Auschwitz, symbole de «l’holocauste-tourisme» | Marianne

Auschwitz après le 27 janvier 1945.
Bundesarchiv, B 285 Bild-04413 / Stanislaw Mucha / CC-BY-SA

Le camp d’Auschwitz, en Pologne, serait-il devenu le parfait contre-exemple du travail de mémoire ? C’est ce que soutient Gilbert Casasus, professeur en études européennes, qui met en cause un système de visites guidées où superficiel et compassion dominent, au détriment de l’histoire et de l’information.

Après plus de deux heures de visite, votre patience atteint ses limites. Vous êtes excédé par ce langage officiel, par cette présentation qui omet même d’évoquer l’armée soviétique au profit de la seule armée russe. Alors, vous passez vous-même à l’offensive. Surpris par le nombre de villages ou bourgades environnantes, vous osez poser la question qui fâche, à savoir celle de l’attitude de la population locale durant le Seconde Guerre mondiale. Subitement, le ton monte d’un cran et vous avez droit à la remarque suivante : « que vouliez-vous qu’ils fassent » ? Sur quoi, poli, vous répondez : « donner des informations à la résistance ». Fusillé du regard, on vous rétorque alors un cinglant : « vous avez un autre exemple » !

Pourtant d’autres démarches sont elles exemplaires pour Gilbert Cassus. Il cite à ce propos le travail réalisé par Volkhard Knigge et son équipe sur les lieux du mémorial de Buchenwald ainsi que l’excellent musée consacré à Oskar Schindler sur le terrain même de son ancienne usine par la ville de Cracovie.

Cela doit interroger les enseignants qui souhaitent réaliser un voyage d’études sur de tels lieux comme sur le risque de la compassion et du superficiel d’un tel enseignement.

via Auschwitz, symbole de «l’holocauste-tourisme».

Gilbert Casasus est professeur en études européennes à l’Université de Fribourg, en Suisse.

Mémoire scolaire de l'Holocauste dans le monde | Histoire, Mémoire et Société

Si l’Unesco vient officiellement d’annoncer la mise en place d’un projet d’étude sur l’enseignement de l’Holocaustes dans le monde, certaines orientations de ce projet interrogent Mickaël Bertrand pour que celui-ci atteigne véritablement son objectif.

Ainsi donc, le jeudi 23 août 2012, l’UNESCO a officiellement annoncé la mise en place d’un projet d’étude sur  l’enseignement de l’Holocauste dans le monde.  Le projet vise essentiellement à dresser une cartographie mondiale non seulement des programmes, mais aussi des manuels scolaires sur cette question. Les résultats permettront ainsi d’obtenir des conclusions quantitatives (Quels sont les pays dans lesquels on enseigne l’Holocauste ? Ces pays ont-ils des points communs culturels, religieux, politique, etc. ?) et qualitatives (Enseigne-t-on l’Holocauste de la même façon en France, aux Etats-Unis et en Russie par exemple).

Cependant pour Mickaël Bertrand, le choix du terme « Holocauste » dans la communication officielle du projet n’est pas sans poser problème. Il est notamment révélateur, selon lui, d’une d’une forte prévalence des valeurs et pratiques occidentales dans le cadre d’une organisation internationale censée valoriser le dialogue entre les cultures. En effet, « Holocauste » renvoie à la dénomination qui s’est imposée aux États-Unis.

Le choix d’un terme plus neutre tel celui de « génocide »  ne serait-il pas préférable en la matière?

En définitive, pour Mickaël Bertrand

Le nouveau projet initié par l’UNESCO est donc très intéressant au sens où il va permettre de dresser une cartographie mondiale utile de l’enseignement du génocide des Juifs d’Europe. Il conviendrait cependant que cette organisation internationale nuance sa volonté de promotion de cet évènement historique qui risque d’être interprété comme une imposition des valeurs occidentales à l’échelle mondiale.

A suivre…

Sources :

Les blogs meilleurs que la dissertation

Dans son livre « Now you see it », présenté par le New York Times, Cathy Davidson — qui veut remettre au goût du jour certaines inventions pédagogiques plus anciennes — flingue l’exercice de la dissertation au profit des blogs pédagogiques. Je plussoie. 

