Frère d’âme : Rencontre avec la grande révélation de la rentrée littéraire, David Diop

A travers l’expérience d’un jeune Africain envoyé à la boucherie, David Diop adopte un point de vue inédit sur la guerre de 14-18 et explore la douleur de l’exil. Son roman, Frère d’âme (Seuil, 176 pages), figure parmi les attendus des prix littéraires 2018. 

« Tout a commencé pour David Diop à la lecture de lettres de poilus, “chargées d’une grande émotion, car ce sont des lettres qui ont été écrites par des jeunes gens qui allaient mourir. J’ai voulu chercher des lettres équivalentes de tirailleurs sénégalais, mais je n’en ai pas trouvées. Il y a un lieu au Mali où certains effets de ces soldats auraient été conservés, dont des lettres. Mais un historien m’a confirmé que souvent celles-ci n’étaient pas intimes mais administratives. Je me suis dit que je pouvais, moi, imaginer une intimité d’un tirailleur sénégalais pendant la guerre.”

Ce sera celle d’Alfa Ndiaye, l’un des narrateurs les plus bouleversants qu’on ait pu inventer ces dernières années. Engagé volontaire, dans ce qui allait être une boucherie, pour suivre  son ami, son plus que frère, bref son “frère d’âme” Mademba Diop, il va vivre dans sa chair la violence et l’injustice de la guerre.

Si tous les jeunes gens enrôlés en auront souffert, les soldats sénégalais étaient ceux qu’on envoyaitau front en première ligne, c’est-à-dire ceux qui se faisaient tirer par les Allemands comme des lapins, ceux aussi à qui l’on ne donnait pas de manteau, puisqu’ils allaient mourir de toute façon. “Certains étaient envoyés pour couper les barbelés entre les deux lignes et là, c’était du tir au pigeon. Mais tout le monde a souffert de cette abomination.”

Dans Frère d’âme, ce sont en effet eux que le capitaine Armand sacrifie d’abord – les autres jeunes y passeront ensuite, de toute façon. Dès le début, Alfa assiste à la mort lente et atrocement douloureuse de son ami, éventré par l’ennemi “aux yeux bleus”. “Alfa Ndiaye refuse trois fois de l’achever. C’est ce moment-là qui est fatal pour lui. Alfa tombe dans une espèce de folie meurtrière, car il a perdu sa raison de faire la guerre et son meilleur ami”, raconte David Diop.» 

Source : LesInrocks – Rencontre avec la grande révélation de la rentrée littéraire, David Diop

14-18 : Semaine spéciale sur France Culture du 05 au 11 novembre 2018

Le 11 novembre 2018 s’achèveront 4 années de commémorations de la première guerre mondiale. France Culture nous propose une série d’émissions fort intéressante en lien avec le sujet. La présentation par la chaîne.

C’est un des paradoxes de l’époque : les chefs d’Etat et de gouvernement se retrouveront en France pour célébrer 100 ans après la paix retrouvée, alors que le continent européen et le monde entier voient resurgir les sentiments nationalistes.

Pour revivre au plus près le premier conflit mondial alors que les derniers témoins ont disparu, pour comprendre les enjeux historiques, géopolitiques, culturels de cette grande guerre et de ses suites jusqu’à aujourd’hui, France Culture propose une semaine exceptionnelle.

Au programme, littérature,  histoire, documents d’archives, et deux points d’orgues dans les soirées du 10 et du 11 novembre : un concert-fiction « Apollinaire » en direct du studio 104 de la Maison de la radio le samedi, et la diffusion d’une coproduction exceptionnelle réunissant France Culture, Gallimard, La Comédie française et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale,  « Armistice », le dimanche 11 novembre.

A noter plus particulièrement l’émission de La Fabrique de l’Histoire d’Emmanuel Laurentin du lundi 5 novembre de 9h05 à 10h00: A l’est, la guerre ne s’arrête pas en 1918
Un grand entretien avec Ariane James-Sarazin (SR) directrice adjointe du musée de l’Armée pour l’exposition « A l’est, la guerre sans fin : 1918-1923 »
Après la signature de l’armistice, la guerre se poursuit à l’Est et au Proche-Orient jusqu’en 1923 : ponctuée de révolutions et de guerres civiles qui bousculent le travail des négociateurs de la paix, elle fait tomber des empires, crée de nouveaux pays et déplace des frontières.

Mais tout le programme mérite le détour. Avec le grand avantage de pouvoir les écouter en différer ou en podcast.

Source : La Grande guerre, cent ans après

Crédit image : La Grande guerre, cent ans après• Crédits : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP – AFP

Le génocide des Tziganes et la mémoire – Carnets de Terrain

A l’occasion du défilé annuel des Roms et des Sintis qui a lieu en République tchèque, Carnets de Terrain met en perspective l’actualité récente et notamment les propos tenu les propos tenus en juin par Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien et vice-président du Conseil avec le travail réalisé  par Michael Stewart, anthropologue à l’University College de Londres, dans le numéro 54 de Terrain qui indiquait en 2010 que le génocide des Tziganes était longtemps resté « une catastrophe invisible ».

Dans cet article, Michael Stewart analyse la persécution et le génocide particulièrement « désorganisés » et « désordonnés » des Tziganes durant la Seconde Guerre mondiale. Il rattache le caractère localisé de leur persécution à l’échec, après le conflit, de la reconnaissance de cette catastrophe. Il souligne ainsi le caractère problématique de la notion d’intention génocidaire:

« Vus de l’extérieur au moment où ils ont lieu, tous les génocides semblent par nature ambigus et non plausibles. Durant la Seconde Guerre mondiale, le monde regardait ailleurs, préférant ne pas savoir. En Bosnie, il se laissait représenter par un envoyé des Nations unies d’une incompétence criminelle, qui, à force d’atermoiements et de pleurnicheries, permit aux nettoyeurs ethniques de faire de sa présence l’une des armes les plus importantes de leur crime de masse. Au Rwanda, le monde fit mine de n’avoir pas le temps de remarquer ce qui se passait. À l’heure où j’écris, la communauté internationale rougit et regarde ses pieds, niant que la boucherie du Darfour constitue un génocide à proprement parler, et espérant que personne ne la forcera à agir contre le régime criminel de Khartoum.»

Avec ce constat qui, en raison de l’actualité récente et des dérives de gouvernements et de dirigeants actuels flirtant dangereusement, pour ne pas dire plus, avec l’extrême-droite, n’est guère rassurant que

« C’est toujours après coup qu’il est possible d’affirmer sans ambiguïté qu’un génocide a eu lieu.»

Référence : Michael Stewart, « Une catastrophe invisible. La Shoah des Tziganes », Terrain [En ligne], 54 | mars 2010. http://journals.openedition.org/terrain/13989.

Source : Le génocide des Tziganes et la mémoire – Carnets de Terrain

Crédit photo : Un groupe de Roms à Asperg, en Allemagne, rassemblés par les autorités du Reich pour être déportés, le 22 mai 1940. Par Bundesarchiv, R 165 Bild-244-48 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5441619