiniennes pendant la guerre israélo-arabe de 1948. »
Pourtant le document et le texte incriminés correspondent tout à fait aux avancées de l’historiographie israélienne elle-même. En effet, les positions des « nouveaux historiens » israéliens qui avaient, voici une vingtaine d’années, mis en cause le discours officiel autour de la création d’Israël, en mettant entre autres en avant les conséquences de la guerre de 1948 sur les populations civiles palestiniennes, sont maintenant intégrées dans les milieux académiques israéliens.
Pour Sébastien Ledoux et Samuel Ghiles Meilhac
Il serait assez paradoxal que nous puissions en France rester dans un récit scolaire qui refuserait de transposer des savoirs universitaires stabilisés au nom d’une lutte contre l’« idéologisation » et le « révisionnisme ».
de plus
Intervenir pour obtenir le retrait du mot Nakba revient à laisser Israël en dehors de l’écriture de l’histoire.
En intervenant de la sorte, dans le droit fil de cette volonté israélienne, les institutions juives posent Israël en éternelle victime, un Etat qui ne saurait commettre des fautes ou des crimes.
Les auteurs : Sébastien Ledoux, historien travaillant sur le devoir de mémoire, coauteur d’un rapport de l’INRP sur « L’Enseignement de l’esclavage en France » (2011), et Samuel Ghiles Meilhac, sociologue, auteur de « Le Crif, de la résistance juive à la tentation du lobby » (2011).
Le site des trois lacs (ici Sutz-Lattrigen, lac de Bienne) fait partie de la liste déposée à l’UNESCO. [Keystone]
La Suisse doit à ses sites palafittiques, présents sur son territoire depuis des millénaires, son onzième lieu inscrit au patrimoine mondial de lUNESCO. Sitôt la décision rendue, lOffice fédéral de la culture OFC a annoncé le lancement dune application iPhone pour donner une meilleure visibilité à ces vestiges.
Le Comité du patrimoine mondial a accepté lundi la candidature qui englobe 111 lieux palafittiques ou « lacustres » répartis entre six pays de larc alpin: Suisse 56 sites dans quinze cantons, Allemagne 25, France 15, Italie 25, Slovénie 1 et Autriche 8. Quinze cantons sont représentés.
Ce très intéressant interview d’André Gunthert pour InternetActu sur la culture numérique, l’histoire et les jeunes a de quoi nous stimuler juste avant les grandes vacances. Il ne manque pas de nous interroger sur le rôle et la place que l’enseignement de l’histoire pourrait jouer dans la formation des jeunes ainsi que sur les remises en question qui pourrait le toucher.
L’idée de collection à l’ère numérique:
Bien sûr, pour les lettrés, comme les blogueurs, le reflexe de la conservation et de la collection est dans nos gènes. On a commencé à réfléchir avec des bibliothèques… La collection, c’est les Lumières, la naissance du British Museum, c’est-à-dire le moment où on transforme les cabinets de curiosité en réserves de savoir, en corpus organisés, en outil culturel. Ce sont des collectionneurs qui ont inventé l’histoire, l’archéologie. Notre rapport au savoir et à la politique se transforme à partir de là. Cette organisation du réel se perpétue, mais une autre logique se superpose : celle d’une consommation immédiate et très rapide des contenus.
Les jeunes et l’idée de collection:
Chez les plus jeunes, je constate que l’idée de collection est étrange. L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive: ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponibles un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte.
Histoire et mémoire à l’aulne du numérique:
Nous avons trop de mémoires numériques. La bonne réponse n’est pas la mémoire, mais l’histoire. L’histoire, c’est ce qui reste quand on a fait le tri, ce qu’on a jugé important, ce qui fait sens.
André Gunthert est le directeur du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic)
En Europe et aux États-Unis, à l’instar de ce qui s’était produit pour Napoléon Bonaparte, il se développe dès le vivant de Garibaldi une légende dorée et une légende noire du personnage. Cet ouvrage désire cerner les contours de ces légendes qui transforment le condottiere italien en modèle pour les uns et en contre-modèle pour les autres. Les contributions de nombreux historiens étrangers permettent de dessiner une carte précise de la géographie du garibaldisme et de l’antigaribaldisme dans l’aire latine, anglo-saxonne, germanique et slave.