Au contraire de la dissertation, les blogs offrent, par exemple, une solution adéquate à la question du plagiat:

«Les blogs destinés aux pairs présentent moins d’erreurs typographiques et factuelles, moins de plagiat, et sont généralement mieux écrits, en prose élégante et plus persuasive, que ne le seront jamais toutes ces dissertations rédigées en classe par les mêmes auteurs »

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer dans l’affaire détestable de l’enseignant piégeur (Piéger les élèves ou les former avec les médias sociaux? | Chronique no 132):

de tout temps, ces exercices [comme la dissertation] ont plus favorisé la recopie et le couper/coller que le développement de la réflexion autonome des élèves…

Cathy Davidson abonde dans le même sens lorsqu’elle prend le contre-pied de ses collègues, qui se désolent souvent de ce que les étudiants sont globalement «mauvais en dissertation» et qu’elle suppose que c’est la forme de la dissertation, qui est n’est pas adaptée aux étudiants d’aujourd’hui.

De plus elle constate que même ses étudiants les plus réfractaires à l’exercice sont devenus prolixes lorsqu’elle leur a proposé de publier leur écrit sur Internet, de le soumettre à la critique et de le modifier en ligne. Et

«cela vaut pour tout, des commentaires politiques à la photographie en passant par la réalisation de vidéos satiriques.».

Plus largement, Cathy Davidson indique que

« Nous ne pouvons pas continuer à préparer les étudiants à un monde qui n’existe pas. Nous ne pouvons pas ignorer les compétences cognitives redoutables qu’ils développent en apprenant par eux-mêmes.

Et par-dessus tout, nous devons cesser de dénigrer les prouesses numériques, simplement parce que certains d’entre nous, quadragénaires et au-delà, ne parviennent pas à les égaler. Un bras de fer basé sur des rancunes institutionnelles entre les générations peut saboter toute une culture ».

Sur ce je vous souhaite une bonne rentrée des classes.

Source : REGARDS SUR LE NUMERIQUE | L’école de demain pourrait ressembler à celle… d’avant-hier.

Mise à jour (18:13) :

Pour prolonger sur l’utilité des blogs en éducation, je vous propose l’intéressante lecture de cet article récent : What are you writing for? et qui rejoint les observations de Cathy Davidson et mon avis sur l’utilité des blogs en éducation.

Mise à jour (31.08.2012): Le blog, la star du web 2.0 ?

L’avis de Caroline Chanlon en ce vendredi 31 août journée du blog :

«Au départ et je n’apprends rien à personne, le blog était très personnel. De mon point de vue, il avait un côté assez péjoratif, c’était le mauvais côté du web 2.0 qui ressortait : on laissait la parole à des personnes qui n’avaient pas grand chose à dire et qui n’intéressaient pas grand monde. […] Et FB est arrivé ! La finalité du blog est envisageable via un autre support plus simple, plus ergonomique, gratuit.
Je pense que l’explosion des réseaux sociaux a un peu détourné l’utilisation du blog, on a mieux apprécié ses vraies valeurs : produire du contenu (du vrai contenu), le commenter, le partager.
Car aujourd’hui et avec l’utilisation professionnelle que j’en ai, le blog représente pour moi un outil de haute qualité.»

Source : http://blog.educpros.fr/blog/2012/08/31/le-blog-la-star-du-web-20/

Un nouveau manuel d'histoire géographie à la mode ornaise

La couverture du nouveau manuel

Le Conseil général de l’Orne diffusera dès la rentrée un nouveau manuel d’histoire géographie destiné aux élèves des classes de 6ème à la 3ème, scolarisés dans l’Orne. Le manuel s’intitule L’Orne, des territoires, une histoire.

Pour les initiants, il s’agit de présenter un double programme composé du contenu officiel national, ainsi que des thématiques sur l’histoire et la géographie propres à la région. Ces cent quarante-quatre pages permettront de faire connaître le département dans les collèges publics et privés.

Est-ce que quelqu’un peu me dire si cette initiative d’un Conseil général (ou d’un département) est la première du genre ou si d’autres ont déjà eu l’occasion de réaliser un type d’ouvrage comparable? A savoir un manuel «régional» en complément du manuel de la République. En effet, j’avoue que cette publication m’interroge dans le cadre d’une éducation nationale française qui a toujours cherché, à ma connaissance, à répondre à la maxime d’une «République une et indivisible», ou qui a lutté contre les langues régionales.

