L'Affaire Farewell : les rapports Est-Ouest des années 1980

Ce dernier vendredi, j’ai passé une agréable soirée au cinéma à la projection de L’Affaire Farewell de Christian Carion. La bande-annonce:

Ainsi donc, après son film Joyeux Nöel inscrit dans la Première Guerre Mondiale, Christian Carion nous offre un nouveau film de fiction-historique. Comme dans Joyeux Noël, il prend quelques libertés avec l’histoire réelle. Néanmoins, d’une part, son film fait preuve d’une belle maîtrise cinématographique et, d’autre part, nous offre la description de la société soviétique de l’époque. On peut d’ailleurs noter que ce film s’inscrit dans une série de films de fiction retraversant cette période telle Good Bye Lenin

ou La vie des autres:

En cette année de commémoration des 20 ans de la Chute du Mur de Berlin, ces films sont intéressants puisqu’ils s’inscrivent dans ce moment charnière des années 1980.
Concernant plus particulièrement l’Affaire Farewell, celle-ci a fait l’objet, depuis quelques années, de publications et également d’un documentaire que la sortie du film de Carion remet en lumière ou renouvelle.
Vladimir Vetrov - Le vrai Farewell
Vladimir Vetrov – Le vrai Farewell
C’est ainsi qu’Arte a diffusé, en deux épisodes et en février-mars dernier, le docu-fiction L’affaire Farewell : L’espion de la vengeance de Jean-François Delassus qui mêle reconstitutions et entretiens. Vous en retrouverez ici des extraits et le découpage des deux épisodes. A noter que la chaîne Planète rediffuse les 6 et 12 octobre prochain ce documentaire sous un autre titre et en un seul épisode: L’Affaire Farewell: l’espion du siècle.
Au début pourtant, il faut revenir au livre, publié en français en 1999, de Sergueï Kostine, Bonjour Farewell, la vérité sur la taupe française du KGB (éditions Robert Laffont). Avant de revenir aux articles et témoignages qui s’inscrivent dans la foulée de la sortie du film de Carion, nous pouvons consulter le The Farewell Dossier de la CIA.
Dans le tourbillon médiatique entourant la sortie à fin septembre du film de Carion, je signale les publications suivantes:
Pour terminer, ce petit tour d’horizon documentaire, je m’en voudrais de ne pas signaler le billet de Danièle sur Belles plumes (L’ Affaire Farewell 1 et 2) qui compare le film de Carion et le docu-fiction de Delassus. L’analyse est très intéressante concernant notamment le traitement des protagonistes féminines dans ces deux oeuvres.

S’il est un peu prématurer de s’avancer concernant l’utilisation du film en classe avant sa sortie en DVD, il est néanmoins possible de repérer quelques axes qui seraient envisageables:

  • la situation particulière de la France de 1981 avec ces ministres communistes dans le rapport Est-Ouest de cette époque ainsi que le poids de l’anti-communisme;
  • des films comme celui de Carion ou La vie des autres présentent la vie à l’Est au début des années 1980 comme moins monolithique au sein même du pouvoir que la vision de l’époque à l’Ouest. D’où vient et comment expliquer cet écart?;
  • l’ensemble de ces films permettent également de s’intéresser à la vie quotidienne des gens de cette époque qui pourrait être mise en parallèle avec la vie quotidienne des gens à l’Ouest à la même époque;
  • ces films récents se démarquent d’un certain anti-communisme primaire: une comparaison avec des films plus caricaturaux et des années 1980 (James Bond?) mériteraient d’être faite au travers de l’analyse des personnages. Histoire de se replonger aussi dans l’ambiance de l’époque à l’Ouest et de réinsérer d’autres événements comme la crise des missiles en Europe;
  • ces films peuvent être mis en relation avec la Chute du Mur du 1989 telle qu’elle fut présentée en 1989. L’impression d’un soudain effondrement s’en trouve relativisée. Dans quelle mesure l’anti-communisme de ces années-là est un obstacle à une meilleure compréhension de ce qui se jouait dans ces années-là? La vie n’était-elle pas plus confortable à l’Ouest sous l’angle de la bipolarisation Est-Ouest?
  • enfin, Carion n’a pas pu tourner à Moscou comme souhaité et récemment, Staline a été réhabilité notamment dans les manuels scolaires par le pouvoir russe: ces deux événements sont-ils indépendants l’un de l’autre ou témoignent-ils tous deux du retour de l’Empire russe et à des tendances totalitaires? De qui Vladimir Poutine est-il le plus proche: Lénine, Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev ou Eltsine?

Comment écrire l’Histoire désormais? | L'humanitaire: nouvel objet d'histoire

  • «Puisque l’essai historique a le vent en poupe, il faut veiller à maintenir l’ouvrage de savoir aux côtés de l’essai de connaissance, […]. Mais publierait-on aujourd’hui Montaillou, village occitan, surtout en l’absence d’Apostrophes pour le populariser ? Rien de moins sûr. Les historiens, qui ont déjà du faire leur deuil des index de noms et d’œuvres, font depuis peu l’expérience d’un autre phénomène : des éditeurs leur demandent désormais de supprimer les notes en bas de page ou même en fin de volume ainsi que les sources, afin d’alléger leur livre à tous points de vue. Comme si tout gage de sérieux et de rigueur, autrefois exigé d’un historien comme on demande ses références à la personne qu’on va engager, était devenu pénalisant tant l’allure en serait rébarbative. […] Plus se révèlent les possibilités infinies de l’hypertexte, plus se réduit l’espérance de vie des notes infra-paginales.»
  • Compte-rendu du dernier numéro du Mouvement social (Revue « Le Mouvement social », n°227, avril-juin 2009) qui offre un dossier copieux pour un magnifique objet d’histoire sociale certes, mais aussi d’histoire politique et religieuse : une introduction programmatique ambitieuse signée par les deux coordinateurs du numéro, Axelle Brodiez et Bruno Dumons ; six articles consistants ainsi que de nombreux compte rendus qui attestent une bibliographie d’ores et déjà importante et internationale. Nouveau secteur d’intervention, paradigme de notre modernité, «l’humanitaire» a non seulement la capacité de redéfinir le périmètre de ce qu’on a appelé, depuis le XIXe siècle, la « question sociale » mais il bouscule aussi les outils intellectuels qui s’en sont emparés en sciences sociales, ainsi que l’historiographie qui lui a donné son épaisseur chronologique.