Des manuels scolaires au service du Sonderfall helvétique (1911-2011) | Revue des sciences de l’éducation de McGill

Dans le cadre de mon travail de thèse, j’ai eu l’occasion en 2012 de participer à un colloque à l’Université de Laval consacré aux didactiques de l’histoire et de la géographie. Ce colloque a ensuite donné lieu à un appel à contribution auquel j’ai répondu (en 2014 si ma mémoire est bonne). L’article soumis a été accepté par le comité de lecture. Ce numéro a été mis en ligne fin mars 2015. Mon article ainsi que celui des autres participants à ce numéro est consultable en ligne. Bonne lecture !

Dans le dernier quart du 19e siècle, les forces politiques bourgeoises au pouvoir en Suisse construisent une conception du monde helvétique évacuant la conflictualité de classe. Pour leur part, les manuels d’histoire du primaire et du secondaire du canton de Vaud offrent un laboratoire privilégié concernant le fonctionnement et la construction de ce discours. Ce Sonderfall helvétique (exception suisse) trouvera sa forme canonique à la fin des années 1930. Remis en cause brièvement, dans les manuels scolaires, à partir de la fin des années 1970, il retrouvera de la vigueur dès le début des années 1990. L’étude des légendes nationales permet d’observer le fonctionnement de ce discours, vecteur important de notre psyché collective qui nous empêche d’aborder sereinement nos rapports avec le monde extérieur.

Il est à noter que si la thèse est consacrée aux manuels publiés dans le canton de Vaud de 1938 à 1998, le travail a été étendu jusqu’à la dernière collection utilisée dans le canton de Vaud depuis 2011.

Lire la suite : DES MANUELS SCOLAIRES AU SERVICE DU SONDERFALL HELVÉTIQUE (1911-2011) | Kaufmann | McGill Journal of Education / Revue des sciences de l’éducation de McGill

17.000 œuvres d’art à découvrir sur le site du musée Boijmans de Rotterdam

Depuis le 7 avril 2016, plus de 17 000 œuvres d’art de la collection du Musée Boijmans Van Beuningen sont présentées dans un nouveau portail collection totalement remanié et enrichi. Ce portail sera progressivement enrichi de nouvelles oeuvres parmi les 145 000 amassées par le musée depuis sa création en 1849.

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Le Musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam dispose d’une collection riche et diverse constituée depuis plus de 165 ans. Cette collection contient plus de 145 000 objets, mais seulement 8% d’entre eux (11 600) sont exposés dans les galeries du musée. En ligne, les internautes et mobinautes du monde entier peuvent dorénavant accéder à 11.7% de cette collection.

En savoir plus : http://www.club-innovation-culture.fr/archeovision-3d-amarna-cite-disparue–crowdsourcing/

Nicolas Werth et la révolution russe

En 1997, Nicolas Werth a publié dans la collection «Découvertes Gallimard» La Russie en révolution. L’idée fondamentale de Werth est de montrer la multiplicité des révolutions qui agitent le pays tout au long de l’année, sans lire l’ensemble du processus à la lumière de sa conclusion bolchevique. Dans La Révolution russe, une histoire française, Eric Aunoble pose le jugement suivant sur cet ouvrage :

«Pour la première fois, on sort totalement de la scansion en deux temps – Février/Octobre – qui rythmait tous les récits, pour redécouvrir le foisonnement de discussion et d’organisation qui avait saisi toute la société russe, faisant de l’ex-empire des tsars «le pays le plus libre du monde». Le vent libertaire qui souffle dans certaines pages de sa Russie en révolution donne corps à l’affirmation qui ouvre son chapitre dans le Livre noir (du communisme, 1997 également).
Il se présente comme un de ces historiens «qui refusent le schéma simpliste de l’historiographie libérale aujourd’hui dominante» et, sans adhérer à «la vulgate marxisante», il se réclame plutôt de la démarche de Marc Ferro et ne se situe pas du tout dans la filiation d’une analyse réactionnaire. C’est sans doute une des raisons de la tempête provoquée par le Livre noir : les auteurs font la critique du communisme «parce qu’ils demeurent ancrés à gauche», selon les mots de Courtois.
Dans le Livre noir, la démonstration de Nicolas Werth qui suit cette déclaration de principes est d’autant plus implacable. Comme Marc Ferro avant lui, il montre le décalage entre ce que les soldats, les paysans, les ouvriers ou les allogènes mettent derrière le «pouvoir aux soviets», derrière les slogans de Paix, de Terre, de Contrôle ouvrier et de Droit des peuples, et le contenu qu’en donnent les bolcheviks. Seule force réellement organisée dans un pays qui se délite, ils prennent le pouvoir grâce à ce malentendu et s’y maintiennent par la force.
Après quinze pages de révolution, suivent quatre-vingt-dix pages de répression en tout genre (notamment contre les protestations ouvrières) qui amènent le lecteur jusqu’en 1922. Les citations sont nombreuses et l’érudition difficile à prendre en défaut.»