En résumé, ce manuel d’histoire ouvre-t-il une «brèche» dans la conception française de l’éducation nationale? 

via Un nouveau manuel d’histoire géographie à la mode ornaise.

Deuxième guerre mondiale : La voix de la Suisse

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Diffusion à l’émetteur de Schwarzenburg en 1945. (RDB)

Swissinfo.ch a publié aujourd’hui sur Internet plus de 16.000 manuscrits de programmes diffusés par le Service des ondes courtes (SOC) entre 1939 et 1945.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la radio à ondes courtes fut un moyen privilégié pour la Suisse de communiquer avec des ressortissants expatriés et de présenter ses positions au reste du monde. Ayant succédé à la défunte Radio Suisse Internationale (SRI), swissinfo.ch dispose aujourd’hui encore des manuscrits des émissions diffusées par le Service des ondes courtes (SOC) entre 1939 et 1945.

Deux méthodes sont disponibles pour vous permettre de retrouver les documents souhaités. Il est possible d’effectuer soit une recherche par mots-clefs, soit de consulter tous les documents disponibles pour une période déterminée, via une barre chronologique.

Par ailleurs, les archives du SOC ont fait l’objet d’un premier travail d’analyse au sein d’un séminaire de 2e année organisé par la section d’histoire de l’Université de Lausanne (UNIL), dont l’un des pôles de recherche est l’Histoire audiovisuelle du contemporain.

Réalisés sous la conduite de François Vallotton, professeur, et de Raphaëlle Coutaz, assistante, ces travaux de séminaires permettent notamment de mieux appréhender la politique d’information et la manière dont la Suisse a voulu présenter son image à l’étranger pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces travaux sont aussi disponibles sur swissinfo.ch.

De plus, un article présente le travail réalisé par les étudiants de l’UNIL (Informer, une mission délicate en temps de guerre).

Information via infoclio.ch : http://www.infoclio.ch/fr/node/26933

Revue de presse : 1937 – Un été en Allemagne nazie | Arte (vidéos)


Été 1937. Julien Bryan obtient une permission spéciale pour parcourir l’Allemagne et filmer ce qu’il s’y passe. Il veut montrer aux Américains la réalité du régime. Deux mois durant, il filme un peu tout sans a priori dans un style aux antipodes de celui de Leni Riefenstahl. S’il n’a pas l’autorisation de tourner partout, il réussit néanmoins à capter ici et là des scènes sur le vif qui ne sont guère à l’avantage des dignitaires nazis. Il fera sortir clandestinement sa pellicule et la société de production américaine « March of Time » en diffusera quelques minutes lors d’un JT en 1938, le diffusera aux Etats-Unis sous le titre de « Inside Nazi Germany 1938 », en utilisant des images tournées par Julien Bryan et de nombreuses scènes « reconstituées », dès le 21 janvier 1938, dans les salles de cinéma (ciné-journal). Il s’agissait alors de mettre en accusation le régime d’Hitler. La quasi-totalité des bobines 35 mm étant restées intactes, elles ont été adaptées à la HD pour ce documentaire, réalisé par Michael Klopf. On doit la bande son au compositeur Irmin Schmidt du groupe Can, une musique aux accents funèbres inspirée par un chant de la guerre de Trente Ans.

1937 – Un été en Allemagne nazie | Arte (vidéos)

En savoir plus sur Julien Bryan :

Suivant les pays, vous ne pourrez pas visionner cette vidéo. Le cas échéant, un logiciel comme Hide My Ass! Pro VPN (mac) vous sortira d’affaire !

Revue de presse : La vraie histoire des «Bienveillantes» | Bibliobs

On les appelait les Einsatzgruppen. Souvent dirigés par des intellectuels, ils assassinèrent plus de 1,5 million de juifs entre 1941 et 1942. Michaël Prazan et Christian Ingrao ont étudié ces commandos dont Jonathan Littell a tiré, en 2006, son roman fleuve

La vraie histoire des «Bienveillantes» | Bibliobs

Un travail qui empêche le plagiat | Faculty Focus

Une étude qualitative sur le plagiat a indiqué que même si les élèves savent que le plagiat est mauvais, la plupart sont assez confus au sujet de ce qui constitue réellement un plagiat. La multiplication de ressources en ligne a exacerbé le problème. Un travail mené par McGowan et Lightbody avec des étudiants a permis à la fois de conscientiser les étudiants et d’obtenir ensuite des résultats convaincants.

Des études montrent également que les étudiants ne pensent pas que les principes d’appropriation s’appliquent aux ressources en ligne de la même façon que pour des documents imprimés. Enfin, de nombreux professeurs maîtrisent encore du mal les règles du référencement qui s’appliquent à des ressources Web.

McGowan et Lightbody ont proposé à leurs étudiants un travail spécifique pour travailler concrètement et de manière non stigmatisante avec eux la question du plagiat en mixant des ressources en lignes ou issues de la bibliothèque, y compris une revue académique, une publication professionnelle et un journal. Les étudiants avaient à travailler sur un essai comportant 10 exemples de plagiat. Certains passages étaient copiés mot pour mot, d’autres utilisaient la paraphrase pour des phrases ou des paragraphes et d’autres reprenaient les idées des auteurs ou les données de leurs recherches sans le mentionner.

Pour identifier ses emprunts, les étudiants ont eu à consulter les sources originales et les utiliser pour identifier le contenu plagié dans l’essai. Puis ils ont présenté l’essai avec les cas de plagiat corrigés. Ils ont également dû préparer une synthèse correctement référencées en 250 mots de l’essai rectifié.

Avant ce travail, 32% des étudiants ayant réalisé cette tâche la première année et 42% la deuxième année avaient, préalablement à ce travail, un bonne connaissance initiale du plagiat et de ses manifestations. Lors de la correction de l’essai, les étudiants étaient à 70% au moins en mesure d’identifier et d’apporter les corrections nécessaires pour éviter le plagiat. Après le travail, ce pourcentage est passé à 85% pour les deux volées d’étudiants.

Plus révélateur encore, aucun nouveau cas de plagiat ont été détectés avec ces deux volées, et l’instructeur d’un cours suivi ultérieurement par ces étudiants a noté une baisse importante du nombre de cas de plagiat.

L’étude : McGowan, S., and Lightbody, M. (2008). Enhancing students’ understanding of plagiarism within a discipline context. In Accounting Education, 17 (3), 273-290.

L’article sur cette étude: An Assignment that Prevents Plagiarism | Faculty Focus.

Revue de presse : FAQs for a Skeptic on Technology | Larry Cuban

Dans son dernier billet, Larry Cuban répond aux principales questions qu’on lui pose sur ses raisons d’être un sceptique relativement à l’emploi des technologies dans l’enseignement.

Cet article est aussi un bon moyen pour prendre connaissance de ses principaux travaux en la matière depuis les années 1980. D’autant que l’article est très synthétique et clair tout en présentant ceux-ci du point d e vue de l’auteur lui-même.

Cependant, il revient plus particulièrement sur les raisons de ses réserves à l’égard des technologies à l’école, des discours les promouvant et sur leurs capacités à changer les pratiques et l’institution scolaire.

Il profite donc de ce billet pour répondre aux questions qui lui sont régulièrement posée concernant ce scepticisme technologique. A l’une de ces questions, il en profite d’ailleurs de préciser qu’il est un utilisateur régulier de celles-ci — il possède aujourd’hui un ordinateur de bureau, un ordinateur portable, un iPad et un iPhone — tant pour son usage propre que dans son enseignement depuis les années 1950… à l’exception de PowerPoint.

Le passage suivant résume le mieux, à mon avis, ses réserves à l’égard des technologies éducatives :

«the enormous amount of money spent on new technologies without much evidence of their efficacy on teaching and learning means that other options such as investing in more teachers and their professional development are lost. That is inefficient and ineffective policymaking.»