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La Révolution russe, une histoire française par Eric Aunoble, La Fabrique, 264 p., 14 euros
Source : Peut-on encore célébrer la Révolution russe? – Bibliobs – L’Obs

La bataille de la crête de Vimy, 9-12 avril 1917

Les Français ont la bataille de Verdun, les troupes canadiennes ont la bataille de la crête de Vimy.

Comme l’indique le Musée canadien de la guerre :

Bon nombre d’historiens et d’auteurs considèrent la victoire canadienne à Vimy comme un moment déterminant pour le Canada, celui où le pays sortit de l’ombre de la Grande-Bretagne et se sentit capable de grandeur. C’est à ce moment que les soldats canadiens se sont mérités la réputation de troupes redoutables et efficaces. Mais cette victoire a eu un coût élevé avec plus de 10 500 morts et blessés du côté canadien.
Le Corps d’armée canadien reçut l’ordre de s’emparer de la crête de Vimy en avril 1917 [Voir les cartes]. Cette crête de sept kilomètres de long, solidement fortifiée, dans le Nord de la France, dominait les lignes alliées. Les Canadiens donneraient l’assaut sur ce qui était considéré comme un véritable cimetière car les précédentes attaques françaises avaient échoué, leur infligeant plus de 100 000 pertes. (http://www.museedelaguerre.ca/cwm/exhibitions/vimy/index_f.shtml)

La prise de la crête de Vimy fut plus qu’une simple victoire sur le champ de bataille. Pour la première fois, les quatre divisions canadiennes, composées d’hommes de partout au Canada, attaquèrent ensemble. Le brigadier-général A.E. Ross déclara après la guerre : «Au cours de ces quelques minutes, j’ai été témoin de la naissance d’une nation.»
En ce mois d’avril 2016, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n’a pas manqué de reprendre ces propos dans une glorification du sacrifice des anciens comme dans ceux à venir…

«Aujourd’hui, remercions ceux qui se sont sacrifiés, et ceux qui continuent de faire ce sacrifice, au nom de notre pays pour que nous puissions vivre dans la paix et jouir de nos libertés.»
(Source : http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2016/04/09/declaration-du-premier-ministre-du-canada-loccasion-du-jour-de-la-bataille-de#sthash.D0X5X2sR.dpuf)

Appel à contribution publique pour la reconstitution en 3D d’Amarna, la cité disparue d’Akhenaton 

Durant son règne (1350-1334 avant notre ère), le pharaon Akhenaton a bâti une nouvelle capitale, Amarna, selon des techniques architecturales inédites. Le laboratoire Archéovision, qui a modélisé la cité en 3D, expose ses travaux jusqu’au 29 avril au Conseil régional d’Aquitaine, à Bordeaux. Pour aider à l’achèvement du projet de reconstitution architecturale, ses initiateurs lancent un appel à contribution du public.

Amarina, la cité disparue d’Akhenaton reconstituée en 3D (c) Archeovision

Mystique selon certains, rusé politique pour les autres, le pharaon Amenhotep IV, aussi appelé Akhenaton, a bouleversé profondément l’Égypte du Nouvel Empire durant son règne (1350-1334 avant notre ère) : non content de provoquer un véritable séisme religieux en imposant le culte unique du disque solaire, Aton, contre la pluralité de divinités habituellement adorées par les pharaons précédents, il a initié une véritable révolution architecturale et artistique.

Le pharaon Akhenaton (c) Archeovision

Comme l’explique le site web du CNRS: « Les murs ne devant plus supporter de lourdes dalles de toit de dix à vingt tonnes, une nouvelle norme architecturale s’est imposée : au lieu des gros blocs de pierre utilisés jusqu’alors dans la construction des temples et des édifices royaux, les murs étaient montés à l’aide de briques de pierre de taille standard – les talatat – qui présentaient l’avantage de pouvoir être rapidement assemblées. Cette technique a d’abord été testée à Karnak, le complexe religieux situé au nord de Thèbes, avant d’être déployée à grande échelle dans la nouvelle capitale construite par Akhenaton : Amarna. Problème pour les spécialistes : il ne reste rien des édifices construits à Karnak et à Amarna… »

« Dès sa mort, les autres clergés, le clergé d’Amon notamment, qui était très puissant avant Akhenaton, n’ont eu de cesse d’effacer toute trace de son règne », raconte Robert Vergnieux.