Rappelons, en outre, que Larry Cuban est un enseignant progressiste. Il n’est pas un conservateur en manière éducative, bien au contraire. En 1984, il a publié un livre important intitulé «How Teachers Taught: Constancy and Change in American Classrooms, 1890-1980.» Et comme il le dit lui-même :

«In that book, I tracked the repeated (and failed) efforts of progressive reformers over a century to change classroom practice in urban, suburban, and rural classrooms from teacher-centered to student-centered lessons. […]. The idea that reforming teaching was linked to the introduction of new technologies intrigued me. »

De How Teacher Thaught (1984) à Oversold and Underused: Computers in Classrooms (2001), le grand mérite des travaux de Cuban est d’avoir systématiquement observé non pas les discours sur les pratiques, mais les réalités de celle-ci dans les classes avec ou sans ordinateurs. Ces travaux nous interrogent tant sur la manière de faire évoluer les pratiques des enseignants que sur celle d’intégrer véritablement et durablement les technologies à l’école au-delà de l’effet «Canada dry». ((Ca a la couleur de la technologie, le goût de la technologie utilisée à l’école, mais cela n’en est pas au-delà du colifichet.))

A lire donc : FAQs for a Skeptic on Technology | Larry Cuban

Grippe espagnole : La faute aux bolcheviks!

Dans le cadre de son jubilé du 250e anniversaire, le journal lausannois 24 Heures offre en 2012 tous les jours une page d’histoire de la vie des Vaudois. Dans son édition du jour, nous en sommes à 1919 et à la grippe espagnole.

On y apprend que, comme les autres nations, la Suisse a été frappée par deux vagues entre juillet 1918 et juin 1919. Deux millions de personnes furent infectées, provoquant 24 449 décès (contre moins de 1000 pour les épidémies saisonnières «normales»). Soit 0,62% de la population suisse de 1918, ce qui est considéré comme la pire catastrophe démographique du siècle.

Mais surtout que les journaux de l’époque jetèrent la pierre aux «bolcheviks» et les désignèrent comme les principaux responsables de l’épidémie :

En Suisse, l’épidémie de grippe éclate alors que le pays est en proie à une extrême tension sociale, qui culmine avec la grève générale de novembre 1918. Pour maintenir l’ordre, le Conseil fédéral mobilise la troupe. Le virus trouve un terrain idéal dans des cantonnements aux conditions sanitaires déplorables.
Les journaux s’en prennent aux syndicats, accusés d’être responsables de l’appel sous les drapeaux de soldats qui tombent comme des mouches.
«MM. les bolcheviks, qui ne reculeront devant aucun moyen, savaient pertinemment qu’une mobilisation rapide de l’armée servirait leur cause», lit-on dans la Gazette de Lausanne du 27 novembre 1918. Le Conseil fédéral, lui, estime alors que «le soldat mort de la grippe doit être assimilé au soldat succombant sous le feu de l’ennemi».

L’anticommunisme (et au-delà) en Suisse allait avoir de beaux jours devant lui. En effet, présentée comme une tentative révolutionnaire, la grève générale servit pendant plusieurs décennies à dénigrer la gauche. C’est seulement après le jubilé de 1968 que le public prit connaissance des études historiques qui, entamées dès les années 1950, disculpaient largement ses dirigeants.

Cependant, la grève générale eut des conséquences très diverses, allant des mesures de répression à l’adoption de réformes. Pour une partie de la classe ouvrière, les conditions de travail se détériorèrent. En même temps, les salariés obtiennent une réduction massive du temps de travail en 1919 déjà (semaine de 48 heures). La justice militaire mit en accusation plus de 3500 personnes dont 147 furent condamnées.

On considère également qu’elle joua un rôle dans l’élaboration de la «Paix du travail» ou la création de l’AVS.

L’expérience de la grève générale compta pour beaucoup dans la mise en place, dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, d’une collaboration des associations ouvrières à l’organisation de l’économie de guerre et dans la priorité accordée aux questions de distribution des ressources. Elle fut aussi à la base des conventions collectives conclues déjà avant la fin de la guerre et du tournant pris à la même époque dans la politique sociale avec la création de l’AVS.

Article du Dictionnaire Historique Suisse (DHS) sur la grève générale

Sur la grève générale de 1918 : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F16533.php

Sur l’anticommunisme en Suisse : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F27836.php

Sur la Paix du travail : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F16535.php