Amarna, sa capitale, a été entièrement rasée, les tombeaux royaux, détruits, et une grande partie des briques en calcaire ont été utilisées pour fabriquer de la chaux… À Karnak, les blocs de grès ont subsisté, mais ils ont été réutilisés dans des constructions ultérieures, notamment dans les fondations de pylônes.

https://vimeo.com/161197156

Extrait du film sur Amarna (diffusé dans l’exposition Aton-Num) from Archéovision – Archéotransfert on Vimeo.

Lire la suite : Archeovision reconstitue en 3D Amarna, la cité disparue d’Akhenaton et lance un appel à contribution du public

Corto Maltese en Sibérie | La Révolution russe, une histoire française

L’historien Éric Aunoble étudie les regards successifs que la France a porté sur Octobre 1917. Extrait à propos de la bande dessinée d’Hugo Pratt Corto Maltese en Sibérie.


Extrait :

«Dans le domaine de la BD, la concurrence est plus sérieuse du côté d’Hugo Pratt dont le Corto Maltese en Sibérie paraît en France en 1978. Le héros se retrouve pris dans la guerre civile en Extrême-Orient, entre interventionnistes américains et japonais, révolutionnaires mongols et atamans blancs. Un de ces derniers occupe le centre du récit: Roman von Ungern-Sternberg, qui se voyait en continuateur de Gengis Khan. Indéniable réussite scénaristique et artistique, l’album est intéressant en ce qu’il marque la réapparition publique d’une lecture d’extrême droite de la révolution russe.

Le discours traditionnel du complot judéo-maçonnique avait subsisté marginalement mais il avait le défaut d’être un discours de vaincus, surtout dans ces années qui voient les régimes «communistes» progresser dans le monde dans la foulée des révolutions anticoloniales. Après la guerre d’Algérie, l’écrivain Jean Mabire, promoteur d’idées néopaïennes et paneuropéennes qui rappellent le nazisme, écrit une biographie d’Ungern, le baron fou.

Cette figure historique apparaissait dans un texte au statut incertain – mémoires ou roman –, publié en France au début des années 1920 et qui avait déjà inspiré Vladimir Pozner pour Le Mors aux dents. Personnage déséquilibré et sanguinaire, Ungern devient, sous la plume de Mabire, un héros nietzschéen accomplissant son destin. Cela réhabilite la contre-révolution la plus extrémiste tout en transformant une défaite politique et militaire en victoire morale : de quoi plaire aux vaincus de l’Algérie française rescapés de l’OAS.

Hugo Pratt reprend ce schéma tel quel, en y ajoutant le panasiatisme des Mongols rouges, ce qui ne change guère l’orientation idéologique de l’ensemble. Depuis, le «baron fou» continue de fasciner et inspire régulièrement des bandes dessinées et des chansons. Rajoutons que Mabire était lié à Dominique Venner, autre écrivain d’extrême droite qui se piquait d’histoire, militaire notamment. À ce titre, il écrivit une histoire de la guerre civile russe qui fut longtemps la seule disponible en français et bénéficia d’une large diffusion auprès d’un lectorat de non-spécialistes.»

La Révolution russe, une histoire française par Eric Aunoble, La Fabrique, 264 p., 14 euros

Source : Peut-on encore célébrer la Révolution russe? – Bibliobs – L’Obs

612/journal de la grande guerre: 6 avril 1916 — 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre

Je vous invite à suivre cet intéressant blog consacré à Reims pendant la Première Guerre mondiale. Vous aurez l’occasion de suivre le conflit au jour le jour au travers du Carnet d’un rémois Paul Hess et des contre rendus du journal Le Miroir. Chaque jour également une photo tirées des archives allemandes.

Carnets du rémois Paul Hess (extraits) (…)Parmi les nouvelles plus ou moins intéressantes servant à remplir les colonnes des journaux, on en trouve une, assez amusante aujourd’hui: la voici. Quand finira la guerre? On est prié de répondre à une question que pose l’Enregistrement: quand finira la guerre? Il ne faudrait pas croire à une […]

via 612/journal de la grande guerre: 6 avril 1916 — 1914-1918: Reims dans la Grande Guerre

Générations Y/Z« Netflix, ben c’est de la télé ! »

La claque ! Mon accompagnatrice de Reed Midem n’en revient pas. Ces jeunes venus de plusieurs pays européens* et d’Australie ne ressemblent vraiment pas aux autres festivaliers. Résultat : je devais leur faire un speech, j’ai passé mon temps à les écouter ! 

Et jamais le fossé des usages médias n’a paru aussi grand !

Deux exemples  : Qui a regardé la télé hier ?

Personne

Qui s’informe sur Facebook ?

Tout le monde

Lire la suite : http://ift.tt/20clWps

En conclusion : il est difficile de considérer que les Générations Y et Z ne seraient que des concepts marketing !

L’offshore des croisés | Actuel Moyen Âge

Le scandale des Panama Papers pousse Actuel Moyen Âge à se tourner vers une autre forme d’évasion fiscale : les comptoirs commerciaux des Vénitiens en Terre sainte, à l’époque des croisades…

L’offshore des croisés | Actuel Moyen Âge

Depuis le début de la semaine, les Panama Papers ébranlent le monde : un travail exceptionnel de journalisme d’investigation a conduit à des révélations-chocs, qui elles-mêmes mènent à d’importantes manifestations, notamment en Islande, où le premier ministre a démissionné mardi. On sait depuis longtemps à quel point la classe politique dans son ensemble ne répugne pas à l’évasion et à la fraude fiscale – pensons à Jérôme Cahuzac… Mais ce qui choque dans les paradis fiscaux, c’est leur aspect institutionnel, le fait qu’ils soient la norme pour certains grands de ce monde, comme si on avait affaire à une pratique légale, officielle.

Puisque LeMonde évoque, dans son édito de mardi, le « tournis » que donne cette avalanche de révélation, tournons-nous vers le Moyen Âge. Car la pratique des paradis fiscaux ne date pas d’hier. Au tournant du XIIe siècle, le succès de la première croisade conduit à la formation des Etats latins d’Orient, dont le royaume de Jérusalem est le plus célèbre. Les Latins qui choisissent de rester vivre en Orient sont peu nombreux, et, pour assiéger les cités qui restent au pouvoir des musulmans, ils se tournent vers les communes italiennes : Venise, Pise, Gênes. Les Italiens s’empressent de monnayer leur aide en réclamant la plupart du temps un tiers des villes qu’ils aideront à prendre. Dans ce tiers de la ville, ce sont les lois de la commune qui doivent s’appliquer : on parle de privilège d’extraterritorialité, car cette partie de la ville, bien que située géographiquement en Orient, est considérée comme si elle était située à Venise ou à Pise. Ces enclaves italiennes sont ainsi, à nos yeux, à mi-chemin entre les zones duty free des aéroports et les paradis fiscaux contemporains…

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Rome, une première mondialisation ? | La Marche de l’histoire (France Inter)

Rome, une première mondialisation ? / France Inter

Au IIème siècle de notre ère, un grec rallié, Aelius Aristide, faisait ainsi l’éloge de Rome : elle tient chaque endroit de deux manières, à partir de son centre mais aussi cité par cité, grâce aux habitants de chacune. Tous convergent comme vers une commune agora, afin que chacun obtienne ce qu’il mérite.

A l’époque de l’Empire, l’agora était en réalité devenue le conseil du Prince : c’est par un souverain chargé de maintenir la paix que passait la mondialisation politique. Parce qu’il s’agit bien d’une première expérience de mondialisation politique. Laquelle est allée de pair depuis la fin de la République avec décloisonnement économique grandissant.

Rome n’aurait jamais connu pareille respiration si un choix très particulier ne l’avait inspirée. On a l’habitude de dire que les Grecs se considéraient comme différents des autres.  Il faut bien voir aussi que les Romains étaient différents des Grecs. Ceux-ci considéraient qu’une cité était accomplie lorsqu’elle était bien ronde, refermée sur ses qualités. Les Romains, au contraire, ne jugeaient pas que la barque était pleine. Comme le fait remarque leur empereur, en 48 : « Quelle autre cause perdit les Lacédémoniens et les Athéniens sinon qu’ils écartaient les vaincus en raison de leur condition d’étrangers » ? Et le même empereur Claude d’offrir la possibilité aux Gaulois d’envoyer des représentants au Sénat de Rome !

C’est cette singularité de Rome qui lui a permis d’unifier les diversités et de  prendre la tête d’un monde entier.

Emission La Marche de l’histoire par Jean Lebrun